L’intégration régionale, un levier négligé

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Aujourd’hui, la diplomatie a une vraie tendance à s’orienter de manière croissante vers l’économie et les thématiques économiques qui sont, désormais, devenues centrales.

Aujourd’hui, le terme de diplomatie économique est fréquemment utilisé dans la presse ou par les institutions et les représentants politiques. La frontière entre les négociations politiques et économique, est devenue poreuse.

Captation des dynamiques

Pour le service public fédéral belge, la diplomatie économique consiste à « promouvoir les intérêts économiques belges à l’étranger » par plusieurs moyens, comme « le soutien du secteur privé belge lors d’activités internationales », « les missions économiques princières » ou encore les « visites d’État et ministérielles. […] La Belgique est également promue sur le plan international en tant que lieu propice à y effectuer des affaires ». La diplomatie économique française poursuit trois objectifs principaux, qui sont complémentaires : soutenir ses entreprises sur les marchés extérieurs ; attirer vers la France des investissements étrangers créateurs d’emplois, mieux adapter le cadre de régulation européen et international à ses intérêts économiques défensifs et offensifs. Pour le département d’État américain, « la diplomatie économique consiste à la fois en la captation des dynamiques de l’économie mondiale pour améliorer la politique étrangère américaine et aussi à utiliser les outils de la politique extérieure pour consolider notre force économique ».

Expansion économique

Pour Jean Marc Razafimandimby, maître de conférences en droit international, le temps d’une vision de la diplomatie incarnée par les salons feutrés des chancelleries et les réceptions est révolu. « Dans la diplomatie économique, le pôle d’expansion économique prime au sein de l’ambassade. L’ambassadeur et toute son équipe doivent être des VRP de Madagascar. Je ne dis pas qu’il faut vendre au rabais Madagascar à l’extérieur, mais qu’il est question de chercher les partenaires idoines, qui conviennent au développement de notre pays selon l’axe de développement qu’on a défini », glisse-t-il. La diplomatie économique a trois fonctions principales : faciliter les débouchés des entreprises nationales à l’étranger, attirer les investisseurs extérieurs sur le territoire domestique et infléchir les règles internationales dans le sens des intérêts domestiques. Elle touche à des domaines divers et variés comme le commerce, l’investissement, les migrations, l’aide au développement, et utilise comme outils les relations, l’influence et la négociation. Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaire, Jyrki Katainen explique que la diplomatie économique « consiste à utiliser tous les leviers à disposition pour promouvoir nos intérêts économiques propres hors de nos frontières ». Pour une île, aussi grande soit-elle, comme Madagascar, l’isolationnisme n’est pas une solution.  Compte tenu notamment de sa position géographique insulaire, Madagascar a intégré quelques communautés économiques comme la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), le Marché commun de l`Afrique orientale et australe (Comesa) ou la Commission de l’océan Indien (COI). La sempiternelle ritournelle qui revient, est les apports de l’intégration régionale à l’économie nationale. Madagascar devrait apprendre à « utiliser tous les leviers à sa disposition pour promouvoir ses intérêts économiques propres hors de sa frontière. En effet, dans le contexte actuel, soit le pays profite et saisit les opportunités offertes par la communauté, soit il les subit. Il faut savoir entretenir ses relations, utiliser son influence et user sa capacité de négociation, c’est la clé d’une bonne jouissance de l’intégration régionale », soutient un fonctionnaire malgache au sein de la SADC.

Madagascar devrait apprendre à utiliser tous les leviers à sa disposition pour promouvoir ses intérêts économiques propres hors de sa frontière.

Bourdes

Là encore, Madagascar multiplie les incohérences et les…bourdes. La Grande île avait clairement plébiscité le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine. Ce qui est compréhensible vu les relations qu’entretiennent les deux pays. Cependant, la SADC – l’Afrique du Sud en tête – voit d’un très mauvais œil les agissements de Rabat sur le dossier du peuple sahraoui. Le postulat des pays de la SADC est simple : les chefs d’État et de gouvernement de la SADC cherchent à garantir le droit à l’autodétermination de la République Arabe Saharaouie Démocratique (RASD), occupée depuis 1975 par le Maroc, qui contrôle et gère une grande partie de son territoire. Ce que le Maroc rejette fermement. Madagascar et les Comores n’avaient pas pris part à la réunion en solidarité à la RASD organisée le 25 mars. Ces deux pays avaient préféré prendre part à la réunion parallèle à ce dossier, à Marrakech. Ce qui avait déclenché l’ire des têtes pensantes de la SADC. « Nous avons parfois le sentiment que nous ne posons pas les conditions nécessaires à un soutien à un certain nombre de pays, et certaines personnes sont fermement convaincues de la non-participation de certains pays. Ils se posent la question suivante : pourquoi continuons-nous à soutenir ces pays s’ils peuvent assister à une assemblée générale qui vise essentiellement à saper cette très importante conférence de la SADC? », s’était ému dans la presse un responsable du  Department of international relations and cooperation (Dirco) de l’Afrique du Sud. Le ministre des Affaires étrangères malgache défend une approche diplomatique « non exclusive ». Cependant, un manque de cohérence peut amener les pays « amis » de Madagascar à faire volte-face.

Protocoles et agréments

Avant d’aller plus loin, Madagascar a donc intérêt à clarifier ses orientations stratégiques et ses politiques et à être davantage plus actif dans la région. De même que la Belgique, la France ou encore les États-Unis, la Grande île devrait définir clairement ce qu’elle entend par diplomatie économique, que les politiques actuels claironnent comme étant la caractéristique de sa politique extérieure. Ce, à travers la participation active et efficace à des réunions, des négociations et des discussions. Ce qui n’a pas été toujours le cas. La Grande île a intérêt à  exploiter les différents outils et instruments développés au niveau de la région pour pouvoir profiter au maximum des opportunités qui se présentent. Dans le seul cadre de la SADC, divers instruments (protocoles et agréments) sont en vigueur pour répondre aux besoins de coopération et d’harmonisation des différentes politiques et stratégies sectorielles (pêche, commerce, finance et investissement, genre et développement). L’agenda d’intégration régionale de la SADC a été validé et soutenu par des nombreux partenaires techniques et financiers.

Raoto Andriamanambe