La justice populaire revêt de nombreuses formes. Il ne s’agit plus seulement de ces lynchages où les victimes sont des personnes, les incendies ou la destruction de biens par la population sont aussi considérés comme des vindictes populaires. Ce sont déjà des manifestations du mécontentement de la communauté et de la lente décadence de l’état de droit. Ces derniers mois, les antennes régionales de la Jirama, les postes de la gendarmerie et les prisons ont souvent fait les frais de ces ires populaires. Mais selon des sources avisées de la gendarmerie, des opérateurs économiques, accusés à tort ou à raison, sont également victimes de ces règlements de compte par les habitants qui détruisent matériels de production ou infrastructures afin de les chasser de leur terre…

À Madagascar, les événements d’octobre 2013 à Nosy Be – durant lesquels ont péri deux étrangers présumés trafiquants d’organes et un Malgache – ont eu une résonnance planétaire. D’autant plus que c’est l’une des rares affaires de justice privée qui ont débouché sur un procès et qui ont eu une suite judiciaire. À l’issue du procès du 10 novembre 2015, quatre hommes ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité, sept à des peines plus légères, vingt-cinq ont été libérés « au bénéfice du doute » et un autre a été formellement acquitté. La portée de la vindicte populaire avait dépassé le seul cadre de la société nosibéenne. L’île avait été classée « zone touristique orange » par la France. Un classement qui a mis à mal la manne financière générée par son tourisme.

Loin des tribunaux mis en place dans le cadre de l’état de droit, des citoyens, foulant aux pieds toutes les règles de droit, se font eux-mêmes justice. Cet incivisme, qui se manifeste par des actes violents, est en passe de devenir sous nos latitudes un acte vulgaire, sinon un droit pour certains.

Hilda Hasinjo

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