Changement climatique : nécessité d’une coordination des actions

Toutes les régions de Madagascar sont actuellement touchées par les effets du changement climatique. Certes, les degrés d’importance des impacts ainsi que la perception des risques varient d’une région à l’autre. Il n’en demeure pas moins que la mise en œuvre d’une politique de lutte et d’adaptation adéquate s’avère plus qu’urgente.

Ramahavotse Andriamananavo est l’ancien maire de la commune d’Imongy, dans le district de Tsihombe. « S’il ne pleut pas suffisamment, dans les prochains jours, je crains que les récoltes soient mauvaises. On va bientôt entrer dans la saison sèche »1, nous a-t-il confié au début du mois de juin. Habituellement rythmée par l’alternance bien cadencée entre saison sèche et saison de pluie, l’extrême partie sud de la région d’Androy subit de grands bouleversements depuis une décennie. « Il ne pleut plus suffisamment mais les phénomènes les plus inquiétants sont le froid et la violence des bourrasques » 1, s’inquiète-t-il.

Contexte climatique

À Imongy, les paysans commencent à planter le manioc début juin afin de profiter de la pluie. Ce produit est une base de subsistance des habitants. « Les récoltes risquent d’être très mauvaises. D’autant plus que le changement climatique a affecté les troupeaux qui avaient de vastes pâturages»2, expose l’ancien édile d’Imongy. À Madagascar, les impacts du changement climatique, aussi bien sur l’environnement que sur le quotidien des populations, ne sont plus à démontrer. On assiste à des bouleversements dans le quotidien des gens, notamment de ceux qui dépendent directement de l’environnement, tels les pêcheurs, les agriculteurs, les éleveurs, etc. Les méthodes traditionnelles de production, de pêche, de culture ou d’élevage ne sont plus adaptées au contexte climatique et environnemental actuel. « Paradoxalement, Madagascar et l’Afrique sont parmi les premières victimes du réchauffement climatique causé principalement par les industries polluantes en Occident. C’est une véritable injustice climatique qui s’installe » 2, déplore Katuscia Joëlle Solofomialitina, étudiante en Hygiène sécurité environnement (HSE) à l’Institut international des sciences sociales (IISS) et apprenante au sein du programme de la FES, Training Young leaders to fight climate change (YLFCC).

Ensablement et sécheresse

Les conséquences de ce changement global risquent de s’aggraver et de s’étendre dans toute l’île à mesure que les années passent. À l’Est, le niveau de risque perçu, généralement jaugé par rapport aux impacts sociaux et économiques du changement climatique, est élevé. Ce, dans toutes les régions et à travers tous les secteurs. Dans le Sud, les risques les plus préoccupants sont liés aux pertes de rendements agricoles et de ressources en eau. D’autres risques plus spécifiques tels que l’ensablement, les sécheresses à longue durée, la salinisation ou l’érosion des terres, sont constatés suivant les régions. Dans le Sud-est, les populations subissent les conséquences des fortes pluies, des longues sécheresses avec des déficits en eau importants, des fortes crues, et des cyclones.

Risque

Les risques climatiques ont été dressés lors de divers ateliers interrégionaux de concertation qui ont été organisés entre les mois de février et avril derniers à Toamasina, Toliara, Fianarantsoa, Antsirabe et Antsiranana, à l’initiative du ministère de l’Environnement et du développement durable (Medd) à travers le Bureau national de coordination des changements climatiques (BNCCC) et de la Coopération allemande (GIZ), à travers le Projet de renforcement des conditions et capacités d’adaptation durable au changement climatique (PRCCC). Les différents acteurs ayant participé à ces ateliers interrégionaux de concertation, ont témoigné de la nécessité d’agir en urgence pour faire face à ces risques climatiques et en atténuer les effets sur le quotidien des malgaches. Ces risques touchent principalement le secteur agriculture qui concentre près de 80% de la population active, mais également d’autres secteurs tels que la santé, l’eau, l’aménagement du territoire et le foncier, ainsi que tous les domaines d’activité liés à la vie rurale. L’ensemble des secteurs est affecté, note d’ailleurs le compte-rendu des ateliers de concertation.

Capitalisation des acquis

En 2011, Madagascar a adopté une Politique nationale de lutte contre le changement climatique (PNLCC) qui a été traduite en un Plan d’action national de lutte contre le changement climatique (PANLCCC) et qui a permis d’avancer vers la mise en place d’un Plan national d’adaptation (PNA). Toutefois, pour que cette politique nationale et son plan d’action soient efficaces, il est primordial qu’ils concordent aux réalités et aux spécificités de chaque région. « Il faut chercher des moyens efficaces pour atténuer le changement climatique à travers la participation citoyenne : les reboisements, l’adoption de gestes écoresponsables, et par le biais de la responsabilisation des acteurs du secteur privé à travers les politiques environnementales des entreprises »2, souligne Katuscia Joëlle Solofomialitina. Pour contourner les difficultés qui se posent, les acteurs doivent agir selon les moyens à leur disposition. C’est ainsi qu’on peut voir l’application progressive de nouvelles techniques agricoles adaptées aux réalités climatiques.

Stratégie d’adaptation

À l’exemple de ce qui se fait dans l’Alaotra-Mangoro, où le Centre national de la recherche appliquée au développement rural (Fofifa) initie les agriculteurs à la production de nouvelles variétés de riz qui s’adaptent à une saison des pluies plus courte et les sensibilise à l’application des techniques de repiquage en ligne qui permettent d’avoir une plus grande productivité. La Haute-Matsiatra a privilégié le développement de filières alternatives à l’exemple du bambou et des plantes mellifères. Sur le plateau d’Ihorombe, un projet de mise en place de zones de pâturage améliorées a été mis en œuvre, un projet d’agriculture durable, par approche paysage, a été initié dans l’Analanjirofo… Si la stratégie d’adaptation porte ses fruits et est menée, Katuscia Joëlle Solofomialitina estime que « le changement climatique peut être une opportunité, surtout pour les paysans »2. Bon nombre de ces projets sont actuellement en cours, malgré le fait que le pays n’ait pas encore des orientations claires quant à la coordination de toutes les actions.

Coordination

Il apparaît que ce ne sont pas les initiatives en faveur du climat qui manquent à Madagascar, mais l’absence de plan d’actions bien défini tend à en éparpiller les résultats. De plus, les différents acteurs impliqués dans ce processus soulignent le fait que les populations, premières concernées par la lutte,  affichent souvent certaines réticences. Des réticences liées, la plupart du temps, aux questions d’aménagement du territoire et de foncier. « Des descentes et des discussions avec la population sont essentielles dans une stratégie d’adaptation au changement climatique. L’État joue aussi un rôle » 2, trace l’étudiante en HSE. Le manque de coordination rigoureuse dans le cadre des programmes existants, rend encore plus difficile l’imprégnation et l’appropriation de la lutte pour l’adaptation aux changements et pour l’atténuation des impacts du changement climatique.

Référentiels et documents

De nombreux défis restent à relever avant de pouvoir lutter efficacement contre le changement climatique : un besoin de dissémination des différents référentiels ou documents cadres tels que le Schéma d’Aménagement Communal (Sac), le Programme Régional de Développement (PRD), le Schéma Communal d’Aménagement du Territoire (Scat), le Plan d’Urbanisme Directeur (Pudi), etc. Il est aussi nécessaire de multiplier les efforts en termes de sensibilisation et de mobilisation face aux risques climatiques, ainsi que l’intégration de la dimension changement climatique à tous les niveaux et dans tous les secteurs. Actuellement cinq secteurs l’ont déjà intégré, à savoir la santé, l’eau, l’agriculture et l’élevage, l’éducation et l’aménagement du territoire. L’on attend donc la disponibilité prochaine des documents de PANLCCC et de PNA qui devraient servir de base pour la coordination de toutes les actions de lutte contre le changement climatique à Madagascar.  En attendant que les actions soient coordonnées, sur terrain l’inquiétude monte. « Les épisodes de famine vont probablement devenir chroniques, si l’on ne fait rien »1, conclut placidement Ramahavotse Andriamananavo.

1 Propos recueillis par Raoto Andriamanambe, 2 Propos recueillis par Mitsinjo Alisoatiana

Karina Zarazafy