Égalité homme-femme. Un des combats à mener pour une société équitable. Un des chevaux de bataille pour la Gauche également. Mireille Rabenoro se penche sur la question.

La cause de la femme a eu ses martyrs. L’une des plus connues de l’histoire : Olympe de Gouges, qui avait participé activement à la Révolution française de 1789 (année qui marque la fin de l’Ancien Régime, et le remplacement de la monarchie absolue française par une monarchie constitutionnelle, puis par la Première République. Elle a mis fin à la royauté, à la société d’ordres et aux privilèges, NDLR) est finalement jugée par un tribunal qui se disait révolutionnaire, condamnée à mort et guillotinée comme les aristocrates ennemis de la Révolution.

PARMI LES ACTIVITÉS jugées contre-révolutionnaires pour lesquelles elle a été condamnée : elle avait composé et défendu publiquement avec ses amies militantes la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne pour compléter la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, laquelle ne concernait en réalité que la moitié masculine de la population. France 1789, une révolution récupérée par la bourgeoisie. En France, la Révolution de 1789 était bien une révolution. Elle renversait l’ordre établi de l’Ancien Régime (L’Ancien Régime est le nom donné au régime politique de l’histoire de France désignant les deux siècles antérieurs à la Révolution française 1789 ou 1792 si on considère la proclamation de la Première République, NDLR), avec tous les privilèges réservés à l’aristocratie, les discriminations contre les non nobles, qu’ils soient bourgeois, ouvriers, artisans ou paysans. Le symbole suprême de cet ordre de l’Ancien Régime était le roi : réputé de droit divin (c’est Dieu qui aurait voulu qu’il soit roi), il exerçait un pouvoir absolu. À Paris, les gens, hommes et femmes, étaient descendus dans la rue pour manifester, surtout contre le prix du pain, base de l’alimentation à l’époque, comme le riz pour nous. Ils sont allés à Versailles chercher le roi et le ramener à Paris. Après, comme on ne savait pas trop quoi faire de lui, les politiciens ont réuni une Assemblée constituante pour discuter de l’avenir immédiat. A droite, les conservateurs, à gauche, les progressistes. À l’Assemblée, les hommes (les femmes n’y étaient pas admises à l’époque) qui voulaient que le Roi garde le droit de veto étaient assis à droite, tandis que ceux qui voulaient lui ôter tout pouvoir étaient à gauche.

CETTE CONFIGURATION est devenue plus tard une tradition en France, puis s’est répandue dans le reste du monde. Depuis, ceux qui veulent garder le statu quo, les conservateurs, sont dits « de droite », et ceux qui veulent le changement, le progrès, plus d’égalité pour tout le monde, sont « de gauche ». Mais aucune révolution n’est complète ni totale du premier coup. Selon l’analyse de Karl Marx, la Révolution française de 1789 était la victoire de la bourgeoisie devenue prospère, mais dont les ambitions économiques et politiques étaient limitées par les discriminations contre les non nobles. La classe bourgeoise de la fin du 18è siècle voulait le progrès, mais seulement dans la mesure où le progrès servait ses intérêts. Les femmes ont été écartées des bénéfices de la Révolution et aujourd’hui encore chez nous. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen reflétait les intérêts de la bourgeoisie masculine. Les femmes et le peuple étaient considérés trop peu instruits pour participer à la vie citoyenne. Aujourd’hui, le principal argument électoral de Donald Trump, candidat républicain à la présidence des États-Unis, contre Hillary Clinton, la candidate démocrate, est qu’après un accident malheureux – un Noir, Barack Obama, à la Maison Blanche – il faut retourner à la normale : un homme blanc.

CHEZ NOUS, personne ne dirait ouvertement qu’il pense que les femmes sont des sous-hommes ou des sous-citoyens. On dirait plutôt que l’égalité homme-femme est contraire à notre tradition. Mais c’est ce que disent aussi les conservateurs de toutes cultures, qu’ils soient indiens, français, zimbabwéens ou australiens. L’égalité homme-femme, seules les personnes authentiquement de Gauche, dites progressistes, sont convaincues qu’elle est non seulement souhaitable, mais possible. C’est parce que les révolutionnaires de 1789 n’étaient que relativement progressistes qu’ils ont condamné Olympe de Gouges à mort.

Mireille Rabenoro 

Illustration : Aleutie

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