Élargir les différentes composantes de l’espace budgétaire et réduire les distorsions fiscales. Tels sont les défis. Les comptes sont loin d’être bons.

Une taxe sur les animaux domestiques, une autre sur la résidence… autant de dispositions qui ont suscité la grogne de la population vers le troisième trimestre de 2016 et à la veille de la lecture par l’assemblée nationale du projet de Loi de finances 2017.

FAIRE PRIMER L’INTÉRÊT des 23 millions de Malgaches ou se soumettre aux exigences des bailleurs de fonds ? La question se pose. Au début du mois de novembre 2016, la toile s’enflamme. Pour cause, le projet de Loi de finances 2017 vient d’être présenté. Et son contenu n’enchante guère les citoyens. Dans le volet fiscalité, diverses taxes ont été mises en évidence : le petit peuple doit payer plus. Désormais, si l’on se fie à cette prévision budgétaire, les propriétaires d’animaux domestiques, notamment des chiens auront à payer 5 000 ariary par animal. Chaque citoyen âgé entre 21 et 60 ans devrait également s’acquitter d’une taxe de résidence pour le développement, à verser auprès des collectivités territoriales décentralisées. « Nous ne savons même pas à quoi les taxes et les impôts que nous avons versés depuis toujours ont servi. Et maintenant, l’on nous demande de verser plus ? C’est injuste », remarque Martin Ratsimason, un artisan des 67 ha. Ce sentiment est partagé par la plupart des contribuables.

LILY RAZAFIMBELO, trésorière du Collectif des citoyens et des organisations citoyennes citée par RFI regrette que « la Loi de finances 2017 prévoit un bon nombre de taxes qui pénalisent les citoyens. On a l’impression que les sociétés sont plus privilégiées, en bénéficiant d’exonération, que l’ensemble de la population ». Pourtant, dans les faits, Madagascar applique encore un taux de pression fiscale faible, à hauteur de 10%, si la moyenne sur le continent africain est d’environ 17%. Au vu de la pauvreté qui sévit actuellement, une augmentation de cette pression serait mal perçue, même si le Directeur général des impôts a annoncé en novembre que ce taux doit augmenter de 0,5% annuellement. « Pour un pays qui sort d’une crise, ce n’est pas une mesure fiscale qui devrait s’appliquer, fait comprendre Rojo Razafindralambo, économiste et enseignant à l’université d’Antananarivo. Au contraire, il faut alléger les taxes pour faire augmenter le pouvoir d’achat et permettre la création de richesses. Pour les entreprises, plus il y a impôts et taxes à payer, moins elles pourront investir ». Pour lui, se soumettre à la volonté des bailleurs de fonds ne ferait que pénaliser la population et accroître la pauvreté. Cependant, il s’agit d’une problématique globale. Madagascar fait face à un dilemme cornélien : il veut à la fois attirer les investisseurs – qui sont très regardants en ce qui concerne la fiscalité – et satisfaire les exigences des Partenaires techniques et financiers (PTF). Or pour développer le pays, il ne faut plus seulement se contenter de l’aide publique, les citoyens doivent faire l’effort de participer au financement de leur propre développement.

 

« L’ON COMPREND que l’état ait besoin d’augmenter ses recettes afin de rassurer les PTF comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, mais la meilleure façon d’y procéder est d’élargir l’assiette fiscale », tempère l’économiste. Il propose également d’avoir recours aux Bons de trésors par adjudication (BTA). Les bailleurs de fonds ont besoin de garanties qui assureraient que Madagascar serait en mesure d’honorer ses dettes. C’est la raison de leur réprimande sur la gestion des sociétés d’État et la manière dont les fonds sont administrés dans le pays, par exemple. Andriamisa Ravelomanana, un consultant fiscaliste, estime que la responsabilité de l’État s’inscrit également dans le volet de l’éducation. « Les pouvoirs publics devraient faire un effort dans l’éducation des citoyens en termes de fiscalité et déployer plus de moyens dans le recouvrement afin que tous paient », insiste-t-il. Aujourd’hui, Madagascar a besoin de systèmes d’imposition plus efficaces, plus productifs et plus justes. « La lutte contre la corruption est prioritaire. C’est également une des raisons qui font que le recouvrement fiscal à Madagascar est difficile », soutient d’ailleurs le consultant fiscaliste. Le gouvernement doit activement lutter contre la fraude et supprimer les dérogations accordées – parfois en tant que faveurs politiques – à des patrons puissants. L’objectif est de lever le taux d’imposition à travers une assiette élargie.

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