Ceux qui le connaissent parlent de lui comme d’un travailleur acharné. Christian Ntsay, nouveau locataire du Palais de Mahazoarivo, fait face à un des plus grands défis de sa vie.

6 juin. Mahazoarivo des grands jours. Sous le coup de l’émotion, Christian Ntsay, le Premier ministre entrant, bafouille un peu durant son discours. Il remercie aussi bien le Président de la République, Hery Rajaonarimampianina, que l’ancien Président de la Transition, Andry Rajoelina de l’avoir nommé. Toute son équipe est là. Le regard triomphant. L’atmosphère est solennelle mais loin d’être lourde. Christian Ntsay sait qu’il joue gros car ses décisions sont attendues. « Il aura la tâche de rétablir l’ordre public et surtout d’organiser les élections qui sont prévues se tenir cette année », résume Olivier Mahafaly Solonandrasana, son prédécesseur, en place depuis avril 2016.

Marquer le territoire

« Il est accessible mais il sait imposer ses idées et ses actions quand il le faut », partage l’un des membres du réseau des journalistes spécialisés en emploi et travail, qui le suit depuis des années. Ces qualités seront nécessaires vu la situation inconfortable dans laquelle il se retrouve : il doit travailler de concert avec Iavoloha, en étant entouré de lieutenants issus des rangs du Mapar, à travers des proches collaborateurs de Andry Rajoelina qui constituent sa garde rapprochée. Ses marges de manœuvre seront réduites. Et, surtout, il sera attendu au tournant. « Je suis un Premier ministre de consensus. L’objectif est clair : aboutir à une élection transparente, crédible et inclusive, conformément aux dispositions de la décision de la Haute cour constitutionnelle du 25 mai dernier », a-t-il déclaré durant son premier point de presse à Mahazoarivo. C’est une manière pour lui de marquer son territoire. Le Premier ministre Christian Ntsay a du pain sur la planche à travers la préparation de la prochaine échéance électorale, le plus vite possible dans un climat particulièrement délétère. Le challenge est immense pour celui qui occupait le poste de Directeur du bureau pays de l’Organisation internationale du travail (OIT) pour Madagascar, les Comores, Maurice et les Seychelles, pendant 10 ans.

Ambitions politiques

Mais ces défis ne semblent pas lui faire peur outre mesure. On l’a parfois oublié mais il avait déjà fait partie d’une équipe gouvernementale, en ayant été l’éphémère ministre du Tourisme sous l’ère Ravalomanana, de 2002 à 2003. « Christian Ntsay est un homme droit, efficace et qui n’a pas peur de dire haut ce que les autres pensent tout bas, pour faire avancer les choses », écrit sur lui le journaliste Jeannot Ramambazafy, qui est rarement laudateur en ce qui concerne nos hommes politiques. Attaché au catholicisme, le Premier ministre s’est forgé un caractère bien trempé dans une fratrie composée de brillantes personnalités, Abel Ntsay, Manorohanta Cécile, ancienne ministre et président de l’Université d’Antsitranana. Il est également petit-fils de l’ancien président Albert Zafy. « Il continue à nourrir de grandes ambitions politiques. Cette nomination concrétise le travail en coulisse effectué depuis des années », nous confie un proche de la famille Albert Zafy. La politique est indubitablement inscrite dans les gènes familiaux.

Unanimité

Mais avant de devenir fonctionnaire international, Christian Ntsay a fourbi ses armes au sein du chantier naval Secren, à Antsiranana. Il en a été directeur général adjoint puis directeur général. Tour à tour, superviseur du projet de microfinance Entreprendre à Madagascar, (EAM) financé par le BIT, Directeur général de la Solima et président du Conseil d’Administration d’établissements touristiques publics, le Premier ministre s’intéresse particulièrement au monde du travail et aux travailleurs. « Le travail décent ainsi que la lutte contre le travail des enfants sont des causes qui lui tiennent à cœur », nous confie le journaliste.  D’ailleurs, cet engagement lui vaudra de recevoir la première distinction du Prix du Leadership (Leadership : award OIT 2016). « Tous sont convaincus de son leadership exceptionnel, de son dévouement et de son attachement aux valeurs de l’Organisation internationale du Travail », avait indiqué Guy Ryder, directeur général du Bureau international du travail (BIT). Pour le Premier ministre, le vrai challenge sera de justifier l’unanimité qui entoure sa nomination et sa personnalité. Et surtout, les espoirs placés en lui.

En 5 dates

27 mars 1961 : Naissance à Antsiranana

2002 : ministre du Tourisme

2008 : Nommé représentant de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) pour Madagascar, les Comores, l’île Maurice, les Seychelles et le département français de la Réunion

2016 : Lauréat du Prix Leadership du BIT

2018 : Nommé Premier ministre

 Raoto Andriamanambe

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