On reprend et on recommence. Alors que le président Hery Rajaonarimampianina est à mi-mandat, des partis ont les yeux rivés sur la prochaine élection présidentielle.

À L’allure où vont les choses, la clarification du paysage politique reste encore un défi à relever. Quelques hommes politiques ont choisi d’afficher la couleur. Décision tranchée ou pas de s’aligner à la course à la magistrature suprême, d’autres préfèrent encore avancer masqués.

Machine politique

L’ancien président Marc Ravalomanana et l’ancien président de la Transition, Andry Rajoelina, ne cachent plus leur ambition. Le premier, malgré sa condamnation judiciaire dans le dossier du 7 février, est déjà lancé dans la course. Il réutilise la « carte Tiko », pour relancer sa machine politique, cette fois-ci sans l’autre canal religieux. La campagne de recrutement des employés du groupe est l’arme à double détente utilisée. L’ancien chef de l’Etat joue la fibre émotionnelle de l’opinion en se posant en tant qu’opérateur économique actif, mais bloqué par l’administration, dans un contexte socio-économique difficile. Les déplacements en provinces semblent à la fois un objectif, à la fois politique et économique, afin de rattraper le temps perdu, surtout auprès des jeunes.

Actions d’éclat

Andry Rajoelina préfère choisir la reconstruction, après la défection de plusieurs éléments de son camp, tout en lançant une l’offensive sur le terrain. Le patron du parti Miaraka amin’ny Prezidà Rajoelina (MAPAR) joue l’équilibriste entre l’effacement, pour éviter d’être grillé d’avance, et la présence, afin de contourner le risque de l’oubli des électeurs. L’ancien président de la Transition et son équipe tentent des actions d’éclat comme l’opération de séduction dans le Sud, ou d’autres opérations sociales par le biais de différents intervenants, en faveur la classe pauvre. La réclamation d’une présidentielle, par le biais de l’Alliance républicaine de Madagascar (Armada) anticipée, constitue une autre facette du plan. Hery Rajaonarimampianina revêt encore l’habit du chef de l’Etat, celui du « raiamandreny », afin de profiter des avantages liés à sa fonction. Mais des indices laissent transparaître une volonté de son équipe de préparer le terrain. La physionomie du gouvernement « de combat », resserré autour du Premier ministre et ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, pourrait accréditer cette thèse. La course à la création d’organes de presse à deux ans de la présidentielle n’est pas non plus le fruit du hasard.

Objectif immédiat

Le parti présidentiel Hery vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) s’est, dans un premier temps, efforcé de gagner les communales et les sénatoriales avant de pense à sa restructuration interne par la tenue d’un congrès avant la fin de cette année. Après, « ce sont les élections qui seront dans l’esprit », lâche Rivo Rakotovao, ministre auprès de la Présidence chargé de l’Agriculture et de l’élevage, et President national du HVM. A l’instar du MFM, d’autres partis ne considèrent pas la présidentielle comme un objectif immédiat. « C’est encore loin. C’est le «Vovonana», notre congrès, en 2018 qui nous permettra de prendre une position sur la question », avance le sénateur Olivier Rakotovazaha, secrétaire général de la formation politique. D’autres partis, comme le Leader Fanilo, qui tiendra son congrès national en juillet, sont encore secoués par des luttes intestines pour se préparer à la présidentielle. Malgré l’adoption de la loi sur les partis, l’échiquier local est loin de ce souhait d’une structuration politique. Bon nombre de dispositions prévues par la loi sur les partis ne sont pas encore appliquées. C’est le cas du financement des formations politiques ou de la règlementation de l’accès aux médias publics. Pour diverses raisons, l’institutionnalisation de l’opposition n’est pas encore effective.

Olivier Rakotovazaha concède les difficultés de regroupement idéologique des partis, du moins pour l’instant. « C’est impossible, le clivage gauche/droite n’existe pas encore chez nous. Pour l’heure, les électeurs choisissent encore à partir des tee-shirts et des casquettes », soutient-il. « Actuellement, il existe 130 partis. Or, il n’y a pas autant d’idéologies », observe-t-il.

Avec ses raisons respectives, la classe politique semble accorder son violon, pour ne pas instituer l’opposition officielle, pourtant nécessaires dans un pays démocratique. Les partis qui ne sont pas au pouvoir évitent ce basculement officiel pour échapper à une attaque frontale du régime. La tradition d’une opinion – du moins dans le milieu rural – favorable au « fanjakana », à ceux qui y règnent, au détriment d’une opposition constitue une hantise pour certains. Ce qui ne dérange pas le pouvoir.

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