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Malgré les affres du quotidien, des artistes malgaches bouillonnent de créativité. Plongée dans cet univers particulier qui n’est pas épargné par les polémiques.

A Madagascar, la plupart de la population, et particulièrement l’Etat, sont, par défaut, insensibles à l’art. Si en France, les artistes contemporains sont exilés dans la Grande île, ils sont tout simplement ignorés. La source principale de cet « articide » va à double sens, l’Etat et les artistes eux-mêmes, paradoxalement.

Une guerre culturelle

« Si l’on fait exploser un musée d’art contemporain, on va dire que c’est de l’art contemporain », écrivait un blogueur sur un ton ironique. Beaucoup ignorent malheureusement ce qu’est l’art contemporain. On l’assimile à un passe-temps pour les riches et les bourgeois. De nos jours, l’inculture s’amalgame sensiblement avec le marketing. Pour Christine Sourgins, historienne de l’art, essayiste et écrivain, « l’art contemporain n’est plus qu’une question de force financière, médiatique et institutionnelle ». Il a perdu sa valeur depuis le caprice de Marcel Duchamp, déclarant « l’urinoir tel un objet d’art ». Puisqu’il s’agit d’un dogme, l’on obéit sans remise en question parce que les idéologues affirment que « c’est de l’art ». C’est le cas de tous les pays du monde et non seulement à Madagascar.  Une génération de suivistes qui se contente d’apprécier sans pour autant creuser l’histoire. Jonny Andriamanankoavy, musicien et plasticien, appuie cette théorie. « Les représentations proposées constituent plutôt une nébuleuse d’excentricités qui n’a plus grand-chose à voir avec les canons de l’esthétisme définis par Leonardo Da Vinci ou Michelangelo » se désole-t-il. Il étaye également la thèse de l’art contemporain à la merci d’une dérive mercantile. « Il est aujourd’hui plus un objet commercial qu’un développeur de sensation. C’est ainsi que, pour beaucoup, voir un Jeff Koons exposé au château de Versailles relève plus de l’imposture et du coup médiatico-commercial que d’un évènement artistique majeur », soutient-il.

Régime de singularité

Depuis Duchamp, n’importe quel objet pourrait être de l’art. Le concept de l’art contemporain est maintenant différent chez les uns et les autres, il s’agit d’un monde et non d’œuvres. Les œuvres de la jeune illustratrice malgache, Catmouse James, révèle bien cette idéologie : ne pas se focaliser dans l’objet mais dans ce qu’il va provoquer.  C’est certainement la raison pour laquelle, ses détracteurs qualifient plutôt ses œuvres de « simple manga » qu’autre chose. L’art contemporain c’est la déviation des normes de l’art moderne et de l’art classique. Or, c’est cette différence que l’on méconnait encore aujourd’hui. Dans son ouvrage « Le paradigme de l’art contemporain, structures d’une révolution artistique », la sociologue et spécialiste d’art Nathalie Heinich part du constat que les partisans et les opposants de l’art contemporain ne parlent finalement pas de la même chose. L’art contemporain est un genre et non une période ni une chronologie. Son principe exige tout simplement de l’originalité et un minimum de connaissance, un « régime de singularité ». Cela explique peut-être pourquoi de nombreux peintres n’ont rien à dire sur leurs propres œuvres, il suffit d’être… original.

Segment de niche

La Grande île est une vaste plateforme d’arts et de culture, mais cela ne privilégie que les touristes et quelques nantis. « L’art a toujours été plus ou moins contrôlé par le mécénat et la nomenklatura, mais l’art contemporain est devenu le placement d’excellence pour les grands argentiers », explique Jonny Andriamanankoavy. Si la majorité des Malgaches demeure insensible à l’art, c’est avant tout la faute du pouvoir public qui ne l’y éduque pas.  Malgré l’existence des réseaux sociaux et des différents médias, le système d’informations est encore aléatoire. Nombreux plasticiens et peintres restent coupés du monde et ignorent, par exemple, l’existence de grands évènements tels que Dak’art, l’unique biennale d’art contemporain du continent africain. Néanmoins, il faut saluer l’effort du secteur privé et de partenaires pour la mise en place de centres culturels, mais ils se limitent à la capitale. Beaucoup d’artistes demeurent invisibles et totalement isolés. A Madagascar, aucune institution ni école de beaux-arts n’existe. Rares sont les Malgaches qui s’intéressent à des évènements artistiques contemporains. Pourtant, Madagascar abonde en culture et n’a rien à envier au reste du monde.

Mammie Fanahimanana

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