Consolider la paix dans un pays qui n’a pas connu de conflits armés mais qui est en proie aux crises ponctuelles, tel est le défi actuel de la Grande île.

Madagascar n’a jamais connu de guerre. Cependant, depuis son accession à son indépendance, en 1960, le pays a été confronté à des crises cycliques. Elles ont systématiquement mené à l’éviction du pouvoir en place et ont conduit les Malgaches à vivre dans un environnement social, politique et économique considérablement dégradé.

« NOUS VIVONS DANS UN CLIMAT de conflit latent » note Tafita Razafimanantsoa, Directeur général des Programmes et Ressources auprès du ministère de la Justice. Ce qui a été appuyé par Francine Kidja, Directeur général de la Promotion de la Femme auprès du ministère de la Population, de la Protection sociale et de la Promotion de la femme, et Josiane Robiarivony, Présidente du réseau des femmes malgaches artisanes de la paix. Pour elles, « la paix commence dans le foyer ». Et quand les ménages se heurtent à des crises de l’ampleur de 2009, ils ont du mal à se relever et à retrouver la stabilité et la paix. Le premier signe de l’absence de paix dans le pays est la précarité dans laquelle vit la majorité de la population. La recherche constante de moyens de subsistance est, ni plus ni moins, que l’une des plus grandes sources de tension dans le foyer, dans la société et dans la nation. À cause de ce climat tendu, recouvrer la paix et éradiquer les facteurs qui ont contribué aux précédentes crises sont prioritaires. « Les causes profondes des conflits à Madagascar sont (…) les lignes de fractures sociétales, (…) de nature historique et propre à la trajectoire du pays, et sur lesquelles viennent se greffer les facteurs structurels, affectant la consolidation de la paix » stipule le document de Plan de priorités pour la consolidation de la paix (PPCP).

UNE DES FRACTURES IDENTIFIÉES par les documents Peace and Conflict Analysis (2010) et Conflict-related Development Analysis (2013), est « la tradition orale des populations rurales versus l’utilisation de l’écrit par l’État », lequel se démarque par une « cassure entre une oligarchie politico-affairiste détentrice du pouvoir, et les masses populaires ». Une autre étant la fracture « du centre versus périphérie » en faisant référence à l’absence de décentralisation effective aussi bien budgétaire qu’institutionnelle. Une troisième porte sur « la disparité entre les sphères rurales et urbaines ». Le niveau de l’extrême pauvreté, l’accès limité aux ressources et l’insécurité alimentaire, l’absence de décentralisation, la corruption, la faiblesse des mécanismes de gouvernance, de contrôle et de redevabilité de l’État et les défaillances de l’État de droit ont été pointés du doigt. Un autre niveau de sources de tensions identifié dans ces analyses est le sentiment de marginalisation des populations du Sud, dans une situation d’enclavement. Mais aussi le manque de confiance dans les autorités étatiques, à tous les échelons. Notamment, du fait d’une perception, par la population, d’une corruption généralisée.

CES SOURCES DE CONFLITS sont ancrées profondément dans la société malgache, qui a une énorme difficulté à s’en défaire. C’est pourquoi le Système des Nations unies (SNU) a décidé de donner suite à la demande d’éligibilité au FCP que le Président de la République, Hery Rajaonarimampianina, a formulée lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2014, et qui a été officialisée par une demande écrite en février 2015. D’après Oana Mihai, Coordonnatrice du Secrétariat technique du Fonds pour la consolidation de la paix (FCP), ce sont surtout « les élections présidentielles estimées comme crédibles et justes, le retour à l’ordre institutionnel et politique dont bénéficiait le pays, et surtout l’engagement politique au plus haut niveau » qui ont été les critères décisifs de l’éligibilité de la Grande île au FCP. Selon Olivier Sublard, spécialiste en consolidation de la paix au niveau du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), la consolidation de la paix est « un long processus qui prend au moins une vingtaine d’années ». Cette année, l’AG et le Conseil de Sécurité des Nations unies ont réaffirmé que « la consolidation de la paix devait être ancrée dans toutes les phases et actions que l’ONU mène dans un pays ». Raison pour laquelle le PNUD accompagne Madagascar dans le processus, « lequel ne se cantonne plus à un rôle de transition. La paix signifie prévenir le conflit, éviter le retour à une situation de conflit et soutenir les pays à se relever effectivement » note Oana Mihai. Pour Madagascar, cela passe par la réconciliation nationale et la RSS.  Compte tenu de toutes ces études, trois axes prioritaires ont été identifiés : la bonne gouvernance, le soutien à la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) et l’appui holistique à la stabilisation dans le Sud du pays. À chaque axe correspond à un budget défini. La mise en œuvre de ce programme du FCP est assurée par un Comité de pilotage co-présidé par Herilanto Raveloharison, ministre de l’Économie et du Plan et Violette Kakyomya, Coordonnateur résident du SNU durant la période 2016 – 2018. Une enveloppe de 11,5 millions de dollars est allouée par le Fonds. 1,5 million pour le Secrétariat technique, 2 millions pour la bonne gouvernance, 3 millions pour la RSS et 5 millions pour l’appui holistique dans le Grand sud. Deux documents de projet ont déjà été signés en août dernier : le projet Institutions démocratiques intègres, représentatives et crédibles (IDIRC) et l’Appui à la réforme du secteur sécurité à Madagascar (ARSSAM).

L’IDIRC ASPIRE À renforcer la confiance des citoyens envers les institutions publiques à travers un appui aux institutions de redevabilité et de lutte contre la corruption, ainsi qu’à la création d’espaces de dialogue entre citoyens et élus, et l’accès à l’information. L’ARSSAM a pour objectif de se doter de forces de défense, de sécurité et de justice professionnelles, capables de répondre, de manière efficace, aux attentes de la population en matière de sécurité. Pour ce qui est de l’appui holistique dans le Sud, une étude anthropologique sur les causes structurelles de l’insécurité, la pauvreté et la situation prévalant dans le sud va être menée. L’IDIRC est sous la tutelle nationale du ministère de la Justice et du ministère de la Communication et des Relations avec les Institutions (MCRI). Tandis que la RSS est exécutée, jusqu’à maintenant, sous le pilotage du Comité Technique pour l’Organisation du séminaire national sur la RSS (CTO-RSS), piloté par la Primature. Elle consiste en un changement de paradigme. En ce sens que « les forces armées doivent plus se tourner vers les citoyens et doivent être mieux réparties sur tout le territoire » fait remarquer Olivier Sublard.

LA LETTRE DE POLITIQUE GÉNÉRALE de la RSS (LPG-RSS) qui a été élaborée et entérinée en janvier de cette année en Conseil des ministres. 8 piliers ont été identifiés pour cette réforme. À savoir l’armée (terre-air-mer), la police nationale, la gendarmerie nationale, la justice, l’administration du territoire incluant les douanes, les gardes forestiers et les autres forces paramilitaires, les services de renseignements, le parlement et les acteurs non-étatiques. La LPG-RSS LPG-RSS « a pour aspiration de mettre en place un processus qui va permettre à moyen et long terme de s’attaquer aux causes réelles de l’instabilité politique, de la marginalisation de certaines régions fragilisées par l’insécurité ainsi que des effets de la répartition non équitable des richesses naturelles à Madagascar » souligne Amina Ahmed, Secrétaire exécutive du CTO-RSS. Elle trace les lignes directrices des actions à mener pour atteindre ces objectifs de « responsabilité, d’intégrité et d’efficacité » de la sécurité. Pour l’heure, seule la politique a été élaborée. Néanmoins, « les plans stratégiques et opérationnels sont en cours de finalisation en vue d’un entérinement en Conseil des Ministres avant la mise en œuvre effective », si l’on en croit le CTO-RSS. Dans tous les cas, la paix durable ne peut être une réalité qu’avec la participation complète de tous, dont les femmes. « La consolidation de la paix se fait à travers la promotion et la protection des droits », soutient Francine Kidja. Mais globalement, « l’éducation à la paix doit partir du foyer » conclut Josiane Robiarivony.

Karina Zarazafy

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