Les acquis de 2016 placent 2017 sous les meilleurs augures. Malgré la déferlante version malgache de l’afro-pessimisme, savamment entretenue par une partie des médias dominants de la capitale, les trois grandes réunions internationales qu’étaient la session de l’Assemblée parlementaire francophone, le Sommet du Comesa et celui de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se sont déroulées dans les meilleures conditions suivant le principe édicté par le Président de la République : « Nous ferons avec ce que nous sommes et ce que nous avons ». Ce fut, avec les relais médiatiques mondiaux, la consécration du retour de Madagascar dans le concert des Nations.

L’accord de Facilité élargie de crédit (FEC) du FMI en juin 2016 a ouvert les portes aux appuis financiers des partenaires au cours de la Conférence des bailleurs et investisseurs (CBI) de Paris en décembre 2016. La réalisation du Plan national de développement (PND) était évaluée à 5,4 milliards de dollars. Au total, les partenaires ont annoncé 6,4 milliards de dollars de financement. Avec les investissements annoncés, et déjà en hausse, par le secteur privé national et international, le cap des 10 milliards de dollars est largement dépassé.

Les médias nationaux en ont parlé peu ou prou, mais les discours prononcés par les partenaires à Paris ont tous salué les efforts déjà accomplis par Madagascar en matière de gouvernance globale, financière en particulier. Le président de la République a maintes fois souligné que nous entreprenons les réformes, autant sinon plus, pour nous-mêmes que pour rassurer les partenaires. Certes, ce qui reste à faire est de loin plus important que ce qui a été fait. Mais toute personne de bonne foi reconnaît qu’on ne corrige pas en trois années les scories enkystées dans les esprits et les pratiques de plus de cinquante années d’errance politique, dont cinq années de crise profonde, d’anomie intégrale.

Les chiffres énoncés ont de quoi donner le tournis. Or, c’est justement le moment de garder la tête froide, d’avoir la lucidité et la volonté chevillées au corps. Globalement, il est maintenant question de la capacité et de la qualité d’absorption des financements. Dans tous les secteurs, les dispositions et les procédures administratives, côté partenaire comme côté malgache, doivent être au service de l’avancée des actions et non les ralentir dans un parcours du combattant épuisant.  Sans pour autant sacrifier la transparence et le contrôle des opérations. À tous les niveaux, une nouvelle intensité de travail sur la durée va être indispensable pour dépasser la limite de capacité de décaissement de Madagascar plafonné depuis et au mieux à 500 millions de dollars par an. Les financements annoncés pour la période 2015/2019 supposent une moyenne de décaissement de
1,5 milliard de dollars par an. Au-delà des questions administratives et techniques, c’est aussi et surtout une affaire d’hommes et de femmes, motivés ou non pour le changement, par un nouveau cap.

Les enjeux ont une dimension humaine. « Soyez le changement que vous voulez voir autour de vous », disait Gandhi. Une prestigieuse marque automobile affirme de son côté : « La seule course qui ne finit jamais : se dépasser. » Changer, se dépasser, voilà bien les mots-clés d’une nouvelle page que nous pouvons, que nous devons écrire ensemble. Les défis sont au-delà des intérêts particuliers, des individus et des calculs égotiques. Sans optimisme béat ni pessimisme fossilisé, il nous faut nous débarrasser de nos peurs, libérer l’imagination et les énergies refoulées, agir en pensant à ce qu’écrivait au 13e siècle le poète Rumi : « C’est le temps qui dévoile les possibilités cachées de toute chose. La possibilité de changer les conditions présentes est la plus grande valeur et la plus grande richesse de l’homme. »

Tsilavina Ralaindimby 

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