En 2015, sur les 4 477,7 milliards ariary (1,27 milliard euros) de dépenses étatiques totales estimées à Madagascar, 66% ont été financées par les recettes fiscales. Le reste a été majoritairement pris en charge par les bailleurs de fonds. Ceux-ci fonctionnent selon le leitmotiv de non-ingérence dans les affaires nationales. Si ces organismes d’aides économiques mondiales se disent en dehors des décisions étatiques, ils n’en restent pas pour le moins en attente de résultats. Les Investissements directs étrangers (IDE) représentent une alternative incontournable à cette politique d’assistanat sans lesquels le développement de Madagascar ne peut être envisagé.

L’accord du Fonds monétaire international (FMI) à l’octroi de prêt au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC) – et les longues négociations qui l’ont précédé – montrent bien que les conditions d’éligibilité à l’aide financière internationale sont lourdes du fait que les organismes mondiaux ont des comptes à rendre à leurs propres bailleurs. L’argent est donc débloqué contre des réformes généralement calquées sur un modèle économique global. Non adaptées, elles s’avèrent souvent inefficaces. En outre – étant donnée la situation politique relativement instable des zones économiquement fragiles – la dépendance financière de Madagascar vis-à-vis des bailleurs de fonds peut s’avérer nocive. Ainsi, les exemples de désertion des institutions mondiales lors de crises gouvernementales sont légion créant un climat de volatilité important. Pour qu’un pays émergent puisse se faire une place sur la scène internationale, son développement doit passer par la diversification de son économie dans un contexte de protection du marché local et des industries naissantes. Ha-Joon Chang, spécialiste de l’économie de développement, a bien expliqué ces enjeux dans son ouvrage Bad Samaritans : The Myth of Free Trade and the Secret History of Capitalism.

En cela, les IDE peuvent être une alternative intelligente à l’assistanat et permettre de réduire les dépendances tout en assurant le développement et le renforcement d’industries locales les rendant plus compétitives. Le capital-investissement ou private equity (PE) est un sous-ensemble de ces IDE. Ces mouvements de capitaux sont réalisés en vue de créer, de développer, de maintenir une filiale à l’étranger ou d’exercer le contrôle (ou une influence significative) sur la gestion d’une entreprise étrangère. Ils dynamisent le secteur privé en assurant la création de bases solides dans les sociétés (souvent investissements inférieurs à 10 ans), en créant de l’emploi et en boostant l’innovation. Les transactions de ce type existent à Madagascar, mais restent encore peu nombreuses. Citons à titre d’exemple Investisseurs et Partenaires, un fonds d’impact français qui a participé au développement financier et a assisté sept entreprises malgaches dans les secteurs de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la microfinance notamment. L’objectif de plus-value de ces investisseurs financiers a permis de créer des emplois et de prodiguer des connaissances managériales et gestionnaires aux acteurs nationaux. Néanmoins, les climats économique et politique malgaches actuels ne s’avèrent pas attractifs. En effet, selon le classement Doing Business sur la réglementation des affaires et son application effective, Madagascar est classé 164e pays sur 189 en 2016. L’accès à l’électricité (avant dernier pays du classement) et la possibilité d’obtention de prêts (167e sur 189) freinent encore trop largement l’attractivité de la Grande île.

Elodie Trojanowski

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