Le paysage politique malgache est marqué par l’affaiblissement des « grands » partis débouchant sur un échiquier politique illisible, qui change au gré du vent.

Les dirigeants du Libéralisme économique et actions démocratiques pour la reconstruction (Leader Fanilo) n’arrivent plus à régler en interne la lutte intestine qui mine leur parti depuis plusieurs années. Ils ont fini par porter l’affaire devant le tribunal au mois de juillet. L’aile de Heriniaina Mahosindrahaja a été défaite en faveur de celle de Jean Max Rakotomamonjy. Mais l’histoire ne s’arrêtera pas là, sûrement.

LONGTEMPS PERÇU comme étant une alternative crédible à l’hégémonie de l’Avant-garde pour la rénovation malgache (Arema) dans les années 90, le Leader Fanilo touche le fond. Le règlement par voie judiciaire du différend entre les deux factions constitue une suite logique de ses errements depuis plusieurs années. Orphelin de son fondateur, Herizo Razafimahaleo, le parti – qui a prôné l’éthique politique – a traversé des moments difficiles, marqués par la scission, en passant par la désobéissance de certains cadres régionaux à la consigne du parti lors de la présidentielle de 2013. À l’instar du Leader Fanilo, les partis, considérés comme étant des acteurs majeurs de la vie politique de ces quarante dernières années peinent, pour une raison ou une autre, à trouver un second souffle. Ils ont du mal à se relever après avoir passé des zones de turbulence. Les résultats des dernières élections à Madagascar confirment cette tendance. Lors des communales du 31 juillet 2015, le Mitolona ho an’ny fandrosoan’i Madagasikara (MFM) rentre bredouille selon le calcul établi par André Rasolo, professeur de sociologie politique. L’Antokon’ny kongresin’i Madagasikara (AKFM) n’a arraché que deux communes sur les 1695 mises en jeu. L’Arema n’a obtenu « que » seize mairies, toutes des communes rurales. Le Rassemblement pour le parti social-démocrate (RPSD) et le Rassemblement pour le parti social-démocrate Vaovao (RPSD Vaovao) ont placé une dizaine de maires chacun. De son côté le Leader Fanilo réalise un score de 58 maires. Par ailleurs, le phénomène de l’ascension fulgurante du parti présidentiel s’est encore vérifié lors des dernières consultations populaires. Le Hery vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) arrive en tête avec 814 maires.

ALPHONSE TOTO, vice-président du Leader Fanilo, reconnaît que les « grands » partis « s’effritent ». « Nous assistons à une sorte de syndrome des grands partis, en proie à un problème de leadership » – selon ses termes – pour décortiquer le mal qui ronge les partis des trois premières Républiques. Un autre cadre d’un parti historique va dans le sens de l’analyse d’Alphonse Toto. « Nous faisons face à la personnalisation des formations politiques. Le fondateur, qui finance le parti, reste à la tête de celui-ci tout au long de sa carrière politique. Il ne veut pas passer la main. Quelquefois, la direction de la formation politique est confiée aux membres de sa famille après sa retraite politique », croit-il savoir. « Dans la plupart des cas, les dirigeants à la tête des partis demeurent inamovibles. Les relèves se font à l’intérieur de la famille du chef décédé ou « retraité », comme montre l’exemple des partis PSD, MONIMA et AKFM-Renouveau. Même si le « père » fondateur du parti se retire, il devient président d’honneur et/ou reste le « bailleur » du parti », soulignent Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison et Jean-Aimé Raveloson dans leur Policy Paper « Les partis politiques malgaches à travers les régimes et gouvernements successifs » (2011). « Selon le phénomène de la transhumance, la plupart de leurs adhérents et dirigeants ont migré ailleurs », observe André Rasolo. À l’exception de l’AKFM et du MFM, les « grands » partis, connaissent à peu près la même trajectoire. L’Arema, l’UNDD, le Tiako i Madagasikara (Tim), le Tanora Malagasy vonona (TGV) ou encore le HVM ont été crées pour soutenir le chef de l’État, sans parti lors de son accession au pouvoir. Une telle pratique a pour inconvénient de rassembler des personnalités politiques, qui n’ont pas de vécu politique commun, dans la quête et dans l’exercice du pouvoir. L’absence de conviction idéologique, au moindre vacillement, conduit à l’affaissement de la formation politique. L’UNDD apprend à ses dépens cette ascension fulgurante, suivie d’une chute vertigineuse. Les partis « historiques », de la première et de la deuxième Républiques ont du mal à renouveler leurs cadres. L’Arema est dirigé par son Secrétaire national, Simon Pierre, qui fait partie des fondateurs de la formation politique en 1976, même si Ange Andrianarisoa, membre du comité directeur, soutient le contraire.

POUR ANDRÉ RASOLO, Madagascar « fonctionne avec un multipartisme éclaté et désordonné ». Le professeur en sociologie politique arrive à une conclusion selon laquelle la multiplication des « micro-partis sans idéologie et sans formation des cadres (…) est à la racine de l’instabilité politique. Une multitude de petits partis et d’associations à caractère politique existent avec moins de 1% de couverture territoriale. Ces partis-clan brouillent le paysage politique, et maintiennent le caractère superficiel et fragile de tout le système politique », déplore-t-il. En effet, le délitement des « grands » partis fait la part belle au phénomène « indépendant », né après la transition de 1991. Des personnalités issues du secteur privé, une alternative à la défaillance des partis, percent au niveau local et font désormais partie du paysage politique au Parlement. Ces électrons libres font naître une autre pratique, surtout à l’Assemblée nationale, à savoir la majorité à « géométrie variable ». Ange Andrianarisoa plaide une circonstance atténuante pour sa formation politique. « Les membres du parti avaient fait l’objet de chasse à l’homme après la crise politique de 2002. Nous ne pouvions même pas nous montrer en public. Ce qui avait paralysé l’appareil politique », soutient l’ancien président de l’Assemblée nationale. Des absences sur la scène électorale, qui, selon, lui, sont « préjudiciables » pour le parti. Entre-temps, la consigne de boycott des scrutins, lors de l’exil de Didier Ratsiraka, n’a pas non plus aidé le parti à se maintenir sur la scène politique. La gestion de la sortie de crise politique de 2009 n’a pas permis la consolidation des partis politiques. La recherche de l’« inclusivité » et le système des « mouvances », montées de toutes pièces,  faussent les rapports des forces politiques réelles sur le terrain, en faveur d’hommes politiques opportunistes de tous les bords (ou de tout bord).

EN 2013, LE CALENDRIER ÉLECTORAL, imposant le jumelage du deuxième tour de la présidentielle avec les législatives, devait contraindre les partis et les candidats à s’allier dès le premier tour de la course à la magistrature suprême. L’adoption de la Loi sur les partis, devait déblayer le terrain en vue d’un regroupement des partis foisonnants. Mais l’absence de partis forts, conjuguée avec l’inexistence d’une alliance politique, autour d’un projet politique concret, a eu raison de l’objectif escompté. Le candidat Hery Rajaonarimampianina n’avait pas de liste de candidats présentée aux législatives pour le soutenir. L’actuel Président de la République avait esquivé la question relative aux futures difficultés qu’il rencontrerait en cas d’élection. Un scénario qui, finalement, lui joue un mauvais tour dès l’entame de son mandat. Il a fallu la persistance du phénomène « indépendant » pour avoir raison de la tentative de regroupement des partis, remettant au goût du jour un échiquier politique indescriptible et imprévisible. L’impact de cette situation est immédiat pour le régime Rajaonarimampianina. Le chef de l’État, qui n’avait pas de parti et de liste de candidats aux législatives, a dû faire face à une Assemblée nationale hétéroclite, loin d’être acquise à sa cause. Une situation qui a débouché sur une crise presque permanente pour le pays.

L’ENVIRONNEMENT INSTITUTIONNEL n’aide pas à redresser la situation. La tergiversation dans l’instauration de l’opposition institutionnelle ne favorise pas, entre autres, la clarification du paysage politique. Les dispositions concrètes concernant le financement des partis n’existent pas non plus. Il faut ajouter à cela l’interprétation par la Haute cour constitutionnelle (HCC) de la notion de « mandat impératif », contribuant à handicaper la marche vers la structuration des partis. La décision de la juridiction constitutionnelle de baser celle-ci sur le rapport de l’élu avec ses électeurs et non à son parti, rompt pratiquement le lien entre le parlementaire et sa formation politique. Le non-respect des consignes des états-majors politiques par les députés lors des votes des lois à l’Assemblée nationale fait partie des conséquences de cette situation, affaiblissant les formations politiques. Pour Mohamed Rachid, Coordonnateur national du HVM, la lente décadence de ces dernières est à mettre à l’actif de l’idéologie (voir encadré). André Rasolo prône l’« urgence de l’établissement d’un cadre juridique précis, cohérent et appliqué par tous sur le financement des partis et des campagnes électorales. L’égalité des chances des candidats aux compétitions électorales passent par là. C’est une des conditions de la stabilité politique et du bon fonctionnement des élections démocratiques », plaide le professeur en sociologie politique. Il suggère également le regroupement des formations politiques « en quatre ou cinq fédérations de partis politiques ».

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE