Les indicateurs économiques de Madagascar sont toujours au rouge, malgré les aides au développement et les programmes initiés depuis de longues années. Pourquoi selon vous, le pays n’arrive-t-il pas à se défaire de ses lests ?

Il y a différents facteurs qui minent le développement à Madagascar. Les dynamiques, au niveau du pays, sont telles qu’il y a une fragilité et une répétition de crises qui interrompent les cycles de croissance, ce qui n’est ni propice à réduire la pauvreté, ni à maintenir une bonne capacité au sein des ministères pour pouvoir mettre en place des visions et des programmes de développement. De plus la répétition de désastres – qui malheureusement vont s’intensifier avec le changement climatique – vient miner les efforts individuels. La Grande île souffre également d’une importante centralisation alors que si on veut avoir un impact durable sur la vie des populations, il faudra renforcer les capacités et les moyens des administrations locales. En outre, le secteur privé – bien que dynamique et diversifié – est confronté à un climat d’investissement qui n’est pas favorable : justice commerciale aléatoire, complexe et difficile accès aux finances…

Selon vous, qu’est-ce qui est inefficace dans les plans de développement initiés dans le pays ? Qu’est-ce qui fait que l’aide au développement ne soit pas plus efficace avec des impacts tangibles sur le niveau de vie des Malgaches ?

Pour avoir un impact pérenne, la vision de développement doit obligatoirement venir de l’État. Avec la crise, les initiatives ponctuelles ont pris le pas sur les visions sectorielles. Ces deux dernières années, on peut constater de manière très positive que plusieurs plans sectoriels sont en train de se mettre en place, tels que le Plan sectoriel de l’éducation (PSE). L’État n’est pas riche et doit opérer des choix extrêmement difficiles d’investissement. Mais il est impératif que l’administration publique se donne les moyens de les réaliser et que l’aide internationale vienne en soutien à la mise en œuvre de ces plans sectoriels. Et là se pose la difficulté : elle tient à la mise en œuvre des programmes par les ministères, en particulier au niveau local, et à la pérennisation de ces programmes.

Quelles seraient les actions prioritaires pour initier un développement effectif ?

Pour ce qui est de la Banque mondiale, nous avons décidé de mettre l’accent sur deux axes. Premièrement, nous cherchons à renforcer la résilience des ménages les plus vulnérables en investissant dans leur capital humain, dès la petite enfance, en soutenant leur productivité agricole et en les aidant à faire face aux désastres.  Le deuxième axe prioritaire concerne la croissance inclusive. Dans cette optique, l’amélioration de la gestion fiscale et du climat des investissements sont des points à ne pas négliger. L’amélioration de la productivité rurale doit se faire dans une optique autre que celle de la subsistance. Il ne faut pas occulter l’investissement dans les infrastructures énergétiques qui est une garantie de développement de Madagascar. On ne peut pas développer le secteur productif sans accroître les capacités énergétiques du pays. Ces points seront mis en œuvre dans le cadre de partenariat pays du groupe de la Banque mondiale pour 2017-2021 qui a été présenté à notre conseil d’administration fin juin, suite aux consultations que nous avons eues avec les autorités, les partenaires, la société civile et le secteur privé.

Propos recueillis par Hilda Hasinjo

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE