Le complexe de démocratie participative est un débat en vogue dans le mode de gestion des politiques publiques nationales dans le monde entier.

L’axiome de ce dispositif participatif est d’associer le citoyen au processus de décision publique voire politique. Cette notion d’inclusion du citoyen dans la conception des politiques publiques s’inspire du modèle du « budget participatif », appliqué pour la première fois à Porto Alegre (Brésil), dès l’accession en 1988 de la Gauche à la tête de la municipalité de la ville.

LE PRINCIPE EST de prendre en compte les recommandations et les avis des habitants de la ville, par le biais d’une concertation, dans une conception du budget participatif. À Madagascar, la participation du citoyen à la vie publique repose sur la configuration de l’élection. La limite de cette forme traditionnelle de participation est, tout d’abord, l’illégitimité ou l’irrégularité du système électoral, ensuite, la défaillance de la structure d’organisation des élections en général. Le précepte de la valeur démocratique attribue théoriquement plus de pouvoir politique à la population. En d’autres termes, pour mettre en œuvre un programme collectif, la population doit se consituter en organisation afin de s’exprimer et surtout d’en juger politiquement. Ce mode de décision est déjà quelque peu incrusté dans les habitus des Malgaches à travers les structures coutumières (les palabres) ou celles mises en place au fil des siècles. Ainsi, le « fokontany », le noyau central de la société malgache, est par exemple sollicité pour les préoccupations quotidiennes (problèmes de voisinages, plainte sur l’état d’une ruelle…).

FONCTIONNANT AVEC un budget très limité, il est pourtant un champ d’expérimentation de la démocratie directe. Néanmoins, les « fokontany » ne sont que des subdivisions administratives de base. Puisque ce ne sont pas des Collectivités territoriales décentralisées (CTD), les personnes qui sont à leur tête ne devraient pas être élues mais désignées. En 2016, la société civile avait crié au scandale quand le projet en cours du texte stipulait cet état de fait. Le chef du « fokontany » sera désormais désigné par le chef du district. À travers ce prisme, nous pouvons nous poser la question dans quelle mesure la démocratie participative contribue- t-elle à l’efficacité d’une politique publique à Madagascar ? La frontière qui se pose, vient également des citoyens eux-mêmes qui ne s’engagent que très rarement, mais qui préfèrent attendre que la situation atteigne le point de non-retour avant de se mobiliser, à l’image des crises cycliques qui secouent régulièrement le pays. Cette situation est due à l’assimilation du concept de « politique » par les citoyens et par ses acteurs. La pratique de la politique reste largement défaillante. Ses protagonistes font la sourde-oreille jusqu’à ce que la population ne s’organise pour réclamer son dû, comme ce fut le cas quand les habitants d’Ambohipo exprimaient leur ras-le-bol sur l’état de l’axe principal, vers avril 2016. Cela avait débouché sur des travaux enfin sérieux.

DANS UN AUTRE REGISTRE, en pratique, si le phénomène du mal-logement persiste toujours à Madagascar aujourd’hui, c’est que la volonté d’instaurer une politique de décentralisation axée sur la démocratie participative demeure problématique. En effet, à la suite du malaise historique induit par la Politique nationale de l’habitat, la population d’Antananarivo atteint aujourd’hui environ trois millions d’habitants pour une croissance démographique de 4,6% et ce chiffre ne cessera d’augmenter. En conséquence, la forte concentration des mobilités en milieu urbain, l’engorgement de la circulation et l’accroissement des sans-abri menottent les activités économiques économiques de la cité. Pourtant, l’État prévoit la promotion de l’accès au logement dans les orientations stratégiques de la 01, mais à mi-mandat du régime Hery Rajaonarimampianina, la réalisation de cette politique du logement reste utopique. Pour revenir à l’équilibre, la considération de la population dans la conception des politiques publiques est obligatoire afin de résoudre les problèmes sociaux liés à la faiblesse de l’État. Il est temps d’harmoniser le mode du système participatif traditionnel au nouvel esprit de la démocratie participative. La difficulté majeure de l’application de ce concept à Madagascar repose sur l’impuissance et l’incapacité étatiques à dominer ou à appliquer des règles au niveau de la société pour cadrer les actions collectives. Lorsqu’il n’arrive pas à incarner la structure et l’ordre de la société, l’engagement de chaque individu dans un groupe afin de viser l’intérêt collectif reste un mythe alors que tous les acteurs sont censés participer pour le projet de la société.

Johnny Lemriss Ranaivoarison

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