D’une tempête politique à une autre, la sollicitation de reconnaissance internationale a toujours été la principale préoccupation de ceux qui ont successivement ravi le pouvoir ces deux dernières décennies. Des médiations africaines à Addis-Abeba, Maputo et autres Dakar aux démarches courtisanes auprès de l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) ou la Banque mondiale, nos dirigeants auto-proclamés se plient aux exigences de ceux qu’ils veulent bien séduire et délaissent carrément les aspirations profondes de leurs compatriotes. Quelle logique culturelle préside à cette situation extrême où la voix du peuple ne pèse plus rien face à la nécessité de séduire les « investisseurs hypothétiques » ?
Dans quelle mesure peut-on espérer instaurer une société viable (vivable) lorsque les personnalités « élues démocratiquement » font valoir leurs positions en se comportant comme autant de potentats atteints de surdité ? À tout problème soulevé, ils n’ont actuellement que ces mots : « attendez la prochaine élection en 2018 ! ». Il est vrai que la manne financière de l’aide extérieure – quelles que soient la forme et les contraintes qui l’accompagnent – pèse plus lourd que les complaintes d’une population exsangue croupissant dans la misère. Depuis toujours, celle-ci n’a été sollicitée qu’à travers ses frustrations et triturée, manipulée à merci. Actuellement on la craint comme la peste pour ses « débordements ». Toutes ses expressions sont alors écartées d’une pichenette et les requêtes jetées aux oubliettes sous prétexte de « manœuvres politiques ».
À bien des égards, ce refus de tenir compte de l’avis du Malgache lambda glisse irrémédiablement vers la fermeture de tout dialogue social. Il place les perspectives de dialogue social en dehors des rapports de force « politiques » entre les différentes mouvances. Ce terme est ô combien approprié dans l’échiquier politique local où rien n’est claire ; où tout s’exprime dans le chaos de mouvements aussi confus qu’aléatoires. Et souvent, le modèle idéal serait cet ailleurs qui ne serait jamais ici, et ce dans une logique d’assistanat financier, technologique et conceptuel. Le « vahoaka » (un mot-valise désignant la masse), cette entité « manipulable à merci », ne serait alors présent que pour figurer dans un scénario lamentable qui ne réclame que son suffrage. Une fois que les jeux faits, on le rejette dans l’anonymat de la masse indéfinie et indéfinissable.
Dès lors, chacun se clame son porte-parole pour faire valoir ses objectifs inavouables. Il va sans dire qu’il s’agit là de la forme la plus évidente de l’infantilisation du citoyen, qui commence d’ailleurs par la récupération du concept suranné de « ray aman-dreny sy zanaka » (parent et enfants, NDLR), largement relayé par un système qui s’évertue à éjecter le citoyen lambda du cercle de discussion. D’un ton péremptoire et à peine voilé, un ex-député ne s’arroge-t-il pas récemment le droit d’affirmer que la démocratie ne peut s’exprimer qu’à l’assemblée nationale et/ou au sénat ? La culture du dialogue est réellement en train de s’estomper. Vers quelle direction allons-nous ? N’est-il pas temps de nous rendre compte que la pire forme de privation d’expression est bien cette surdité institutionnalisée qui refuse toute forme d’écoute ?

Hemerson Andrianetrazafy

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