Interview de OLGA RAMALASON

La sénatrice et secrétaire générale du parti Tiako i Madagasikara (Tim) annonce la décision de la formation politique d’endosser le costume de l’opposition et promet de jouer le rôle de garde-fou à l’Assemblée nationale.

 OLGA RAMALASON

OLGA RAMALASON,
la secrétaire générale du Tim

« Nous sommes minoritaires, mais nous comptons convaincre les députés indépendants d’adopter la même attitude que nous »

Comment analysez-vous les résultats des législatives ?

Nous sommes déçus par la manière dont on a géré les élections. On voit bien qu’il y avait des irrégularités, des injustices. La centaine de requêtes déposées à la Haute cour constitutionnelle (HCC) en témoigne. Je prends l’exemple de la liste électorale. Plusieurs électeurs ont été inscrits lors de la présidentielle, mais ne figurent plus sur la liste lors des législatives. Cela a, par exemple, été le cas dans le cinquième arrondissement. D’autres électeurs ont pu voter plusieurs fois. Ce qui fait que les législatives ne reflètent pas vraiment le choix du peuple. Plusieurs candidats d’État n’ont pas fait de propagande, mais ils sont élus. Nous avons aussi reçu bon nombre de doléances relatives à des pressions faites sur des fonctionnaires, comme cela a été le cas à Ambalavao.

Des candidats Tim sont battus dans des zones réputées être votre fief. N’y-a-t-il pas une part de responsabilité du parti dans ces résultats ? Une responsabilité comme dans le choix des candidats, par exemple ?

Le dialogue existe au sein du parti. Nous avons écouté l’aspiration de notre base. Il n’y avait pas d’exclusion. Nous avons procédé à des primaires en nous basant sur plusieurs critères dont le respect de l’éthique, l’implication au niveau de la formation politique et le comportement des candidats au sein de la société. Dans certains cas, le bureau politique a dû intervenir pour régler des situations exceptionnelles et faire respecter la discipline dans le choix des candidats.

Quels pourraient être l’impact de ces résultats ?

Nous avons présenté 109 candidats et avons tablé pour l’élection de la moitié de ceux-ci. Mais comme je vous ai dit, il y avait beaucoup d’anomalies dans la gestion du scrutin. Pour nous, la déception est totale. Nous sommes étonnés que le président de la République ait annoncé l’élection de plus de 80 députés en sa faveur lors de son déplacement à Paris juste après les élections alors que, nous, ici, nous n’en savons rien.

Dans la configuration actuelle de l’Assemblée nationale, quelles pourraient être les conséquences de ces résultats ?

Nous assumons toujours notre responsabilité. Nous maintenons l’équilibre des pouvoirs et nous allons l’assumer à l’Assemblée nationale. Nous nous érigeons en opposition. D’ailleurs, c’est tout à fait naturel. Nous allons nous comporter de manière à servir de modèle en matière de pratiques politiques. Nous allons nous battre pour que les principes démocratiques soient appliqués dans la gestion des affaires nationales. Nous allons tout mettre en œuvre pour que le statut républicain de Madagascar soit une réalité.

Dans la pratique, quelles pourraient être les initiatives concoctées par le Tim pour réaliser ces promesses ?

Nous n’allons pas nous opposer bêtement au gouvernement. Nous allons élever le niveau des débats lors de l’examen et de l’adoption des propositions et des projets de loi. En matière de pratique parlementaire, nous pensons qu’il faut restaurer la crédibilité de cette institution qu’est l’Assemblée nationale. Les députés doivent faire preuve d’assiduité car il s’agit du développement du pays. Nous serons un modèle en matière d’assiduité. Les parlementaires ne sont pas des enfants. Ils ne doivent pas attendre qu’il y ait sanctions pour bien se comporter. Mais naturellement, il devrait y avoir un suivi de la présence des députés qui devraient déboucher sur la retenue d’une partie des indemnités des absentéistes.

Craignez-vous que l’Assemblée nationale NE DEVIENNE une chambre d’enregistrement ?

Nous avons eu certaines expériences lors de la précédente législature. Des leçons devraient en être tirées pour que les élus puissent privilégier l’intérêt général. Nous serons là pour convaincre les parlementaires d’aller dans ce sens-là. Certes, nous sommes minoritaires, mais nous comptons convaincre les députés indépendants d’adopter la même attitude que nous et de collaborer avec nous pour l’intérêt général. Nous espérons que les parlementaires indépendants tirent la leçon du passé. Certes, il se pourrait qu’il y ait des élus qui vont basculer dans le camp du pouvoir, mais cet intérêt n’est pas non plus gratuit. Nous élus avaient suivi une série de formations et d’ateliers lorsqu’ils étaient candidats. Désormais, tous les textes à examiner au Parlement seront examinés minutieusement par les députés et les experts au niveau du quartier général du Tim pour pouvoir disposer de meilleures lois pour notre pays. Ce ne sera pas aisé, mais il faut que nous prenions notre responsabilité. Nous n’hésiterons pas à dénoncer ce qui ne va pas.

Des polémiques autour de l’histoire de mallettes avaient pollué la dernière législature. Comment faut-il faire pour éviter ce genre de situation ?

Il s’agit d’une question d’éthique et de prise de conscience. Il faudra prendre des mesures pour dissuader les tentatives de corruption. Nous n’allons pas nous ériger en obstacle pour le développement du pays. Nous allons bien examiner les projets et propositions de loi. Nous allons les voter si nous pensons que c’est le meilleur choix pour le pays. Mais il ne faut pas faire pression pour l’adoption des textes que nous ne pensons pas être bons pour la Nation. Nous insistons sur la formation, la lutte contre la corruption et l’engagement des députés allant dans ce sens.

Mais le Parlement, y compris le Sénat dont vous faites partie, a-t-il les moyens de jouer pleinement son rôle ?

Pour rappel, la composition du Sénat ne reflète pas vraiment le choix du peuple compte tenu des manœuvres orchestrées lors des sénatoriales. Malheureusement, un pouvoir érigé dans ce contexte reste fragile. Ceci étant, des sénateurs avaient lancé un clin d’œil au président de la République lors de son élection. Mais après la tentative de dissoudre la Chambre haute par le biais d’un référendum constitutionnel, et la volonté de réduire le nombre de ses membres, ces parlementaires-là ont compris la situation. Nous ne serons pas un blocage pour le développement du pays. Cela ne veut pas dire que nous allons nous laisser faire. Je suis la seule sénatrice du Tim au Sénat, dominé par le HVM, mais cela ne m’a pas empêchée de m’exprimer pour jouer le rôle de conseil et de garde-fou.