Anaclet Imbiki, le membre du Comité d’experts pour la rédaction des textes sur la réconciliation nationale et Président national de Mamimad nous offre son point de vue sur les questions sur la paix.

Selon vous, quelles sont les réelles sources de conflits à Madagascar ?

Le vrai problème réside dans cette sorte de pudeur, voire d’hypocrisie politique. Ce qui nous empêche de faire face à la vérité. Les conflits à Madagascar ont une source historique, sociale, politique et économique. En effet, nous avons gardé les séquelles de notre histoire, des problèmes que nous n’avons pas su régler à temps et qui se transmettent de génération en génération. Les séquelles des conflits inter-royaumes sont réveillées à chaque fois que le pays traverse une crise comme celles laissées par la colonisation Merina sur les autres royaumes, et par la colonisation française. La conquête qui se faisait avec beaucoup de violences, de pressions et de morts d’hommes a engendré un sentiment de velléité de vengeance. Madagascar connait également un problème lié à l’esclavage dont les effets se perpétuent jusqu’à nos jours. Notamment, dans la région Merina où la population noire – dont l’effectif excédait déjà celui des blancs – des andriana et des hova en 1860 et 1895, sont des butins ramenés des côtes et qui vivent en Imerina. Ce qui constitue une bombe à retardement. La survivance de l’esclavage leur est très douloureuse. Beaucoup de personnes ont été favorisées dans le passé et ont obtenu richesses et avoirs par la mauvaise gouvernance. Elles ont le pouvoir, le savoir et les avoirs. Or, actuellement, on ne peut accéder au pouvoir sans avoirs. Et les gens n’ont plus confiance en ces opérateurs économiques et ces dirigeants qui ont favorisé ces spoliations.

Que devrait-on faire pour remédier à ces conflits hérités du passé et obtenir une vraie réconciliation nationale ?

Il faut oublier ce passé et reconnaître la vérité. Il faudrait mettre en place une réparation sociale et régler les exclusions et marginalisations. Ce qui pourrait prendre la forme d’une discrimination positive. C’est-à-dire trouver des moyens efficaces pour donner une vie descente aux anciens esclaves par le biais de l’éducation, des formations professionnelles, de dotation de terres…Une mesure qui concerne également les anciennes ethnies qui ont été spoliées. Il faut régler les problèmes de discrimination interethnique qui ont toujours provoqué beaucoup de violence.

Quid du chapitre économique ?

Pour la réconciliation économique, on ne doit plus admettre que les gens qui ont pu acquérir leurs avoirs de façon malhonnête puissent avoir le pouvoir. Il faudrait qu’ils soient jugés ou du moins, qu’ils acceptent de restituer ce qu’ils ont acquis de cette manière. Il faut également réconcilier la classe politique – à savoir les dirigeants puis leurs entourages – et une amnistie car il y avait la justice des vainqueurs. Les tribunaux ne condamnaient alors que les vaincus.

Cette question d’amnistie divise la société malgache systématiquement…

Qui dit amnistie ne dit pas impunité. Elle doit être accompagnée de réparations collective et traditionnelle. La réconciliation politique devrait également se faire par la reconstitution de carrières. Il faut éviter la répétition de ces crises et cela exige la refondation de la république qui consiste en une mise en adéquation de la loi et de la Constitution à la réalité du pays. Ce qui suppose une élection constitutionnelle. Il faut aussi une refondation de la nation laquelle consiste à éliminer la distorsion entre les prescrits normatifs. C’est-à-dire entre ce qu’avaient dit la Constitution et la loi, et les pratiques politiques. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Mais il faut se lancer. On ne pourra pas trouver de solutions si on n’avance pas.

Recueillis par Karina Zarazafy 

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