Interview de CHRISTINE RAZANAMAHASOA

CHRISTINE RAZANAMAHASOA,
Député élue à Ambatofinandrahana,
présidente de l’Assemblée nationale

« Nous sommes légitimes malgré le faible taux de participation » 

Présidente de l’Assemblée nationale, Christine Razanamahasoa fait partie de la garde rapprochée de Andry Rajoelina. Élue facilement dans sa circonscription et militante fidèle, elle aura sa « revanche » auprès de l’Assemblée nationale. Nous sommes allés à sa rencontre pour décrypter la majorité Orange et  les autres sujets brûlants qui l’attendent durant la seconde législature de cette quatrième République.

l’IRD a obtenu la majorité au sein de l’Assemblée nationale. Y aura-t-il réellement une rupture avec les anciennes pratiques?

Oui. J’ai prôné le changement. Je compte entreprendre et réaliser l’objectif que je me suis fixée avec les 73 députés qui ont milité sur la Place du 13-Mai. Les 73 députés avaient opté pour le changement et pour la fin des pratiques malsaines, comme les pratiques de la “mallette” à l’Assemblée nationale. Certes, nous sommes en apprentissage de la démocratie, mais la mise en place d’un véritable État de droit requiert le changement, à commencer par l’application du principe d’intégrité à l’Assemblée nationale. Nous avons combattu la corruption et d’autres pratiques. Il faut aussi lutter contre la léthargie des membres de l’Assemblée nationale. Le Parlement devrait être beaucoup  plus dynamique dans le domaine de la productivité législative.

Former les assistants parlementaires, revoir l’effectif du personnel de l’Assemblée nationale… Beaucoup de citoyens, d’observateurs, de parlementaires eux-mêmes, réclament des réformes dans l’Assemblée nationale. Le feriez-vous ?

À l’image des parlements des pays qui appliquent la vraie démocratie républicaine, le renforcement des capacités des assistants parlementaires ainsi que la révision de l’effectif de l’Assemblée nationale devraient être faits si on veut vraiment avoir une Assemblée nationale malgache crédible. Les assistants parlementaires ne sont pas de simples émissaires ou de simples facteurs pour effectuer certaines missions ici et là. Ils doivent jouer le rôle de guide législatif, de concepteurs et de conseillers du député. Les élus n’ont pas forcément le même niveau d’instruction requis. À l’Assemblée nationale, j’avais requis un certain niveau d’études pour pouvoir se présenter aux législatives mais, malheureusement, ma proposition n’a pas été retenue.

La relation entre les parlementaires et l’Administration a été trop souvent régie par la peur de l’Administration d’interpeller les députés. Ces derniers, motivés par un fort égo, ne vont jamais aller voir l’Administration. Comment se déroulera votre collaboration avec l’administration et les parlementaires ?

C’est toute une question de légitimité ! C’est ce qui explique l’attitude des parlementaires vis-à-vis de l’Administration. Parfois, les considérations se résument ainsi : “ Vous n’êtes pas élu, moi je suis élu. Je représente le peuple. J’ai la légitimité totale et,  en même temps, je suis législateur ”. Cependant, les députés ne doivent pas oublier qu’il y a une question de minimum de technicité. Tout est question de dosage, dans les différentes approches. Le but est d’aboutir à un résultat toujours positif.

Vous avez évoqué la légitimité. Quand on voit un taux de participation aussi famélique, étiez-vous légitimement élue ?

Si on regarde le passé, à Madagascar, le taux de participation de la présidentielle est toujours élevé par rapport au taux de participation des législatives. C’est récurrent. Cependant, avant de pouvoir siéger à l’Assemblée nationale, il faudrait passer par cette légitimité, quand bien même le taux de participation n’est pas assez élevé. Le problème est d’ordre civique. La population malgache n’a pas le même engouement en matière d’élection présidentielle par rapport aux élections législatives. Dans certaines circonscriptions, cependant, le taux de participation est élevé, par exemple la commune d’Ambatofinandrahana, par rapport aux autres communes environnantes.  Les électeurs, surtout dans les zones rurales, font passer avant tout leurs activités quotidiennes avant une élection.

La mise en place d’un véritable État de droit requiert le changement, à commencer par l’application du principe d’intégrité à l’Assemblée nationale

Vous direz que la responsabilité est partagée entre d’une part, la société civile, les parties politiques, d’autre part, aussi et l’institution dans cette débâcle citoyenne ?

Je pense bien que si  chacun joue effectivement le rôle qui lui incombe en matière de civisme et de politique,  alors les électeurs viendront prendre part aux élections. Il n’est pas aisé de dynamiser la masse populaire et la masse silencieuse qui n’est pas nombreuse. Mais il appartient toujours à ceux qui sont élus – ceux qui représentent la légitimité – de faire preuve d’une détermination à la redynamisation de cette masse silencieuse. Qu’est ce qui pourrait alors la redynamiser ? La réalisation des projets ou des programmes qui ont été présentés. N’oublions pas que, même si cette masse est silencieuse, elle est très attentive aux réalisations concrètes. Alors s’il y a la concrétisation dans les temps, je pense que cette masse bougera, mais toujours à un temps progressif relativement lent.

Les électeurs, les citoyens, même ceux qui n’ont pas voté auront assurément un œil sur vous. Comment allez-vous gérer l’absentéisme parlementaire ? Allez-vous imposer enfin une vraie discipline parce que LÀ, vous avez l’occasion de faire bouger un ensemble, la masse de ceux qui ont été élus sur la plateforme présidentielle, allez-vous mettre quand même une vraie discipline sur cela ?

Cette pratique absentéiste est fâcheuse. Il faudrait inculquer aux députés le sens de la responsabilité dans l’adoption des textes qui seront présentés à l’Assemblée nationale. Les élus ont aussi besoin d’un renforcement de capacité, qui viendra, par exemple, des partenaires techniques et financiers. Puis, une prise de conscience des députés sur leurs vrais rôles est nécessaire. Ils représentent Madagascar et sa population. Une discipline, non pas rigoureuse, mais responsable doit être établie.

Le Conseil pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI) avec l’appui du Pnud et des deux chambres du parlement, élabore un code d’éthique et de déontologie des députés. Qui sera garant de son respect, vu qu’il s’inscrit sur un ordre plutôt moral que juridique ? CAR, durant la précédente législature, nous avons pertinemment observé que le règlement intérieur avait été régulièrement foulé aux pieds…

Premièrement on ne peut ni  comparer ni faire référence à la précédente législature durant laquelle tout a été confondu. La séparation des pouvoirs a été bafouée : l’Exécutif a empiété notoirement sur les plates-bandes du législatif. Le législatif était aussi devenu une boîte aux lettres sous les directives de l’Exécutif. Cela fait partie exactement des motifs du mouvement des 73 Députés pour le changement. Je salue la naissance du code d’éthique et de déontologie des députés, mais de prime abord, il faudrait d’abord faire comprendre aux députés qu’un code ou une loi qui est voté, est appelé à être respecté. Être sur les bancs de l’Assemblée nationale ne suffit pas, nous sommes légitimés par nos électeurs. Un législateur ne peut pas afficher une certaine réticence quant au respect d’une loi adoptée.

Vous avez évoqué la précédente législature, mais l’IRD est majoritaire au sein de l’Assemblée nationale. N’est-ce pas cette configuration qui représente le plus de risque que la séparation des pouvoirs soit bafouée et que l’Assemblée nationale ne devienne qu’une boîte aux lettres et une chambre d’enregistrement ?

Le président de la République a été élu pour sa politique de changement des pratiques qui ont nui à la mise en place d’une véritable démocratie républicaine. Je pense que si nous le soutenons dans la réalisation de ses “velirano”, les pratiques de l’ancienne législature n’auront plus leur place. Je suis une fervente disciple de la démocratie républicaine. Je ne pense pas qu’il y aurait un recul même si notre majorité est absolue à l’Assemblée nationale.

La gestion des députés indépendants et des groupes parlementaires s’effectue par la pratique des alliances politiques. 

Comment allez-vous gérer les députés indépendants et travailler avec eux ?

C’est pour cela que nous nous sommes efforcés à obtenir la majorité absolue. Elle est stable et elle est régie par l’article 72 de la Constitution. Mais le problème se pose avec les indépendants. La candidature des députés indépendants favorise le retournement de vestes et la transhumance politique. Ils vont créer leurs groupes parlementaires qui doivent également appliquer et respecter l’article 72 de la Constitution. Mais la gestion des députés indépendants et des groupes parlementaires s’effectue par la pratique des alliances politiques.

Laisseriez-vous vraiment l’opposition s’exprimer au sein de l’Assemblée nationale et se structurer librement ?

La Constitution accorde une place de vice-président de l’Assemblée nationale au chef de l’opposition qui aura sa tribune et dirigera des séances. Cela s’inscrit dans la vraie démocratie républicaine. Nous ne pouvons pas museler l’opposition. Et c’est par ce jeu démocratique qu’on trouvera si le régime est à même d’affronter une forte opposition.

Sur un point précis, adopteriez-vous  la loi sur le recouvrement des avoirs illicites, même si elle pourrait bousculer certain entourage du président lui-même?  

De toute façon, nous avons opté pour la mise en place d’un véritable État de droit. Le respect du droit et de la loi est le garant de la stabilité d’un régime. Je ne vois pas pourquoi nous ne voterons pas cette loi sur le recouvrement des avoirs illicites.

Quel est votre avis sur le sort des anciens députés ?

L’assainissement fait partie de la garantie du succès et de la marche d’une vraie démocratie républicaine.

Remettrez-vous en cause l’immunité parlementaire tant décriée ? Allez-vous enlever certaines prérogatives que les députés ont toujours eues en abusant de cette immunité ?

Si on regarde bien les dispositions légales sur l’immunité parlementaire, je crois que c’est quand même bien balisé. Une immunité à outrance nuirait. Je crois que les dispositions législatives sont de vraies balises.

 

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