Biodiversité malgache, cinq ans avant la fatalité !

C’est  le remue-ménage dans le rang des scientifiques face à la perdition de la richesse naturelle malgache. Madagascar risque de perdre sa réputation de hotspot de la biodiversité si des mesures drastiques ne sont pas mises en place pour en assurer la préservation.

Madagascar n’est pas qu’une biodiversité. C’est une « mégadiversité ». La Grande île fait partie des pays qui possèdent un taux d’endémisme élevé aussi bien sur les espèces animales que végétales. Elle possède environ 15 000 espèces de plantes dont 83% sont endémiques. 61% des oiseaux, 92% des reptiles, 99% des amphibiens et 100% des lémuriens ne se retrouvent nulle part dans le Monde qu’à Madagascar. Cependant, ce patrimoine mondial est en grand danger, si rien n’est fait dans les années à venir. Cinq ans pour agir, cinq mesures à adopter.

Cinq ans pour agir

« La destruction de la biodiversité malgache profite à peu de personnes. Seuls ceux qui font du trafic de bois de rose, exploitent les mines de manière illicite dans les aires protégées ou ceux qui font du commerce interdit d’espèces telles que nos tortues en tirent profit. Cependant, les coûts sont généralisés et touchent négativement tous les Malgaches », se désole Dr Herizo Andrianandrasana, le premier Malgache à avoir décroché un PhD dans la prestigieuse université d’Oxford. C’est sur ce constat qu’un groupe de scientifiques de Madagascar, du Royaume-Uni, d’Australie, des États-Unis et de Finlande s’est formé afin de tirer la sonnette d’alarme et prévenir cette fatalité. Il estime qu’il est possible d’allier développement économique et préservation de la biodiversité. Afin de prévenir de la situation et d’informer le numéro Un de l’État malgache de la situation critique, le groupe a publié un document recommandant les actions prioritaires que le gouvernement doit entreprendre pour enrayer le déclin précipité de la biodiversité malgache et pour aider à mettre Madagascar sur la trajectoire d’une croissance durable. Ce groupe d’experts soutient que les aires protégées de Madagascar, qui figurent parmi les plus importantes du monde pour leur biodiversité, ont terriblement souffert des activités illégales d’exploitation minière, de l’exploitation forestière et des collectes d’espèces menacées destinées au commerce des animaux de compagnie. Il va sans dire que l’insécurité qui accompagne cette exploitation illégale est néfaste pour l’homme et pour la nature.

« La restauration des couvertures forestières et le reboisement sont des enjeux majeurs pour résoudre la crise croissante du bois de chauffe dans le pays »

Cinq axes d’action

Les scientifiques sont formels, le mandat du président Andry Rajoelina est un tournant décisif pour la Grande île afin de redresser la barre car, après, il serait trop tard. Le message est quelque peu alarmant, mais ce n’est pas encore une fatalité. Pour ces cinq années à venir, le groupe de scientifiques suggère cinq pistes à suivre au gouvernement afin de sauver l’endémicité de notre biodiversité.  La première solution consiste à investir dans les aires protégées. Sur ce plan, les scientifiques ont déjà mâché le travail au gouvernement suite à la sortie d’un ouvrage qui s’intitule: Les aires protégées de Madagascar, leur histoire, description et biote . Édité par l’éminent biologiste Steve Goodman, Marie Jeanne Raherilalao, enseignant-chercheur à l’Université d’Antananarivo, membre fondateur de l’Association Vahatra, et Sébastien  Wohlhauseur, avec le concours de l’Association de scientifique Vahatra, ce livre bilingue (anglais et français) est composé de trois tomes et fait plus de 1 700 pages. 7 kg d’informations exhaustives sur les aires protégées de Madagascar, leur particularité, la spécificité de leurs faune et flore, les dangers qu’elles encourent et leur évolution aux fils des années. Le document est nécessaire pour assurer la protection et la conservation de ces aires protégées d’une manière durable et efficace, car il permettrait de mettre en place des stratégies de conservation selon la particularité socioculturelle de chaque région. Le dernier document de référence pour Madagascar, en matière d’aires protégées, date de 1989 (Madagascar : Revue de la conservation et des aires protégées).

Cogestion

Pour ces scientifiques réunis en consortium, « la conservation doit bénéficier et non nuire aux communautés locales ». Ils proposent donc le renforcement du droit des populations locales sur les ressources naturelles. L’adoption du Code des aires protégées est un pas dans ce sens. Il donne la possibilité d’une cogestion des zones protégées avec la population riveraine.  Il est aussi important de garantir le développement de nouvelles infrastructures afin de limiter les impacts sur la biodiversité. Ainsi, comme le prévoient les traités internationaux, toute construction d’envergure devrait avoir une étude environnementale au préalable. La lutte contre la criminalité environnementale est un thème très important pour la Grande île. La restauration des couvertures forestières et le reboisement sont des enjeux  majeurs pour résoudre la crise croissante du bois de chauffe dans le pays. En sollicitant les autorités du pays, en intégrant la population locale dans leur démarche de conservation, les scientifiques nous rappellent que la sauvegarde de notre biodiversité unique est un travail d’équipe qui nécessite la prise de responsabilité de tous et de chacun. « Les États-Unis ont la Statue de la Liberté, la France a la tour Eiffel… Pour nous à Madagascar, c’est notre biodiversité (le produit de millions d’années d’évolution), qui constitue le patrimoine unique pour lequel nous sommes connus dans le monde entier. Nous ne pouvons pas laisser disparaître ces merveilles naturelles. Nous devons agir maintenant avant qu’il ne soit trop tard », conclut, comme un cri de détresse, Pr Jonah Ratsimbazafy, de l’Université d’Antananarivo.

Yanne Lomelle