Interview de KADER IRCHAD BARRY

KADER IRCHAD BARRY
Coordinateur national de la campagne « Rasoaza »

La campagne de sensibilisation pour la promotion du genre et la lutte contre les violences basées sur le genre bat son plein. Kader Irchad Barry, Coordinateur national de la campagne « Rasoaza », mise en œuvre par le Centre européen d’appui électoral nous donne son avis.

Globalement, comment voyez-vous la situation de la VBG à Madagascar ?

L’enquête nationale sur le suivi des indicateurs des Objectifs du millénaire pour le développement (ENSOMD) conduite en 2012 et 2013, indique que les femmes subissent diverses formes de violences, notamment physiques, sexuelles, psychologiques et économiques. Les données collectées montrent que 30 % des femmes de 13 à 49 ans ont subi au moins une forme de violence durant les 12 derniers mois précédent l’enquête. En outre, il est important de considérer qu’à Madagascar, les VBG sont un phénomène sous-déclaré pour des raisons liées à la tradition, aux pressions sociales et aux différents stéréotypes basés sur le genre, qui obligent les victimes à garder le silence et qui entrainent l’impunité des auteurs de ces violences. Il convient cependant de noter que Madagascar a fait un important pas en avant avec l’approbation de la Stratégie nationale de lutte contre les VBG et de son plan d’action 2017-2021, ainsi que de la Stratégie « Genre et élections » pour la période 2015-2020. Malgré ce constat, une grande conscience sur la nécessité de changer est en train de naître, de prendre forme. Notons une multiplicité d’acteurs nationaux et internationaux, étatiques et non étatiques, qui interviennent sur ces problématiques. Je dirais donc globalement qu’il s’agit d’un défi, et que le combat est à ses débuts.

Y a-t-il des régions spécifiques où le taux de violences est plus élevé ? Et quels sont, selon vous, les principaux facteurs qui font persister ce type de violence à Madagascar ?

Toujours selon l’ENSOMD, les régions où il est constaté le plus grand taux de femmes qui ont subi au moins un type de violence sont le Melaky avec un taux de 52,5%, 43% dans le Vatovavy-Fitovinany, et 42% dans le Menabe. En ce qui concerne la prévalence du mariage des enfants de moins de 18 ans, les régions les plus concernées sont le Melaky avec une prévalence de 63,6%, 59,8% dans l’Atsimo-Atsinanana, et 58,4% dans le Menabe. Il faudrait une étude pour identifier les facteurs spécifiques sur Madagascar, mais globalement il est possible de regrouper ces facteurs, selon les modèles proposés. À savoir, en facteurs individuels tels que l’âge, les ressources financières, la consommation d’alcool et/ou de drogue, les troubles de la personnalité, l’exposition antérieure à la violence, etc; en facteurs relationnels : conflits conjugaux, inégalités socio-économiques, en facteurs communautaires : tolérance face aux violences, tabous, etc; et en facteurs sociétaux notamment les questions de normes sociales, de normes traditionnelles, etc.

Sur quel axe devrait-on concentrer les efforts de lutte contre ces violences basées sur le genre ?

Il faudrait agir  au niveau politique et juridique, en accentuant l’adoption de lois dissuasives. Il est important aussi d’agir au niveau communautaire à travers une stratégie de communication pour le changement de comportement concertée entre tous les acteurs. Au niveau technique, il faudrait développer les structures de prises en charge et en formant les personnes chargées de la prise en charge. Du point de vue éducatif, il faut sensibiliser, dès le niveau primaire, le public scolaire pour construire de nouvelles générations sensibles aux questions de violences basées sur le genre et éduquer pour lutter contre ces violences. En outre, il est important de créer un mécanisme de coordination entre les acteurs impliqués dans cette lutte, et de créer un dispositif de suivi évaluation de toutes les stratégies mises en œuvre.

Interview de Karina Zarazafy