Une majorité présidentielle confortable à l’Assemblée nationale

Une vague orange déferle sur l’Assemblée nationale. Les résultats des législatives du 27 mai ouvrent la voie royale au président Andry Rajoelina de manœuvrer à sa guise pour la mise en œuvre de son programme. Le parti Tiako i Madagasikara (TIM) et le Hery vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) figurent parmi les grands perdants du scrutin.

Le bilan est sans appel. Les résultats publiés par la Haute cour consitutionnelle (HCC)  accordent 84 sièges à l’alliance présidentielle, Isika miaraka amin’i Andry Rajoelina (IRD). La plateforme autour du Tiako i Madagasikara (Tim) rafle 16 sièges alors que les élus qui portent l’étiquette « indépendant » sont au nombre de 46. Les quatre derniers sièges reviennent à des partis comme le Rassemblement pour le parti social-démocrate (RPSD) de Jean-Eugène Voninahitsy ou encore le Malagasy tonga saina (MTS) de Rolland Ratsiraka, qui obtiennent chacun un siège.

Réservoirs électoraux

Les enseignements de ces résultats,  sont clairs. L’alliance, composée entre autres, du parti Tanora malagasy vonona (TGV), celui du Malagasy miara-miainga (MMM) ou encore celui du Hiaraka isika, dispose d’une majorité confortable, largement au-delà de 76 sièges, sur les 151 que compose l’Assemblée nationale.  « Cela veut dire qu’il est plus facile de mettre en œuvre le projet Initiative pour l’émergence de Madagascar (IEM) [ le projet présidentiel] », affirme Johnny Rakotoarisoa, candidat élu  dans la circonscription d’Ambohidratrimo. Le Tim, deuxième force politique, est largué en s’adjugeant moins de sièges que lors de la dernière législature. Il n’arrive pas à fructifier les résultats de la présidentielle de décembre 2018 durant laquelle son fondateur, Marc Ravalomanana, est arrivé au second tour. La formation politique est même distancée dans des circonscriptions considérées comme ses fiefs. Dans certains cas, elle n’arrive pas à garder ses réservoirs électoraux acquis lors de la présidentielle dans les zones périphériques autour d’Antananarivo, pour ne citer que le cas des régions de Bongolava, de Vakinankaratra, voire dans des districts comme Manjakandriana. « Le parti a failli lors du choix des candidats », regrette un observateur averti de la vie politique.

Influence

Entretemps, la stratégie mise en place par le clan Rajoelina n’est pas non plus étrangère à la baisse des résultats du TIM, ou la performance de l’IRD, c’est selon. L’Exécutif avait réussi à faire passer la modification du mode de scrutin prévu dans la loi sur l’élection des députés de l’Assemblée nationale. Le passage d’un scrutin majoritaire à un tour à une proportionnelle à plus forte moyenne permet aux tenants de réduire l’influence du parti de Marc Ravalomanana, mieux implanté dans ces circonscriptions. Faisant d’une pierre deux coups, le choix donne également au pouvoir en place de se faire représenter dans des grandes villes. Les députés « indépendants » seront encore de la partie. Certains d’entre eux étaient issus de l’IRD, du Tim ou encore du HVM. « Il y avait ceux qui étaient éliminés lors de l’élection primaire du parti qui ont tenté leur chance, tout comme des candidats HVM qui n’ont pas osé porter la couleur de leur parti », croit savoir Paul Bert Rahasimanana, alias Rossy, candidat-député issu de la plateforme présidentielle. De son côté, l’ancien parti au pouvoir, voit son influence fondre comme neige au soleil. Aucun candidat sous la bannière de la formation politique de l’ancien président Hery Rajaonarimampianina ne franchira la porte de Tsimbazaza. Le président du Sénat, Rivo Rakotovao, son président, glisse la « peur » des hommes et des femmes du parti de se porter candidat du HVM avant d’assurer que son parti « aura des députés », élus sous d’autres couleurs, à la chambre basse, évitant d’en préciser le nombre.

« Les hommes politiques malgaches ne sont pas encore mûrs politiquement. Le manque de conviction politique est encore palpable » Rivo Rakotovao

Dominance IRD

La composition de l’Assemblée nationale à dominance IRD  répond à l’argument de la Haute cour constitutionnelle (HCC) dans son avis du 18 février 2018 pour découpler la présidentielle et les législatives.  Elle avait indiqué que « dans la logique institutionnelle du régime semi-présidentiel, la majorité parlementaire a pour vocation première le soutien de la politique présidentielle ». La juridiction constitutionnelle affirme que « les élections législatives deviennent une élection que confirme le résultat de l’élection présidentielle et dont la principale fonction est l’élection d’une majorité acquise au Président de la République, lui donnant les moyens de gouverner ». Du coup, la deuxième  option de « cohabitation » prévue par les hauts conseillers dans l’avis de la Cour ne tient pas, du moins pour la dernière réputation. Celle-ci pourrait être une possibilité pour une élection à mi-mandat, et non  pour celle en début de mandat. Dans cette lignée, la majorité présidentielle à Tsimbazaza a encore des chances de s’agrandir. À entendre Paul Bert Rahasimanana, la possibilité de voir des députés « indépendants » rallier le camp de la majorité présidentielle est réelle. Le président du Sénat ne se fait pas d’illusion sur cette éventualité. « Cela veut dire que les hommes politiques malgaches ne sont pas encore mûrs politiquement. Le manque de conviction politique est encore palpable », soutient Rivo Rakotovao pour évoquer le nomadisme politique qui règne à Madagascar.

Opposition

Néanmoins, il trouve un intérêt dans la situation actuelle. « Le pouvoir aura une majorité stable et il n’y aura pas d’appréhension concernant le retour des événements déstabilisants », déclare-t-il, faisant référence à la majorité à géométrie variable à l’Assemblée nationale et les plusieurs tentatives de déchéance et de censure contre le président de la République Rajaonarimampianina et son gouvernement. Rossy tente pourtant de rassurer « qu’il n’y aura pas de pensée unique » dans une  Chambre basse « qui ne sera pas une chambre d’enregistrement ». « Le programme général de l’État et connu et est validé, soutenu à l’Assemblée nationale. Mais il ne faut pas oublier que les députés auront également à régler des problèmes dans leur circonscription respective », argue-t-il. Le député, élu dans le quatrième arrondissement, explique que cela dépend de la personnalité des uns et des autres. « En tout cas, nous, nous allons jouer notre rôle », promet-il, concernant le contrôle de l’Exécutif. « De toutes façons, l’opposition sera là. Certains ne se manifestent pas encore, espérant un rapprochement avec le pouvoir. Mais ils vont sortir de leur tanière tant que celui-ci ne se fera pas, pour une raison ou une autre », lâche le parlementaire après avoir suggéré sur la réforme de la société politique, entre autres, la réduction obligatoire du nombre des partis.

Question de représentativité

Pour les candidats du TIM, les résultats provisoires ne reflètent pas la réalité. « De nombreuses irrégularités  sont constatées  et des doléances sont entendues un peu partout durant le scrutin », regrette le candidat-député Maminiaina Rabenirina,  du Tim. « La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) rejette la balle du côté de la Haute cour constitutionnelle (HCC) », déplore-t-il. L’un des aspects préoccupants du scrutin est le taux de participation. Certes, celui-ci a finalement avoisiné les 40 %. « Mais il ne faut pas oublier que celui-ci frôle les 20 % soit les 18 % dans certaines circonscriptions », alerte Mahamoudou Ndriandahy, issue de la Plateforme nationale des organisations de la société civile de Madagascar (PNOSCM), concernant le cas des députés « mal élus ». Le membre de la société civile malgache tente de tirer la sonnette d’alarme sur ce point. « Il faut se pencher sur ce problème, car si les gens ne daignent pas aller voter, c’est qu’il y a une raison. Ils entendent des histoires de fraudes, de corruption, d’inégalité de chance des candidats. Il devrait y avoir un critère pour qu’on puisse admettre l’élection d’un député », conclut Mahamoudou Ndriandahy, soulevant la question de représentativité. Derrière la victoire écrasante de la plateforme présidentielle, une source proche de l’IRD  concède en coulisse que le faible taux de participation des électeurs n’est et ne sera pas occulté. « Il faut réfléchir à cette situation », glisse-t-elle. Dans une certaine mesure, cette prise de conscience est partagée par Rivo Rakotovao. « Il semble qu’il y ait désaffection de la population sur la  chose politique. Et ce n’est pas bon pour la démocratie », soutient-il.

Iloniaina Alain