Le palais de Tsimbazaza : dans un état préoccupant

Les travaux de réfection risquent de coûter très cher à l’administration

À Madagascar, les bâtiments administratifs datent, pour la plupart, des années d’indépendance. Rares sont ceux que l’État ait pu rénover. Celui où siège actuellement l’Assemblée nationale fait partie de ceux qui n’ont pas connu des rénovations majeures depuis des années.

Le Palais de la démocratie à Tsimbazaza – dénommé à tort hémicycle – n’a connu, depuis les années 60 que « quelques petits outillages périodiques, de petites bricoles. Il n’a pas vraiment subi de vraies réhabilitations depuis sa construction au temps de la première République », a fait remarquer Tony Rambeloson, directeur de la logistique au niveau de l’Assemblée nationale. Ce qui explique l’état dans lequel il se trouve actuellement.

Simples travaux d’entretien

D’après ses explications, aucune étude approfondie de la fondation du palais n’a été effectuée. Même les ingénieurs qui travaillent actuellement au niveau de sa direction n’ont pas pu la faire. En effet, les anciennes structures, telles que ce palais, ont été bâties avec des techniques et des compositions de matériaux que les ingénieurs actuels ont apparemment du mal à étudier ou dont une fidèle reconstitution serait très coûteuses. Si bien qu’au lieu de rénover, l’État, ou les autres propriétaires qui ont pu hériter de ces monuments historiques, préfèrent s’atteler à de nouvelles constructions, plus modernes et moins coûteuses. Ce qui explique le mauvais état de cette infrastructure. Le maintien en fonction de ce palais se résume donc, selon le directeur de la logistique « à de simples travaux d’entretien : quelques retouches de peinture, des petites réparations de l’équipement électrique, de la plomberie, etc. ». Toujours d’après ses explications, une décision de réhabilitation du palais reviendrait au bureau permanent de l’Assemblée nationale. « Nous ne faisons que leur proposer un projet de réhabilitation et c’est aux parlementaires de prendre la décision d’y procéder ou non », a-t-il souligné. Toutefois, pour répondre au besoin croissant en bureaux au niveau de l’institution, l’effectif du personnel ayant considérablement augmenté, quatre box y ont été aménagés en 2016. D’un autre côté, deux nouveaux bâtiments A et B ont été construits. Ils servent actuellement de centres d’accueil.

Le maintien en fonction du palais de Tsimbazaza se résume donc à de simples travaux d’entretien

Priorisation

Le palais de la démocratie n’est pas le seul bureau administratif à être dans un piteux état. En effet, l’on peut remarquer que les anciens bâtiments avancent vers un état de délabrement total, tandis que les récents semblent être très mal entretenus. L’on ne peut pas rejeter la faute uniquement sur l’intendance et les divers services d’entretien. « Il y a un grand manque de volonté et de priorisation de l’objet de l’Administration, dénonce notre interlocuteur. Pour la plupart des décideurs et pour bon nombre d’utilisateurs, il ne s’agit pas de leurs biens personnels, aussi ils n’y portent pas un égard particulier ». La question du budget alloué à ces lourdes tâches vient après. Étant donné que la prise en charge de ces bâtiments figure rarement parmi les priorités, il n’y a même pas lieu de débattre sur le budget qui va avec. De plus, en ce qui concerne la Chambre basse, contrairement au fonctionnement des ministères, les directions n’ont pas leurs propres budgets, nous dévoile-t-on. Aussi, toutes les décisions d’engager de gros ouvrages ne reviennent-elles qu’aux parlementaires et à eux seuls, à travers le bureau permanent.

Affaissement progressif

L’Assemblée nationale est dotée d’une direction de la logistique. Les attributions de cette dernière ne se résument cependant pas au simple entretien du palais. « Elle est chargée d’entretenir et de gérer tout ce qui touche à l’immobilier, à savoir le palais, les centres d’accueil, le cafétéria qui sert également de salle de réception, le garage et le jardin », explique Tony Rambeloson. Cette direction gère également ce qui touche au mobilier et aux véhicules administratifs. Des services sont affectés à ces tâches. Le service du bâtiment compte des ingénieurs chargés des études des constructions, de la réparation, de la réhabilitation des bâtiments. Selon notre interlocuteur, des études et des propositions telles que celle portant solution face à l’affaissement progressif du terrain sur lequel se trouve le domaine de l’Assemblée nationale, ont été faites. « Le sol s’affaisse, il y a des fuites d’eau souterraines, ce qui augmente les risques d’inondation », prévient Tony Rambeloson. Cependant, ces propositions sont demeurées sans suite jusque-là, or le danger sur ce patrimoine national plane.

« Le sol s’affaisse, il y a des fuites d’eau souterraines, ce qui augmente les risques d’inondation », prévient Tony Rambeloson

Projets de rénovation

L’Assemblée nationale malgache, outre son domaine de Tsimbazaza, a acquis un bureau, la maison de protocole, à Toliara, « Il y a eu une vision d’avoir des bureaux dans toutes les régions dans une optique de réconciliation nationale, mais cela n’a pas abouti pour le moment », avance une source. Remédier à ces différents obstacles au bon entretien des avoirs et objets de l’Administration nécessiterait avant tout un État fort, des dirigeants qui agissent en vrais leaders et qui aient le sens du bien commun. Ces personnes doivent savoir inculquer ces principes à leurs équipes et aux citoyens, en donnant l’exemple. Comme la promotion de la démocratie et lutte contre la corruption vont de pair, les parlementaires qui siègent au sein du palais de la démocratie devraient ainsi être les premiers à en tenir compte. La corruption minerait les projets de rénovation et de réhabilitation des divers bâtiments administratifs. L’on souligne notamment le contrôle de conformité des travaux qui est franchement aléatoire. La rénovation du palais est une réelle nécessité car c’est un patrimoine et une « pierre levée », témoin de l’évolution historique de l’imprégnation et de l’assimilation de la démocratie à Madagascar.

Karina Zarazafy