Une vague jeune déferle sur les municipales

Antananarivo peut-elle échapper au bipolarisme et porter à sa tête une troisième voie ? C’est le pari que tente de relever une jeunesse partie à la conquête de la capitale et des autres villes de Madagascar.

constat est sans appel : de plus en plus de jeunes se montrent défiants vis-à-vis des politiques actuelles. La jeunesse préfère maintenant opter pour de nouvelles formes d’activisme, comme la création de start-up, le slacktivisme  (activisme numérique, voir Politikà 12) ou encore le militantisme dans la société civile associative. « Adeptes d’une forme de démocratie directe, elle prépare (la jeunesse) l’avènement d’une société moins hiérarchisée et enfin décolonisée », explique Hamidou Anne, doctorant en science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal et ancien élève de l’École nationale d’administration (France).

Mouvement

Néanmoins, malgré leur portée, tous ces leviers d’engagement ne peuvent pas remplacer la politique. C’est dans ce climat de défiance généralisée qu’est née la liste et l’initiative Komba (Komity manohana an’i Babà). Pas forcément centré sur le candidat aux municipales Alban Rakotoarisoa, YLTPien plus connu sous son nom de scène Gangstabab, cet attelage assez singulier  est composé d’une majorité de jeunes, la plupart se portent candidats à un poste électif pour la première fois. Une vague de jeunesse a déjà déferlé lors des législatives, mais –  mal préparés ou sans ressources –, ils ont été écartés par les ténors. Seuls les jeunes qui ont été affiliés au parti Orange ou au Tim – et ils n’ont pas été nombreux – ont pu sortir leurs épingles du jeu. Cet engagement pour les municipales est une réaction à une situation…d’urgence. La capitale de Madagascar, comme la plupart des villes de la Grande île, est dans un état déplorable. « Antananarivo est ma ville natale. Mais je n’ai cessé de voir son image politique, sociale et économique se dégrader. La gabegie en tout genre s’installe en maitre », déplore Hilda Hasinjo, journaliste de Politikà, YLTPienne et candidate au poste de conseiller municipal dans la mairie d’Antananarivo sur la liste Komba. Comme elle, Yvan Fabius Soufaly, YLTPien candidat cette fois-ci au poste de maire de Toamasina, dresse un constat sans ambages de la deuxième ville de Madagascar. « Toamasina est dans un sale état. Elle est dans une situation alarmante. C’est au regard de ses problèmes que j’ai articulé mon projet de société Tamatavintsika ».

« Adeptes d’une forme de démocratie directe, elle prépare (la jeunesse) l’avènement d’une société moins hiérarchisée et enfin décolonisée »

Affaissement généralisé

Las des promesses jamais tenues et des circonvolutions politiques, la jeunesse tente une percée pour reprendre en main son avenir. « Je me suis rendu compte que prendre le pouvoir et changer de l’intérieur la situation  est la meilleure et la seule manière de changer les choses. Mais il s’agit surtout de prendre le pouvoir par la légitimité des urnes », glisse Hilda Hasinjo. Sur la liste Komba des 58 candidats au poste de conseillers municipaux, près de 60% ont moins de 40 ans. Cet intérêt pour la capitale par la jeunesse n’est pas nouveau. Les élections municipales sont un excellent tremplin pour les jeunes avant de se lancer dans le grand bain. Avant Andry Rajoelina, en 2007, il y eut Marc Ravalomanana, en 1999. Avant le leader du Tiko, il y eut Richard Andriamanjato, élu en 1959, à 29 ans. Jusqu’à maintenant, cet animal politique demeure le plus jeune maire élu pour la capitale Antananarivo. Il le restera jusqu’en 1977. Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana ont d’abord conquis Antananarivo avant de s’attaquer à Madagascar. « Quand on est jeune, on a l’innovation chevillée au corps. Nous avons l’énergie pour trouver des solutions, pour nous défaire de cet ancrage lourd qui nous condamne à être éternellement pauvres. Nous pouvons aller au-delà de ces croyances », partage Yvan Fabius Soufaly.

Les élections municipales sont un excellent tremplin pour les jeunes avant de se lancer dans le grand bain.

Défis

Devant le scepticisme des « ainés » sur le manque d’expérience ou sur un certain amateurisme des jeunes dans l’arène politique, Babà rétorque : « Cela fait déjà quinze ans que cette idée a maturé dans ma tête. Mais la vraie impulsion est venue de ma formation au sein du YLTP et à de divers engagements continus, notamment dans la sphère du kabary. C’est une décision réfléchie et sérieuse ». L’engagement ne sort pas du néant, c’est bien souvent le fruit d’une réflexion par rapport à l’affaissement généralisé des structures politiques. Pour les prochaines municipales, le défi est de taille. Pour Babà et sa liste, il faut d’abord faire barrage au Tim, porté lui aussi par un jeune candidat, et à Naina Andriatsitohaina qui a derrière lui une machine électorale bien rodée et qui fait figure d’épouvantail. Mais la force de la jeunesse est bien souvent cette désinvolture et cette capacité à surmonter les challenges. « J’aime les grands défis. Et je n’ai pas peur des challenges liés à la gouvernance, à la vie associative ou à la vie vie entrepreneuriale. Notre président a pris les pouvoirs à 33 ans, pourquoi pas nous ? », lance malicieusement Yvan Fabius Soufaly. Même son de cloche du côté de Babà. « Je ne veux pas de la facilité. J’aurai pu me présenter dans une autre petite bourgade, mais je veux poser mon empreinte sur Madagascar ».

Raoto Andriamanambe