La première question à se poser est de savoir la légitimité de l’acte entrepreneurial au pays, sa désirabilité et sa faisabilité. L’observation de la vie sociale montre que la réussite pour le Malgache est illustrée par la personne qui a fait beaucoup d’études, de préférence à l’étranger, et qui gravit les échelons dans un corps de métier considéré comme bien vu dans la société (médecin, juge, magistrat…). Par ailleurs, les entrepreneurs qui ont réussi dans le pays sont plutôt soit les Chinois ou les Indo-pakistanais dans les provinces, soit les vazaha, les héritiers de l’aristocratie merina ou les « entrepreneurs par survie » qui n’ont pas pu terminer leurs études et qui ont décidé d’entreprendre pour survivre. Ce qui fait qu’entreprendre n’est pas encore très légitime dans le pays et que le métier d’entrepreneur n’est pas vraiment désiré par sa population. Pour ce qui est de la faisabilité de l’acte, l’État a déjà mis en place l’EDBM qui promet que les opérations administratives dans le processus de création d’entreprise ne devraient pas dépasser les quatre jours. Sur le plan du financement de la création d’entreprise, divers outils sont disponibles, outre le financement bancaire, bien qu’ils soient insuffisants.

La seconde question concerne la perception des paradigmes et des dimensions de l’entrepreneuriat par les Malgaches. Le premier volet a trait à la question de l’émergence organisationnelle et de la dimension structurale. Nous constatons qu’à cause de la culture de mendicité et d’assistanat – sans omettre la culture du vol de la part des élites politiques et économiques – la tendance est plutôt vers la création d’associations (parti politique ou organisation de la société civile) et d’Organisations non gouvernementales (accéder au pouvoir ou avoir des financements), qui ne sont pourtant pas, par essence, des activités créatrices de valeurs économiques. Le second volet évoque les questions de connaissances avec la dimension cognitive combinée avec le paradigme de la créativité et de l’innovation. Le constat est que le système éducatif malgache privilégie plutôt les connaissances théoriques qui ne favorisent pas forcément l’esprit créatif et innovant. Enfin, pour ce qui est de la dimension praxéologique qui encouragerait l’identification des opportunités d’affaire dans le pays, la culture de l’assistanat fait en sorte que la population – habituée à être aidée par les autorités à tous les niveaux – a plutôt tendance à se plaindre des problèmes plutôt que d’en chercher les solutions en y décelant des opportunités d’affaires.

« L’entrepreneur, fruit de son milieu et dont l’arbre est la culture entrepreneuriale »1. Compte tenu de l’arbre planté dans le pays à travers son histoire, il est évident qu’espérer avoir le fruit immédiatement grâce aux différentes activités de diffusion de la culture entrepreneuriale reste utopique. Toutefois, tout espoir n’est pas perdu. Les actions sont à encourager et à intensifier avec beaucoup plus de créativité. Cet esprit devrait distinguer ces entrepreneurs initiateurs au lieu de juste importer ce qui se fait ailleurs. En tout cas, comme il s’agit d’une question culturelle, passer de la culture d’assistanat vers celle de l’entrepreneuriat devrait se faire progressivement. La solution passe obligatoirement par les institutions de socialisation comme la famille, la société, l’école et le système éducatif.

Tsoavina Randriamanalina

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