Après de longues années à la tête de la Fédération des chambres consulaires, Nourdine Chabani a pris les rênes du ministère de l’Industrie et du développement du secteur privé.

politikà : L’industrie contribue faiblement dans le produit intérieur brut du pays. Quelles en sont selon vous les causes ?

Nourdine Chabani : Le domaine de la transformation se retrouve à la troisième place, après le secteur tertiaire qui contribue à hauteur de 55% et le primaire qui englobe 25% du PIB. Les causes d’une telle situation sont multiples. Mais le facteur le plus handicapant a toujours été le manque de « culture entrepreneuriale ». Le pays est confronté à une absence de vision commune allant dans le sens du développement des entreprises. Par ailleurs, les mesures fiscales n’encouragent en rien les porteurs de projets locaux et les acteurs sont victimes de concurrence malsaine voire déloyale, faute de contrôles suffisants.

On parle aussi de causes transversales…

Les problèmes inhérents aux infrastructures, à la difficulté d’accès à l’électricité et à l’eau, à la faiblesse de l’utilisation des technologies, de la recherche, du développement et de l’innovation, ainsi que le manque de moyens financiers et humains… prennent une importance capitale dans le secteur industriel. Nous manquons cruellement de structures de formation professionnelle et professionnalisante. A tout cela s’ajoutent les difficultés d’accès aux crédits et l’absence de banque de développement.

Quels sont les moyens que vous vous donnez pour redresser la situation ?

Justement, le ministère n’a pas les moyens à hauteur de ses ambitions. Nous voulons tout faire pour que le secteur industriel prenne une place plus importante que cela soit dans le développement du pays ou dans le développement individuel des travailleurs. Nous escomptons une contribution de plus de 25% dans le PIB. Pourtant, nous n’en avons pas les moyens. Mais je tiens à signaler que tout ne dépend pas seulement du ministère de l’Industrie, même si c’est son rôle régalien. Il faut prendre en compte tout un environnement. Par exemple, il faut instaurer des zones industrielles viabilisées et assurer la formation. J’estime qu’il est impératif d’encadrer les paysans dans la production de matières premières car la plupart du temps, cela engendre une insuffisance que ce soit en termes de qualité ou de quantité. La politique industrielle qui a été validée en octobre 2014, devrait nous permettre de redresser cette situation.

Cette politique industrielle est perçue comme étant une avancée majeure. Sur quels points porteront les changements ?

Elle va permettre au pays d’avoir un tissu industriel dynamique et compétitif, moteur du développement économique durable. L’un des objectifs principaux est de redynamiser le secteur pour que nous soyons compétitifs sur le plan régional voire international. Elle sera également une garantie pour les investisseurs étrangers et nationaux car ils pourront compter sur une politique stable et qui plaide en leur faveur. En dernier lieu, il ne faut en aucun cas occulter que c’est une grande évolution. Le secteur productif a enfin un cadre de travail digne de ce nom.

Dans ce cadre, quels seraient les rôles de l’Etat ?

L’Etat fait ce qu’il peut avec les moyens du bord. Pas plus tard qu’au mois de mai, nous avons lancé un projet dans le secteur sucrier. Avec l’aide de nos partenaires techniques et financiers, nous avons mis en place trois unités de production semi-industrielle de canne à sucre. Cela va aider à résorber le chômage tout en redynamisant l’économie à son échelle. Il s’agit d’un défi pour nous afin de valoriser les initiatives rurales. Nous allons tout mettre en œuvre pour améliorer les conditions et l’environnement des industriels à Madagascar. Mais il va nous falloir nous concerter avec toutes les parties prenantes.

Interview réalisée par Hilda Hasinjo 

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE