Les forces de l’ordre sont en première ligne durant les vindictes populaires. Des solutions qui ont fait leurs preuves seront mises sur les rails. Le secrétaire d’État à la Gendarmerie Didier Paza nous en livre les détails.

Depuis trois ans, le bilan des vindictes populaires est extrêmement lourd. L’on a l’impression que ce n’est que maintenant que les autorités, dont la gendarmerie nationale, décident de réagir ?

Nous avons toujours fait de notre mieux pour mettre fin à ces justices populaires, sinon les amoindrir. Nous avons porté les affaires devant la justice, tout en appréhendant les meneurs de ces actes barbares. Mais c’est bien la première fois que nous avons couché sur papier un projet transversal allant dans ce sens. Rappelons que la mission quotidienne dévolue à la gendarmerie nationale est de mettre fin aux injustices et aux actes malveillants dans la société.

Le 5 novembre, un de vos officiers a été la victime d’une foule en furie à Mampikony. La brigade territoriale de la gendarmerie a été mise à sac et brûlée. Ce n’est qu’après cet évènement que vous avez décidé de prendre à bras le corps le problème… Qu’avez-vous à y répondre ?

De toutes les façons, la gendarmerie nationale paie toujours malheureusement le prix fort lors de ces vindictes populaires. Nous sommes coincés entre le marteau et l’enclume quand la foule réclame la tête d’une personne incriminée. Il n’est pas rare d’entendre que nos postes avancés sont saccagés, voire brulés, comme ce fut le cas dans la situation que vous avez décrite. Nous nous efforcerons toujours de préserver la vie des prévenus. Il ne nous appartient pas de les livrer à la foule en colère. C’est ce qu’a fait cet officier à Mampikony de manière héroïque et il l’a payé de sa propre vie. Je tiens à le souligner, ce n’est pas la mort de ce vaillant officier qui nous a incité à prendre des responsabilités a posteriori. C’est notre responsabilité quotidienne et nous avons toujours fait ce qu’il fallait faire.

En quoi consistent les mesures que vous avez décidé de prendre ?

Il est impensable que les auteurs de ces justices privées continuent à évoluer dans la société comme si de rien n’était, sans payer de leurs actes. Nous allons veiller à ce que justice soit faite dans les règles de l’art. Nous allons les traduire devant la justice. Et pour ce faire, nous allons user des stratégies de dissuasion qui serviront de leçons aux éventuels amateurs de cette pratique barbare. Les arrestations seront dorénavant plus musclées. Les notables qui encourageraient la justice populaire seront arrêtés. Nous refusons aussi que les justices privées soient un prétexte pour des individus voulant régler des comptes personnels. Mais avant tout cela, des séances de sensibilisation seront organisées au niveau des localités concernées et des unités d’intervention rapide seront mises sur pied afin d’aider à exfiltrer les individus susceptibles de faire l’objet d’une justice populaire vers des lieux plus sécurisés.

La population ne croit plus au système judicaire et elle n’a plus confiance aux forces de l’ordre. Est-ce, selon vous, les motifs principaux qui engendrent ces violences ?

Le cas n’est pas propre à la Grande île. Les vindictes populaires ont régulièrement lieu dans plusieurs pays d’Afrique. Néanmoins, la gendarmerie nationale œuvre activement pour essayer de redresser la situation. Dans une communication verbale adressée au gouvernement, nous avons invité la justice à travailler en diapason avec nous dans ce sens. D’une part, nous avons demandé un transfert de compétence vers une autre juridiction en cas de menace de justice populaire. De l’autre, les auteurs de ces actes ne doivent bénéficier d’aucune clémence ni de remise de peine.

Propos recueillis par Hilda Hasinjo

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