Barea de Madagascar: Les ambassadeurs par excellence

Porté par ses valeurs humanistes et sa capacité à susciter l’adhésion, l’identification et l’émotion, le sport est devenu un outil de communication au service de la diplomatie de nombreux pays. Le football est un exemple frappant.

Une interception, une frappe détournée, des tirs au but… Les belles histoires ne tiennent souvent qu’à des détails, surtout dans le football de haut niveau. Qualifiée pour une première fois à une Coupe d’Afrique des Nations (Can), grâce à une longue campagne éliminatoire débutée en mars 2017, face au Sao Tomé, l’équipe malgache, surnommée les Barea de Madagascar, a vécu une très belle histoire dans cette compétition reine du football africain. Au bout d’une compétition qui a valu l’admiration des férus du football et des médias du monde entier, l’équipe nationale malgache n’a été sortie qu’en quart de finale par l’expérimentée Tunisie. Les Malgaches ont accueilli leurs héros, à leur retour, de manière monumentale, comme si l’équipe nationale avait gagné la Can.

Flamme patriotique

Pour les uns, le football est une drogue, pour d’autres, c’est une religion, mais ce sport collectif est d’abord ce formidable vecteur d’unité et de cohésion nationale. Le football est aussi un reflet de la société. L’équipe nationale est souvent une vitrine et ses joueurs, des ambassadeurs d’un pays par excellence. Dans ce sens, loin d’être ridicule, l’équipe malgache a terminé invaincue durant la phase de groupe de la Can, malgré un plateau très relevé. Elle a créé la surprise en battant même l’équipe nigériane pour terminer à la tête de son groupe et puis elle est venue à bout de la République démocratique du Congo en huitièmes de finale. Mais elle a surtout gagné sur un autre terrain : l’élan populaire suscité par l’épopée des Barea a ravivé une flamme patriotique qui ne faisait que pâlir depuis quelques des années. Comme souvent, les réseaux sociaux sont un thermomètre pour mesurer cet engouement populaire suscité par les Barea. Le petit florilège suivant nous permet de constater qu’un certain consensus se dégage autour de cette épopée malgache : « les Barea ont réussi là où les politiciens ont échoué », « Il vaut mieux dissoudre le CFM et donner le budget pour les Barea ». Ce succès n’est pas inédit, même si Madagascar a goûté pour la première fois à l’ivresse d’une réussite footballistique sur une échelle aussi importante que la Can.

« Car, pour une fois, les médias internationaux ont parlé de leur pays en d’autres termes que « l’un des pays les plus pauvres du monde » »

Magie du football

Quand des pays traversaient des dépressions sociales ou économiques importantes, le football, ou le sport en général, était une bouée de sauvetage. Quatre années après la guerre des Malouines, Maradona terrassait à lui tout seul l’équipe d’Angleterre durant la Coupe du monde de 1986. À la 54e minute de jeu, alors qu’il avait inscrit le fameux but surnommé « la main de dieu » trois minutes plus tôt, Diego Maradona se saisit du ballon dans son propre camp, élimine toute la défense adverse, gardien compris, pour aller inscrire le « but du siècle ». Le symbole est fort, le joueur argentin avait redonné du baume au cœur à un peuple traumatisé et humilié quelques années auparavant par le Royaume-Uni. Le résonnement dans la nuit d’Alexandrie du chant patriotique Madagasikara Tanindrazanay,  – avant la séance fatidique des tirs au but face aux Léopards congolais – ne fait-il pas penser aux actes de bravoure des résistants durant les évènements de 1947 ? Les couleurs nationales sont redevenues à la mode, les citoyens ne sont jamais autant sentis Malgaches. Car, pour une fois, les médias internationaux ont parlé de leur pays en d’autres termes que « l’un des pays les plus pauvres du monde ». Les Africains eux-mêmes ont appris à situer cette Grande île qui vogue au large du canal de Mozambique. C’est la magie du football. Les clubs européens se plaignent souvent de la tenue de la Can tous les deux ans, mais pour l’Afrique, ce tournoi est un vecteur de cohésion, bien plus qu’une autre compétition nationale. Même la Ligue des champions de la Caf et la Coupe de la confédération ne suscitent autant d’engouement populaire. La plupart des clubs sur le continent évoluent au niveau semi-professionnel, cette compétition reine vise à asseoir une certaine hégémonie entre les Nations africaines. Pour l’Afrique c’est une question de stabilité politique.

Apôtres

Les Barea ont été érigés en apôtres de l’unité nationale aussi bien par leurs thuriféraires que par leurs pourfendeurs qui étaient assez nombreux avant le début de la Can. Car, malgré les holàs, Nicolas Dupuis, le coach, a fédéré autour d’un noyau central des joueurs ayant une affiliation plus ou moins lointaine à la Grande île. Car Madagascar n’est pas seulement ses habitants, elle est composée de son histoire et de  ses multitudes d’enfants disséminés dans le bassin de l’océan Indien et dans ses diaspora, notamment française. La victoire face au Nigéria a été vécue comme un second 26 Juin. Kundera avait appris que la France était le seul pays au monde dans lequel on n’apprend pas à aimer la France. Le parallèle peut être fait pour Madagascar, une de ses anciennes colonies, où la honte prend souvent le pas sur la fierté nationale. Les agissements de ses dirigeants successifs n’ont pas aidé à cultiver cet amour pour la patrie. Il est étonnant que la tendance ait été renversée, en quelques semaines, par un groupe de 23 joueurs, l’encadrement technique et par un coach qui était peut être réellement le seul à croire à l’exploit. Et grâce à un sport bien évidemment entaché par la propagande de l’abêtissement footballistique. Le sport et la culture en général constituent un ciment pour une Nation. Bâtir une nation passe par des catalyseurs comme une formidable épopée lors d’une compétition africaine par exemple.