Interview de Rojovola Bora

« Les mandats électifs ont servi aux politiciens pour un intérêt d’ascension sociale »

Rojovola Bora, juge administratif et membre de l’association Ilo Soatoavina

Le futur rapport de force à l’Assemblée nationale, nombre pléthorique de candidats indépendants, prise de responsabilité des jeunes… Le magistrat nous analyse ces législatives un peu particulières.

Comment se présentent les forces en présence dans ces législatives ?

D’emblée, on ne peut pas ignorer qu’il y a deux forces qui se distinguent notamment la coalition Isika rehetra miaraka aminy Andry Rajoelina, qui domine avec un grand nombre de candidats et le Tim qui a présenté un nombre de candidats raisonnable. Il faut voir les choses sous l’angle des derniers résultats de la présidentielle pour comprendre de suite que c’est tout à fait normal que les partisans du président élu continuent sur leur lancée pour renforcer et asseoir une légitimité politique, et on voit bien que le TIM, de son côté, ne souhaite pas faire profil bas. Il y a bien entendu la disparition totale des radars du HVM, qui était sorti troisième avec un score lamentable lors de la présidentielle. Il sera fort probable que le parti au pouvoir obtienne facilement la majorité lors de ces élections car la coalition des partis autour du mouvement Isika rehetra miaraka aminy Andry Rajoelina est une formule qui fera son effet eu égard à la proximité des deux scrutins présidentielles et législatives. A contrario, la dissolution du HVM, qui n’a pas su rassembler ses forces, a eu pour conséquences la multiplication des candidatures indépendantes.

Pourquoi les candidats indépendants sont-ils aussi nombreux ? Est-ce que cela signe la fin des « petits partis » ou « des partis historiques » ?

On note dans les candidatures indépendantes des vieux visages de l’ancien régime mais également des personnalités politiques qui veulent marquer leur présence durant ces législatives pour gagner en respectabilité politique. On voit également de nouveaux visages qui veulent marquer leur entrée en politique. Il est sûr qu’il y a cette espèce de jeu politique animé par des intérêts égotiques car les parcours d’un certain nombre de candidats ne reflètent pas forcément la conviction de servir réellement l’intérêt général. Ce qui n’est pas chose nouvelle car, depuis toujours, on sait que les mandats électifs ont servi aux politiciens pour un intérêt d’ascension sociale avant tout. Alors tant mieux si c’est la fin des partis politiques sans idéaux ou dont les idéaux n’ont pas réussi à convaincre le changement de comportements car ils ont nivelé vers le bas la fonction parlementaire. Espérons que le nouveau paysage politique de ces législatives saura élever le débat au sein de l’Assemblée nationale.

La caution de cinq millions d’ariary était-elle rédhibitoire ?

Il faut en juger par les faits, donc si on constate aujourd’hui la présence de candidatures indépendantes considérable on se doit de répondre par la négative. Si des personnes peuvent déposer leurs candidatures à titre indépendant, avec leurs propres ressources, donc finalement elle n’était pas si excessive. Ces candidatures indépendantes vont se passer du financement des partis donc cela explique que le montant était donc jouable.

Comment jugez-vous la future composition de l’Assemblée nationale ?

En démocratie, la règle est que le peuple exerce son pouvoir en la personne de ses représentants. Le problème de la représentativité des différentes classes sociales restera toujours présent au sein de l’Assemblée nationale. En effet, si le seul critère de sélection minimum des candidatures a été basé sur l’augmentation de la caution, force est de constater alors que ce fut une frange aisée qui a pu se présenter à ces élections ; cela nous amène déjà à penser que la masse populaire baignant dans la misère ne saurait s’identifier ni trouver ses repères chez les élus. Ensuite, la classe intellectuelle n’est pas massivement représentée dans les candidatures et enfin le citoyen lambda aura du mal à compter sur le parlementaire tant que les missions qui lui sont dévolues demeurent galvaudées. En somme, demeure la problématique de la définition des fonctions parlementaires proprement dite qui empêche les citoyens de voter intelligent lors des élections législatives. Il ne faut pas nier en effet que beaucoup de citoyens ont cessé de voir chez les députés une émanation de leurs aspirations sociales tant que ceux-ci se soucient plutôt de leurs propres intérêts économiques personnels et alimentaires. Je trouve également dommage que les intellectuels malgaches n’osent pas l’épreuve des urnes et se confronter à l’électorat. En résumé, je vois une Assemblé Nationale qui doit absolument avoir pour défi de prôner un changement radical de paradigmes et de comportements pour gagner en crédibilité nouvelle.

Beaucoup de jeunes se sont lancés à la course aux législatives. Comment percevez-vous cet enthousiasme de la jeunesse ?

La jeunesse est toujours une richesse pour un pays car elle représente l’avenir, la force et l’énergie nouvelle qui est encore capable d’évoluer et de se perfectionner. J’apprécie la participation politique des jeunes dans la mesure, où elle est réellement inspirée par une volonté ferme d’apporter un souffle nouveau et animée par l’éthique dans la conduite des affaires politiques.

Interview réalisée par Raoto Andriamanambe