Interview de LAURENT RAJAONARIVELO

LAURENT RAJAONARIVELO
Directeur général de l’Office malgache des Hydrocarbures (OMH)

« Des négociations pour des prix socialement acceptables »

Pouvez-vous nous relater L’historique de la gestion des prix du carburant ?

Le secteur pétrolier malgache a été libéralisé  au début des années 2000 avec la loi 2004-003. Mais ce n’était qu’en 2011, suite à la hausse soutenue du prix sur le marché local, que l’État a commencé à l’administrer. Cette administration s’est matérialisée par la publication, en 2013, d’un texte règlementaire qui régit les prix à la pompe. Les prix pour les gros consommateurs comme la Jirama, Air Madagascar, Ambatovy, etc., sont réglementés par des contrats privés libéralisés entre les opérateurs pétroliers et ces clients.

Comment sont structurés les prix du carburant ?

La structure de prix est appliquée après des négociations entre les opérateurs et l’État. Elle se base sur les Prix de références calculés (PRC), qui reflètent la vérité des prix. Tous les mois, au regard de la politique de lissage de prix, les écarts sont équilibrés entre les PRC et les Prix maxima à la pompe (PMAP). Ces écarts sont comptabilisés d’une manière à ce que les prix soient en équilibre à la fin de l’année. Dans cette structure s’ajoutent les taxes et les redevances qui alimentent le Fonds d’entretien routier (Fer) ou encore le Fonds pour l’environnement. Ce dernier entre dans le cadre du principe du “pollueur payeur” selon lequel les pétroliers devront payer leurs contributions dans la protection de l’environnement. L’APMF, le service portuaire, les logisticiens qui stockent et transportent les carburants et les distributeurs – et qui s’assurent de l’approvisionnement des stations-services partout à Madagascar – complètent la chaîne d’importation de carburant. Ils sont également concernés par la marge des pétroliers.

Les distributeurs réclament à cor et à cri leurs passifs qui n’ont pas été soldés par l’État.  À quoi est-ce dû ?

En 2018, l’État s’était lancé dans une négociation sur la structure des prix. Les problématiques n’avaient été résolues que provisoirement. Avec la hausse des prix du carburant sur le marché international, la situation socio-politique qui prévalait dans le pays, et pour le bien de la population, il avait été décidé que l’équilibre entre le PRC et le PMAP ne soit pas atteint. Ainsi, l’écart s’est creusé. Ce qui a laissé un lourd passif en défaveur de l’État vis-à-vis des pétroliers, en 2018.

L’État malgache a décidé de prendre à bras le corps ce problème. Pourquoi ce choix?

Les pétroliers et l’État ont repris les négociations pour pouvoir afficher un prix “socialement acceptable” à la pompe. Les dernières négociations concernent surtout la revue des marges des pétroliers. Ces derniers qui devront, de leurs côtés, affirmer leurs efforts pour rétablir un équilibre au niveau de la vérité des prix. La baisse des PMAP est la finalité de cette manœuvre.  Il faut noter que la vérité des prix a été atteinte en février et avec la variation du cours du baril et du cours de devises, les passifs commencent à s’accumuler de nouveau.

Quel est le rôle de l’Office malgache des Hydrocarbures (OMH) dans les négociations ?

Le rôle de l’OMH est de calculer le PRC,  chaque mois. Il dépend de la variation du cours du pétrole à l’international. Le prix du baril étant une référence acceptée par tout le monde, que cela soit par les opérateurs pétroliers ou par l’État. Le cours de devises est analysé pour appliquer la structure de prix. Tous les mois nous revoyons le PRC, et le premier du mois, les PMAP sont affichés. La différence met en évidence le passif qui pourrait être en faveur des pétroliers ou en faveur de l’État. Le but est toujours d’équilibrer ce passif à la fin de l’année.