Bataille pour Antananarivo : interview des trois principaux candidats

Un fauteuil pour cinq. La bataille pour la mairie d’Antananarivo risque d’être âpre entre cinq candidats au profil totalement différents. Nous sommes allés à la rencontre de Naina Andriantsitohaina (IRK), Alban Rakotoarisoa (APM) et de Tahiry Ny Rina Randriamasinoro (TIM), les trois candidats favoris pour le poste de premier magistrat de la Ville des Mille. Ils nous livrent leur vision, leur programme et leur conviction pour Antananarivo dans cet exercice.

Quel est votre projet de société pour Antananarivo ?

Alban Rakotoarisoa (A.R.) : : Mon projet s’articule sur cinq axes ayant pour mots d’ordre : harmonie et normes. Les cinq domaines concernent la gestion des ordures, les transports, la sécurité, les marchés et la bonne gouvernance. Je ne ferai qu’un seul mandat. Pour moi, quand on occupe un poste politique, on n’est pas amené à durer mais à apposer ses empreintes durablement.

Tahiry Ny Rina Randriamasinoro (T.R.R.) : Le quotidien de la population et l’avenir de la ville se trouvent au centre de nos préoccupations. Notre projet portera ainsi sur quatre axes principaux à savoir : l’optimisation des ressources propres pour renforcer la capacité financière de la ville ; l’amélioration de l’organisation de la ville pour un meilleur cadre de vie ; la promotion des actions sociales et le développement des infrastructures pour soutenir les jeunes, les femmes et les personnes vulnérables ; ainsi que la modernisation de l’administration municipale pour offrir des services de qualité en toute transparence, loin de la corruption.

Naina Andriatsitohaina (N.A.) : La finalité de mon projet sera avant tout axée sur le bien-être des citoyens d’Antananarivo, et j’entends par là mettre en œuvre un vrai projet de société œuvrant pour la renaissance de la ville. Je voudrai en citer trois caractéristiques majeures. La première est la réhabilitation de la ville qui s’appuiera sur de grands chantiers structurants couvrant les domaines suivants : la modernisation économique, l’aménagement de la ville tout en considérant ses caractéristiques rurales, l’urbanisation inclusive couvrant l’hygiène collective et l’accès aux fondamentaux (eau, électricité, logements décents…). Ensuite, la modernisation politique et institutionnelle afin de rendre l’efficacité et l’implication totale à chacune des parties prenantes œuvrant pour la reconstruction de la ville, en assainissant, simplifiant et structurant là où cela sera nécessaire. La modernisation des infrastructures éducatives et du système social avec un accent particulier sur l’engagement des jeunes, des femmes, des personnes âgées et des handicapés. La modernisation culturelle et touristique,  afin de revaloriser le patrimoine, et de rétablir l’âme et les singularités culturelles de cette ville, et permettre à nouveau à tous ses habitants de s’y identifier et d’en être fiers. La réinsertion du sport, des loisirs et des espaces de vie pour construire un développement durable et inclusif à l’échelle de la CUA, en encourageant le vivre ensemble si précieux, et pourtant perdu. La deuxième est l’approche multidimensionnelle que nous choisissons. Très simplement, les initiatives peuvent venir d’en haut (experts, commune, investisseurs…), elles viendront aussi du terrain, de la population, des associations, de la société civile. Elles seront structurées et analysées pour constituer le programme de reconstruction d’Antananarivo. Avec des lignes directrices très claires, ce processus sera continu, et permettra au projet de société d’être ancré dans une base transparente, mais tout en restant vivant et dynamique à l’écoute des besoins de la population, et tenant compte de nos moyens, de nos objectifs, de nos contraintes diverses aussi, mais toujours dirigé vers le progrès collectif et l’amélioration de notre vie, de notre ville.

Enfin, la dernière et non des moindres, est l’ancrage idéologique que nous avions choisi et qui guide et encadre ce projet de société : le mouvement que nous constituons aujourd’hui a un positionnement fédérateur et inclusif. Antananarivo a trop longtemps souffert de différentes divisions devenues de vrais facteurs de blocage au développement, et même pires, des sources d’isolement, de pauvreté matérielle et de misère de l’âme pour une partie importante de la population. J’entends et je vois beaucoup de désespoir, de regrets, de déception profonde et de désillusions dans les yeux des habitants. Il est temps de reconstruire l’espoir ensemble, et dépasser tous ces clivages. Ainsi, c’est un positionnement fédérateur avant tout parce que tout citoyen doit et va y trouver sa place à travers l’inclusion économique (un emploi), l’inclusion sociale (une communauté rétablie et des structures adéquates pour encourager et porter le progrès collectif) et l’inclusion humaine (un logement décent, une vie sans peur, un accès à l’eau et à la lumière entre autres). C’est une société que nous construisons où la pauvreté n’est plus déshumanisante et le développement inclusif ouvre grande la voie à l’initiative individuelle en créant des richesses, des emplois, en recréant les liens entre les habitants, et en rattrapant le temps perdu. Une société moderne, mais qui ne perdra pas de vue ses traditions. Il sera un atout pour nous de nous projeter dans la modernité tout en ne perdant pas de vue les valeurs qui nous ont été transmises par les générations précédentes.

Quelle est votre vision pour Antananarivo ?

A.R. : Ma vision est “Antananarivo madio, maha te-honina”. C’est une véritable ambition de faire de la capitale une ville propre et où il fait bon vivre. En 2015, lors de la création de notre parti Antoko Politika Madio, notre vision était de miser sur la transparence. Comme l’exemple vient d’en haut, nous souhaitons véhiculer cette vision pour la capitale de Madagascar. Cet assainissement se fera sentir à tous les niveaux : dans la gouvernance, la gestion des marchés, les transports, la circulation. Mettre en place ce nouveau système peut paraître ambitieux –  voire même utopique pour un bon nombre d’observateurs – mais il n’est pas impossible de le réaliser. Je peux affirmer que nous pouvons changer Antananarivo en un mandat. Cependant, le maire et son staff ne pourraient pas y arriver sans le soutien des Tananariviens. Ensemble, nous pouvons soulever des montagnes.

T.R.R. : Ensemble, agir pour vivre mieux.

N.A. : Jadis, Antananarivo a été la capitale phare de l’Afrique de l’Est à bien des égards. C’est une ville qui a brillé par son système éducatif, par sa gouvernance, par son développement économique et par la singularité et la cohabitation harmonieuse de tous les habitants. Cela est encore possible. Sans replonger dans ce passé, mais en considérant les paramètres actuels de démographie, de potentiel économique et les limites de la ville, nous projetons la ville dès aujourd’hui vers son réel potentiel de développement économique, social, écologique et humain surtout. Nous allons redonner à Antananarivo sa beauté d’antan. En résumé, et en étant conscient du travail massif nécessaire pour y arriver, la vision que nous ambitionnons pour Antananarivo est de reprendre sa place : de capitale moderne, sécurisée, inclusive développée où il fera bon vivre pour tous les Malgaches ; de porte économique, puissante et locomotive de l’océan Indien qui drainera et appellera les investisseurs dans une boucle de développement durable et économique ; de capitale plateforme économique de l’Afrique subsaharienne, dont les avantages concurrentiels sont durables et sources de développement sur l’échiquier économique africain.

Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter aux municipales ?

A.R. : J’ai fondé mon parti politique après avoir été actif dans des domaines variés : l’art oratoire et la musique. Mon approche est différente de celle des opportunistes politiques qui font le processus à l’envers : ils sont nommés à un poste à responsabilité, ils fondent ensuite leur parti et puis ils se préparent aux échéances électorales. Ce qui nous donne des partis politiques éphémères sans une réelle base idéologique. Je me suis préparé depuis longtemps et la route que j’ai tracée était bien claire. Durant ma carrière en tant que “mpikabary” ou en tant qu’artiste, j’ai toujours su exactement ce que je ferai. En tant que politicien, je ne déroge pas à la règle. Par exemple, pourquoi ne me suis-je pas présenté aux législatives ? La réputation de nos députés est aujourd’hui très mauvaise. Un maire est plus proche du peuple. Il peut agir directement auprès du peuple. La nouvelle pratique politique pour Madagascar doit commencer par l’Hôtel de ville : mettre fin au népotisme au sein de la commune, c’est le vrai début de la refondation.

T.R.R. : On dit qu’un homme averti en vaut deux. Les expériences que j’ai acquises tout au long de ma carrière, m’ont fait prendre conscience des contraintes qui s’imposent en matière de développement pour la ville d’Antananarivo. Mais en tant que technicien, j’ai pu constater que relever ce défi reste bel et bien dans le domaine du faisable. C’est pour cette raison que je me présente aux élections pour pérenniser les efforts déployés et apporter des solutions au reste du chantier.

N.A. : Mon parcours est celui d’un citoyen malgache, amoureux de son pays, fier de ses racines et protecteur de l’avenir de son pays et de son peuple. C’est avec ces caractéristiques viscérales que j’ai suivi les pas de mes aïeux entrepreneurs dès lors que j’ai compris que cette voie créait des emplois et de la richesse partagée. Très vite, avec la conjugaison de la pauvreté profondément accrue et accélérée, et l’enlisement des populations dans la perte des valeurs, la perte de confiance et l’abandon total, j’ai réalisé que cela ne suffisait plus. À mes yeux, il était inadmissible de laisser la ville dans son état actuel. J’ai décidé qu’il était temps de reprendre les choses en main et de donner de ma personne pour la cité. Je veux mettre au service de la ville mon expérience et mes réseaux. Et en constatant les énergies positives qui règnent aujourd’hui autour de nous, je n’ai d’autre choix que de servir. Je suis prêt à relever le défi de reconstruire cette ville parce que je sais que des milliers de citoyens comme  moi, croient en son potentiel, en ses ressources et en notre capacité collective à réhabiliter ensemble les paramètres d’une grande capitale développée et moderne, où chaque habitant trouvera sa digne place.

Concernant la gestion des finances de la ville d’Antananarivo, allez-vous effectuer un audit ? Comment comptez-vous accroître les recettes de la cité ?

A.R. : Aujourd’hui, le budget de fonctionnement de la commune dépend encore du Trésor public, mais quand je serai le maire, je prendrai mes responsabilités. Je travaillerais avec les partenaires techniques et financiers pour trouver les solutions à ces problèmes chroniques. J’estime que ces questions relèvent réellement de la capacité de leadership du maire.

T.R.R. : L’état d’esprit dans lequel nous nous apprêtons à diriger l’administration municipale accorde de l’importance à tout ce qui se rapporte à l’évaluation et au contrôle. Le but étant de mener des réformes afin d’établir une relation de confiance aussi bien avec les partenaires qu’avec la population. Cela ne se limitera pas à l’aspect financier, mais s’étendra aussi vers l’aspect organisationnel. En ce qui concerne l’augmentation des recettes, nous avons mené plusieurs études que nous pouvons exploiter sur les potentialités dont dispose la ville.

N.A. : La question du financement du développement urbain constitue l’un des axes prioritaires de l’action municipale pour améliorer le cadre de vie, pour relever le niveau et la qualité de vie des populations, pour accompagner la croissance des entités productives et pour créer des emplois. Accroître les recettes de la commune se fera en crédibilisant la gestion des finances, et en s’assurant que celles-ci entrent effectivement dans ses caisses. Sur ce sujet, un audit sera bien évidemment effectué, il est indispensable afin que nous puissions faire un état des lieux et engager des améliorations, en priorisant les dépenses au service de la population. Sans en dévoiler les contours sur lesquels toute une équipe travaille rigoureusement actuellement, je peux assurer que cela engagera une série de réformes de gouvernance incluant un important programme d’investissement ancré dans une triple approche de planification, de modernisation du cadre urbain et de résolution des questions de pauvreté liée à l’accès aux fondamentaux tels que l’eau, l’électricité, la sécurité publique et l’hygiène collective. La viabilité de ce programme repose essentiellement sur la capacité d’Antananarivo à développer des stratégies innovantes appropriées à nos ressources et nos besoins, et au sein desquelles l’accroissement des recettes, leur gestion, et leur utilisation reposera sur un principe de transparence résolument tourné vers l’intérêt collectif. C’est pourquoi je suis aussi désireux de développer une fiscalité incitative, afin que chacun puisse contribuer.

Sur le chapitre des patrimoines de la ville : comment allez-vous procéder pour récupérer tous les patrimoines de la Commune urbaine d’Antananarivo (fonciers, bâtiments, etc.) ?

A.R. : Je vais nommer un directeur des affaires juridiques qui aura suffisamment de poigne pour pouvoir identifier tous ces patrimoines de la commune et surtout les reprendre en main. La CUA a encore beaucoup de domaines qu’elle peut exploiter efficacement pour solutionner ses problèmes : parkings, marchés. Presque dans tous les arrondissements, la municipalité d’Antananarivo possède un patrimoine foncier essentiellement ou les bâtiment. Je les ai déjà préalablement identifiés, avec le concours des agents de la commune.

T.R.R. : Je suis né à Antananarivo, j’ai grandi ici. Et tout ce qui concerne ma ville m’est cher. Je mobiliserai une équipe et j’invite tout un chacun à se joindre à nous pour défendre cette cause.

 N.A. : La Commune urbaine d’Antananarivo dispose d’un patrimoine riche et qui doit rester à la fois la fierté et la propriété des habitants. Le vrai défi avant de répertorier, lister, réhabiliter et préserver ce patrimoine sera de faire respecter la loi. Ensuite, dans une perspective d’identification et de revalorisation culturelle plus que nécessaire pour nous Malgaches, de surcroît dans la capitale, il me semble primordial de mettre en place un vrai projet de valorisation culturelle, incluant le patrimoine de la CUA. Ce projet sera piloté par des experts et inclura la récupération des patrimoines.

Quant à la gestion des marchés et des marchands ambulants, quelles sont les mesures que vous prendrez ? Ne craignez-vous pas de verser dans le populisme ?

A.R. : Ma politique de gestion des marchands ambulants repose toujours sur le dialogue. Certes, il n’a jamais été aisé de normaliser le système des marchés municipaux à Antananarivo. Cependant, le dialogue et la négociation peuvent s’avérer plus performants et justes pour dégager un consensus. Comme mesures concrètes, je vais mettre fin à la tenue des marchés hebdomadaires : lundi (Ambohimanarina), mercredi (Andravoahangy), jeudi (Mahamasina) et vendredi (Ambodin’Isotry), etc., car ils n’ont plus leur raison d’être dans une ville moderne. Cependant, nous allons mettre en œuvre des mesures d’accompagnement. La fermeté sera de mise : les marchands seront tenus de respecter la propreté de leurs étals mais ceux qui achètent dans les rues, seront aussi sanctionnés. Le maire et son staff seront disponibles 24/24 h. Pour le populisme, c’est une question d’approche. Grâce à mon cursus très diversifié, j’ai développé une aptitude à nouer une relation de proximité avec les gens et de forger une dynamique de rassemblement autour d’un intérêt commun. Ce caractère de leader rassembleur a été renforcé durant mon parcours au Fikambanan’ny mpikabary malagasy (Fimpima) ainsi qu’à mes précédentes formations dans le domaine du leadership. Les dialogues seront initiés dans un premier temps, mais la loi sera appliquée, ensuite.

T.R.R. : Grâce à une approche participative, le risque de populisme sera écarté en responsabilisant et en conscientisant toutes les parties prenantes par rapport au fait qu’Antananarivo est la capitale de Madagascar.

N.A. : Le paysage économique d’Antananarivo inclut les marchés ambulants, souvent dans le volet de l’économie informelle. Ces marchands sont de vrais symboles de débrouillardise et de solidarité et certains sont devenus de vraies petites institutions à eux seuls. On ne peut les évacuer que si on leur apporte les places de marché nécessaires pour exercer leur métier. Comme le commerce est le cœur économique de la ville d’Antananarivo et le moyen de subsistance de la majorité de ses citoyens, il faut pouvoir organiser les marchés pour qu’ils puissent continuer à travailler. Sans verser dans le populisme, la modernisation de la capitale demain tiendra compte de cette spécificité. Il existe des politiques progressives de réinsertion de l’économie informelle qui ont fait leurs preuves. Nous développerons celle qui sera appropriée aux spécificités de la capitale avec des étapes d’ajustement structurel tenant en compte les paramètres sociaux, économiques, humains et urbains.

En ce qui concerne la gestion de la circulation, quelles solutions apporterez-vous pour réduire la congestion dans la ville ? Comment allez-vous gérer les parkings ? Sous votre mandat, les pousse-pousse et les charrettes circuleront-ils toujours dans la capitale ? 

A.R. : L’ensemble des mesures que nous prendrons, la gestion des marchés,  la construction d’infrastructures, la restructuration des transports publics… réduira automatiquement les embouteillages dans la ville. Les vendeurs de véhicules d’occasion seront déplacés dans les communes périphériques, c’est une nécessité à l’heure actuelle.

 T.R.R. : La congestion dans la ville est un problème qui concerne différents acteurs qui ont chacun leur part de responsabilité et avec lesquels on renforcera la coopération pour une meilleure coordination des actions à mener. Concernant la gestion des parkings, nous procèderons à une évaluation des conventions d’externalisation existantes avant de prendre des mesures. Le développement que l’on souhaite mettre en œuvre pour la ville d’Antananarivo se veut être inclusif. Comme les pousse-pousse et les charrettes constituent pour le moment des moyens de transport utilisés dans la capitale, nous préconisons d’instaurer la discipline en renforçant l’éducation citoyenne.

N.A. : Je suis conscient que ces questions sont dans la bouche de tous les habitants d’Antananarivo. En réalité, elles abordent les questions de désengorgement de la ville et de restructuration de la circulation. De sécurité collective aussi, ainsi que d’efficacité économique qui est étranglée par la densité des embouteillages dont nous nous plaignons tous. Mais pas uniquement. Elles englobent aussi les questions de respect des uns et des autres, de respect des règles de vie commune et de respect des lois tout simplement. Il faut mettre fin à la gabegie régnante qui nous a conduits vers une capitale totalement sale, source d’insécurité et de souffrances pour une frange massive de la population. La politique de réhabilitation et d’aménagement urbaine de la capitale doit partir d’un changement de schéma de pensée pour beaucoup d’entre nous. Il faut abord plaider pour des investissements en infrastructures, que l’État est déjà en train de prendre en charge, mais surtout nous allons proposer un nouveau plan de circulation qui, avec un minimum de moyens, permettra de fluidifier la circulation des véhicules. Il faudra passer par des compromis, il faudra accepter des changements lourds mais nécessaires. Nous allons nous assurer que chacun retrouve sa place appropriée, que les voitures soient sur les routes, les marchands au sein des marchés, et les piétons sur les trottoirs. Il faudra redonner du sens à la confiance collective et mutuelle parce que chacun d’entre nous contribuera à cette construction d’une nouvelle capitale moderne et belle. N’oublions pas que nous sommes restreints par l’espace disponible pouvant servir de parkings. Une solution viable sera d’élever ces places, et donc d’ériger des bâtiments avec parkings en hauteur.

La gestion des déchets a toujours posé problème à Antananarivo, que pouvez-vous dire là-dessus ?

A.R. : Quand je serai maire, il n’y aura plus d’amoncellement d’ordures. Le premier travail à faire, en amont, est de sensibiliser les habitants de la ville à la problématique des déchets ménagers. Chacun est responsable. Il est important de mener une campagne de communication à partir des mass-médias. D’ailleurs, je compte bien accélérer les procédures pour la réouverture de la radio et de la chaine de télévision de la municipalité d’Antananarivo. L’État se doit également de faire l’effort pour augmenter le nombre d’infrastructures comme les bacs à ordure ou les infrastructures sanitaires. Cela contribuerait amplement à l’assainissement de la ville. Quant à la gestion des ordures, j’ai longtemps travaillé de nuit pour une compagnie aérienne. Cette expérience m’a permis de constater que la circulation est plus fluide pendant la nuit. Ainsi, pour éviter les bouchons et l’accumulation des ordures pendant la journée, le ramassage des ordures se fera exclusivement la nuit, comme c’est le cas dans d’autres villes du monde. Nous avons déjà prévu d’augmenter la flotte de camions entre les mains de la commune. Il est important aussi d’améliorer les conditions de travail des agents communaux en charge  des services nocturnes pour qu’ils soient rémunérés comme il se doit.

T.R.R. : Cette problématique se pose pour toutes les communes, surtout urbaines. Et plusieurs études ont été menées dans ce domaine. Le renforcement de la coopération intercommunale permettra d’y réfléchir ensemble et de partager les expériences et les bonnes pratiques. La CUA doit revendiquer à ce que cette compétence soit transférée à nouveau vers la commune qui est la plus habilitée en la matière. L’éducation à la citoyenneté tient également un rôle prépondérant dans la résolution de ce problème. 

N.A. : La gestion des déchets dans les capitales africaines est un fait courant. Elle est loin d’être la propriété exclusive d’Antananarivo puisque 16 villes les plus sales du monde se situent en Afrique. Elle apparaît comme une vraie priorité au vu de ses impacts sur la santé publique, sur le bien-vivre et sur le visage de la capitale. Des solutions réelles existent et peuvent transformer ces gestions de déchets en projets économiques sources d’emplois et de développement. C’est à ce niveau que je veux positionner le défi de la gestion des déchets, qu’il faut aussi voir comme des sources potentielles d’énergie pour illuminer la ville. Une chose est sûre, les habitants d’Antananarivo ne méritent pas de vivre au milieu des ordures. Nous allons enclencher des projets de toutes tailles et impliquant différentes parties prenantes (secteur privé, commune, investisseurs…) pour implémenter une gestion des déchets à une dimension économique (création d’emplois), écologique (recyclage) et sociale (système de ramassage par quartiers, sensibilisation au tri des déchets…). Ici aussi, un changement d’état d’esprit va s’opérer pour que nous agissions tous ensemble vers une ville propre et saine.

Concernant la mobilité urbaine, apporterez-vous des idées innovantes pour les transports publics ?

A.R. : Comme je l’ai esquissé, ma philosophie est que chaque projet spécifique doit être aux normes et harmonieux. Je compte améliorer la mobilité urbaine à travers l’utilisation des technologies. Des GPS seront installés dans les taxi-be. Des caméras de surveillance seront mises en place à chaque arrêt de bus. Les agents de la police municipale seront dotés de caméra. Mais je suis convaincu que les discussions sont les bases de toute avancée. Elles font que les parties prenantes s’accordent sur les mesures urgentes et les points d’amélioration.

T.R.R. : En matière de mobilité urbaine, les idées innovantes ne manquent pas. Le vrai défi est de faire en sorte que la ville d’Antananarivo ne soit pas un “cimetière de projets ”. Ensemble, on peut y arriver.

 N.A. : Certainement, mais je ne veux pas être accusé de rêver. J’ai compris que le défi de la mobilité urbaine à Antananarivo est au cœur de frustrations en tous genres, mais se dresse aussi comme un vrai frein au développement économique. Antananarivo n’a pas réussi à dompter l’étalement de la ville confrontée au développement accéléré de la démographie, mêlée aussi à la massification urbaine. Pour notre capitale, le défi est triple : humain d’abord, il faut sécuriser et fluidifier la circulation en sécurisant les piétons et les moyens de locomotion non motorisés ; social ensuite, l’allongement des distances et la difficulté d’accès à la ville ont des impacts sociétaux lourds – et je pense particulièrement à la saison des pluies qui approche – ; et économiques bien évidemment : congestion, impacts négatifs sur l’économie locale et l’attractivité. Nous avons mobilisé l’ensemble des parties prenantes pour construire une approche réaliste mais efficace : elle contient à la fois des innovations, des solutions immédiates (l’optimisation du canal Andriantany par exemple) et englobe les paramètres de développement micro-économique local et d’embellissement des quartiers.

Selon vous, quelles sont les qualités d’un bon maire ?

A.R. : Le maire est le premier magistrat de la ville. Ce titre lui confère des responsabilités. Il se doit d’être l’homme de la situation. Il doit être un politicien responsable et pragmatique, ce qui est encore plus vrai dans une situation de crise. Un bon maire doit apporter les solutions adéquates et gérer à bon escient une crise.

T.R.R. : Avant tout, il doit être une personne qui connaît bien sa localité, qui y a vécu et qui y vit encore, ayant une bonne compréhension des besoins de la population. Il ou elle doit être toujours à l’écoute et avoir une vision et un objectif clairs et les compétences techniques nécessaires pour les réaliser. Enfin, un maire se doit d’être un rassembleur afin de pouvoir mobiliser toutes les forces existantes.

N.A. : Il serait prétentieux de ma part de répondre à cette question, à laquelle je ne suis même pas certain que de vrais réponses objectives existent. Je veux simplement dire qu’à mes yeux il faut d’abord être un citoyen avec des valeurs humaines. Aussi simples soient-elles, je défends ardemment les valeurs du “fihavanana” malgache, de partage, de générosité naturelle que nos parents nous ont transmis, et de respect de l’autre. Chaque Malgache a le droit et le devoir de vivre décemment dans cette ville qui nous appartient tous. Et c’est avec ces mêmes valeurs que je veux reconstruire la ville d’Antananarivo dès aujourd’hui. Je refuse que les habitants de cette ville vivent dans la peur, la pauvreté, l’ignorance et l’extrême précarité. Je refuse aussi que la jeunesse déserte cette ville par désespoir et perte de confiance en l’avenir. Avec mes convictions et ma détermination, ainsi que le travail de toute mon équipe, nous avons établi un programme réaliste et réalisable, traitant à la fois des urgences et des projets à moyen et long termes. Il s’agit d’un programme économique, social et écologique qui remet le citoyen Malagasy au centre des richesses les plus importantes dont dispose notre pays. En conclusion, nous voulons construire la capitale du bon vivre aujourd’hui, mais nous voulons aussi construire la capitale qui fera la fierté et le bonheur de nos enfants et petits-enfants demain. Et nous sommes prêts.

Propos recueillis par Raoto Andriamanambe