Industrie : moteur de développement à actionner

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Pour se développer, l’industrialisation est capitale. Or, celle-ci est très embryonnaire à Madagascar malgré les bonnes volontés de ses acteurs.

ucun pays au monde ne peut prétendre au développement sans industrialisation ». Tous connaissent cette citation, mille fois paraphrasée. Sendra Rakotovao, Directeur exécutif du Syndicat des industries de Madagascar (SIM) en est encore convaincue. Mais loin d’elle, et de son syndicat, l’intention de se lamenter sur leur sort.

« L’INDUSTRIE MALGACHE a été longtemps victime de l’absence d’une volonté politique. Elle a été lésée au profit des importations par exemple. Mais il est temps pour nous de prendre notre avenir en mains », explique la cadre du SIM. Parmi les piliers du développement à Madagascar, l’industrie est aujourd’hui la principale source de recettes fiscales pour l’Etat avec 33,405 milliards d’ariary d’impôts, de taxes, de droits et de redevances, soit plus de 23% des recettes. Elle participe à hauteur de 14% du PIB. Pour améliorer davantage sa capacité à développer le pays, il est préconisé qu’en 2020, le secteur industriel arrive à atteindre 25% du PIB. Une vision qui devrait s’accompagner d’actions concrètes. L’industrialisation est l’une des voies qui permettent à un pays d’émerger. De tous les continents, l’Afrique noire reste le seul qui n’ait pas connu un début de réelle industrialisation, un demi-siècle après son indépendance. L’Afrique a perdu du terrain dans les activités manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre. Pourtant, elles constituent généralement la première étape du développement industriel et s’avèrent indispensables, en termes de création d’emplois, dans les villes en croissance rapide.

POURTANT, LE CONTINENT noir est un territoire privilégié de l’exploitation des matières premières. L’« extractivisme » est un piège qui tend à s’y généraliser. En outre, la volatilité des cours des matières premières au niveau mondial continue à tempérer régulièrement les perspectives de croissance du continent. D’où la nécessité d’un tissu industriel fort et performant. « Les membres du SIM sont partout dans les comités et organismes qui ont trait à notre secteur. Nous devons être informés, mais surtout, nous devons nous faire entendre dans les projets qui nous concernent. C’est aussi pour montrer notre volonté à coopérer avec l’Etat dans le développement de ce secteur », précise Sendra Rakotovao.
Un argument tout à fait justifié, selon Rojo Razafindralambo, économiste et enseignant à l’Université d’Antananarivo. Selon lui, aussi bien l’Etat que les acteurs économiques ont un rôle à jouer dans la situation actuelle. « L’Etat n’a jamais vraiment marqué son intention réelle de protéger la production locale tandis que les industriels pensent avoir une légitimité inébranlable à cause ou grâce à leur position économique. D’où la difficile entente entre les deux parties. Mais une synergie des actions serait le meilleur remède à cette maladie qui ronge le secteur », soutient notre interlocuteur.

DE MANIERE GLOBALE, « le secteur secondaire contribue le plus dans la croissance économique du pays. Il a, en moyenne, un taux de croissance de 8,4% de 2010 à 2014 et il est même parvenu à atteindre un taux de croissance de deux chiffres en 2013, soit 22,7% », selon une étude commandée par le SIM en 2014, mais qui reste d’actualité. Ayant 88 membres répartis dans différents secteurs, le SIM participe à la réduction du taux de chômage avec 52 000 emplois directs à travers la Grande île. « Et pourtant, la plupart des unités industrielles tournent à 20% de leur capacité. Imaginez-vous le nombre d’emplois créés si ces usines arrivent à tourner à plein régime ? Nos derniers chiffres indiquent que 8% des salariés déclarés à la Caisse nationale de prévoyance sociale sont issus de notre secteur », soutient Sendra Rakotovao.
Une nouvelle disposition sera adoptée en faveur d’un secteur secondaire plus fort : la professionnalisation de sa main-d’œuvre. « Nous devons avoir une main-d’œuvre qualifiée afin de pouvoir prétendre à un travail décent pour nos jeunes. La politique industrielle qui sera incessamment applicable à Madagascar devrait nous permettre de rectifier les tirs et de permettre une synergie pour une industrie prospère. En attendant, nous ne cessons d’inciter nos compatriotes à consommer les produits de nos industriels », conclut le Directeur exécutif du SIM.

Hilda Hasinjo

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