La concurrence déloyale nuit au développement du secteur industriel à Madagascar sans que des résultats concrets des actions menées par les autorités ne soient ressentis. La situation tend à s’empirer.

Importation frauduleuse, ventes sans facture, fraudes et évasions fiscales, corruption, blanchiment d’argent, … sont autant de maux qui entravent à la bonne marche de la concurrence – si importante pour les consommateurs – sur la scène locale. Ce problème est essentiellement d’ordre systémique. Les produits issus de ces circuits sont plus compétitifs par rapport à ceux se trouvant dans le circuit normal. Ils sont confrontés à la faiblesse du pouvoir d’achat des consommateurs locaux.

« L’INDUSTRIE LOCALE RESTE VULNÉRABLE. Seul un petit nombre d’entreprises transforment sur place les matières premières locales. Par ailleurs, la plupart des sociétés n’arrivent pas à suivre l’évolution technologique pour pouvoir faire face à un marché de plus en plus concurrentiel », affirme Rivo Rakotondrasanjy, administrateur du groupement Fivmpama et PDG de la société Obio Hamy, connue dans la production d’éthanol combustible pour les ménages. Une enquête menée par la Direction générale des impôts (DGI) en 2014 a montré que de plus de 60% des transactions menées par les entreprises transitent dans l’informel. La même année, la Direction générale des douanes (DGD) a révélé que 34% des grossistes importateurs exercent dans l’informel. Ils écoulent directement leurs produits aux détaillants, formels et informels, et n’ont ni domiciliation bancaire, ni adresse physique. Pour Rivo Rakotondrasanjy, le système en vigueur favorise la concurrence déloyale dans le pays. La corruption est omniprésente dans les opérations économiques. Le fait de payer des pots-de-vin pour faciliter le dédouanement des marchandises, ou pour pouvoir payer moins d’impôts à l’État, devient monnaie courante. À part cela, bon nombre de produits mis sur le marché ne suivent pas les normes prescrites en matière de commerce, à cause de certificat de consommabilité et de contrôle de qualité défaillants.

HASSIM AMIRALY, PDG de Food and Beverage partage : « nous sommes étonnés et choqués de voir le nombre de produits venant de l’extérieur inondant notre marché. Malgré la situation très inquiétante, nous sommes prêts à nous battre ». La Savonnerie tropicale, un des pionniers de l’industrialisation à Madagascar, est l’une des entreprises qui subissent le plus ce problème de concurrence déloyale. Elle a maintes fois tiré la sonnette d’alarme, mais en vain. En cause : les bondillons de savon importés de l’île Maurice, mais dont l’origine pourrait être la Malaisie, et qui sont conditionnés à Madagascar. « Nosy » contre « Citron Plus » est devenu le symbole de l’antagonisme entre deux politiques commerciales : l’importation à tout-va VS le développement de l’industrie locale. Cette « violence économique » n’épargne aucun secteur, même celui de l’édition est concernée (lire notre article par ailleurs). Ces dernières années, le secteur textile a vu diminuer sa part de marché à cause de l’importation massive de textiles, des friperies surtout. La Société malgache de couvertures (Somacou) a ainsi perdu plus de 50% de part de marché. Cette société a la capacité de produire au-delà des 700 000 couvertures alors qu’en 2014, elle n’en a pu écouler que 200 000 unités. D’autres pays, à l’instar de l’Éthiopie et du Rwanda, ont interdit l’importation des friperies afin de favoriser la production locale. Madagascar osera-t-il ? Les Moulins des Madagascar (LMM), la seule minoterie de Madagascar, ont également mis la clé sous la porte.

L’ÉTAT A ANNONCÉ DES MESURES pour juguler les effets des importations massives et de la concurrence déloyale, notamment par la mise en œuvre de contrôle dans le commerce et dans le domaine fiscal. Le ministère du Commerce et de la consommation, celui de l’Industrie et du développement du secteur privé ainsi que la DGI ont mené des opérations coup de poing dans ce sens. « Ce n’est pas le contrôle en soi qui est très important. La vraie problématique concerne plutôt son effectivité. Les contrevenants ont-ils été verbalisés ? Ont-ils payé leurs impôts ou ont-ils procédé à l’habituelle négociation avec les agents des fiscs ?», questionne l’administrateur du Fivpama. La Loi sur le développement industriel devrait donner également un cadre idéal d’épanouissement au secteur secondaire. En tout état de cause, la lutte contre la concurrence déloyale et l’importation massive présente de multiples enjeux, car il s’agit, à la fois, de pallier le manque à gagner que présente les caisses de l’État, de protéger l’industrie locale qui crée des richesses et des emplois, et enfin, de protéger les consommateurs.

Julie Raharisoa

A la loupe

  • 2,6 milliards d’ariary de droits et taxes à l’importation ont été exonérés de façon exceptionnelle durant les mois de janvier et février
  • 365,7 milliards d’ariary de recettes budgétaires ont été collectées par la douane durant les mois de janvier et février

 

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