Interview du PR JEANNOT RASOLOARISON

« Les partis doivent obliger leurs députés à assister aux sessions »

Il est témoin de l’histoire contemporaine malgache et en est l’un des plus grands chroniqueurs, notamment en termes de faits politiques.

Pr Jeannot Rasoloarison, Enseignant chercheur, département histoire à l’Université d’Antananarivo

Comment justifiez-vous le basculement entre le monocamérisme et le bicamérisme ?

Cela dépend de l’objectif que l’on veut atteindre. Pendant la deuxième République, le monocamérisme a été imposé car le président Didier Ratsiraka a jugé que le Sénat n’était pas vraiment utile. Il avait estimé que l’institution ne faisait qu’alourdir les dépenses de l’État et qu’un seul parlement suffisait. Ensuite, le modèle bicamériste a été repris pour qu’il y ait un équilibre du pouvoir. Le Sénat a été considéré comme étant un contre-pouvoir vis-à-vis de l’Exécutif. Mais dans la réalité, le Sénat est plutôt utilisé pour protéger le gouvernement.

Dans la courte histoire du parlement, l’absentéisme parlementaire a été très prégnant. Est-ce du fait d’un quelconque héritage de pratiques…

En ayant été une colonie française, Madagascar se réfère toujours sur la France en termes de politique. Le problème est d’ordre général. Si nous regardons ce qui se passe dans ce pays, le cas d’absentéisme parlementaire règne dans l’assemblée. En effet, les députés doivent être dirigés par les partis politiques qu’ils représentent. Lorsque les partis ne les recommandent pas d’assister aux assemblées, ils pensent alors qu’ils ne sont pas obligés. Il faut bien regarder les textes concernant les attributions et les obligations parlementaires. Et il faudrait qu’il soit bien mis au clair que les députés doivent assister aux assemblées. Autrement, ils ne se sentiront nullement coupables d’absentéisme.

Dans l’histoire récente de la Chambre basse, nous notons l’émergence des députés indépendants. Comment pourrait-on expliquer ce phénomène ?

Les indépendants ont émergé depuis la troisième République. La raison est simple : les partis ayant des idéologies propres à eux – et qu’ils véhiculent pour convaincre les électeurs – étaient voués à la disparition à la fin du règne de Didier Ratsiraka. Les indépendants ont commencé à gagner du terrain. Ils veulent apporter leurs propres points de vue dans leurs circonscriptions respectives. À défaut d’un choix idéologique, la population procède aux votes selon son appréciation personnelle vis-à-vis d’un candidat. Par conséquent, l’Assemblée nationale est devenue rapidement non maîtrisable.

Eu égard à ce passé tumultueux, que devrions-nous faire pour redorer l’image de l’Assemblée nationale ?

Les leaders des partis et leur bureau exécutif doivent obliger leurs députés à assister aux sessions pour mieux défendre les idéologies et les lignes d’idées, que cela soit ceux qui sont au pouvoir ou ceux qui sont dans l’opposition. Cependant, les indépendants n’ont pas cette obligation. Il s’agit d’une discipline individuelle. Les formations politiques s’assurent de l’encadrement et de l’éducation de leurs membres qui doivent être modelées selon l’idéologie. D’ailleurs, tous les partis politiques devraient appliquer la discipline de parti. Il faut toujours mettre en avant l’idéologie pour tendre vers une meilleure compréhension de l’Assemblée nationale. Les Malgaches ne comprennent pas pourquoi avons-nous besoin de députés. Ils ne savent pas leurs réelles attributions. Ceux qui se présentent en tant que candidats devront également savoir quelles seront les fonctions qu’ils assumeront une fois élus. Ils devront avoir des compétences, savoir maîtriser le droit, car c’est du vote des lois qu’ils devront assurer.

Interview réalisée par Van-Lee Behaja