Éviter le déficit dans le budget de l’État, tel est le jeu d’équilibriste qu’il faut effectuer chaque année. Un exercice qui s’avère compliqué dans le cas de Madagascar.

Madagascar affiche actuellement un déficit budgétaire de 164 milliards d’ariary. Avec un taux de croissance économique avoisinant les 4,5% et un taux d’inflation de 7,1%, le pays fait face à de nombreuses difficultés pour atteindre l’équilibre budgétaire.

SUR LE CHAPITRE de la politique des recettes, la Loi de finances 2018 s’articule sur quatre grands axes à savoir l’amélioration des recettes fiscales, la simplification et l’allègement des procédures, les incitations fiscales et la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales en termes de politique de recettes, comme la ministre des Finances et du Budget l’a présenté devant les parlementaires. Pour Madagascar, les risques budgétaires sont élevés et freinent les efforts à l’équilibre. L’imprévisibilité des financements extérieurs ainsi que les manques à gagner dans les recettes fiscales – accentués par la prédominance du secteur informel – sont des tares économiques notables. Ce dernier facteur ainsi que l’intégration régionale réduisent davantage les recettes douanières. Cette réalité contraint à une optimisation du budget étatique ainsi qu’à une bonne gestion des dépenses qui doit passer nécessairement par l’augmentation de la pression fiscale qui est parmi la plus faible en Afrique (autour de 10% par an). L’État devrait toujours faire face à un arbitrage difficile entre les dépenses sociales et les investissements publics alors que l’espace budgétaire est déjà assez restreint et les ressources externes pèsent considérablement. Sur ce sujet, Régis Rakotomanana, directeur de la synthèse budgétaire du ministère des Finances et du Budget note que « la médiation entre les dépenses sociales et la croissance économique s’avère ainsi difficile. L’espace budgétaire est limité et les dépenses sociales sont obligatoires pour soutenir les couches vulnérables, à titre d’exemple des subventions allouées à la Jirama servent à éviter les tensions sociales ».

EN D’AUTRES TERMES, il s’agit de faire un choix politique assez compliqué entre les réalités sociales et les besoins budgétaires. « Comment répartir le budget assez limité entre les dépenses d’investissements publics et les priorités sociales ?», questionne notre interlocuteur, à l’occasion d’une conférence-débat placée sous le thème « Les difficultés liées à l’atteinte de l’équilibre budgétaire », organisée par la FES en partenariat avec l’agence de coopération allemande GIZ. Ce questionnement met en évidence la complexité du sujet. 90% des activités économiques du pays évoluent dans l’informel, d’après les statistiques émanant des comptes nationaux. L’informalité handicape énormément les industries déjà existantes. Leur faible compétitivité ne leur permette pas outre mesure de s’épanouir face à la rude concurrence et les abus alimentés « passivement » par certaines législations. Comme le cas des entreprises franches qui ne sont pas intégrées dans le tissu économique national. Elles occasionnent un trou béant dans la caisse de l’État, dont les revenus sont déjà assez tenus, mais en même temps elles permettent d’employer des milliers de personnes.

ELIE RAMANANKAVANA, économiste, explique que « l’informalité de la classe aisée est alimentée en grande partie par le flou des textes légaux. Il faudrait donc épurer ces textes de manière à éviter tout vice d’interprétation ou toutes contradictions ». Le Dr Ulrich Nussbaum, ancien sénateur pour les Finances des États de Brême et de Berlin, avance quant à lui « la nécessité de la mise en œuvre de plusieurs réformes ». Après la grave crise économique de 2008, l’Allemagne, notamment la ville-État de Berlin, a dû relancer sa machine économique. « Pour réduire le déficit du budget de la capitale allemande, pendant la période de crise qui a commencé en 2009, la restructuration budgétaire est passée par l’amélioration du climat des affaires pour attirer des entreprises et des sociétés et attirer la population. En effet, en augmentant excessivement la taxe professionnelle, des postes de travail risque de partir en périphérie », a-t-il soutenu, comme une piste de réflexion concrète proposée à la partie malgache. Pour tenter de cadrer les dépenses sur le court terme, le ministère des Finances ambitionne de ramener les dépenses de solde à 27% en 2020 à travers la limitation des recrutements des maîtres Fram, le gel des remplacements numériques ainsi que le recrutement par les postes laissés vacants par les fonctionnaires fantômes. Mais aussi courageuses que soient ces mesures, il n’est pas sûr qu’elles permettent de revitaliser l’économie sans une réelle transformation structurelle.

Raoto Andriamanambe et Van-Lee Behaja

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