Depuis le mois d’avril et la descente de l’opposition parlementaire dans la rue, Madagascar connaît une crise préélectorale. Cette crise, qui a été initiée par le conflit sur les lois électorales, a abouti à la démission du gouvernement existant, et, par la suite, à la mise en place d’un gouvernement qui comprend aussi des représentants des deux grands partis de l’opposition. L’opinion des Malgaches sur ces évènements reste pourtant inconnue. La descente dans la rue était-elle justifiée ? Le nouveau gouvernement convient-il aux Malgaches ? Quel est leur degré de confiance sen ce que les élections seront vraiment libres, équitables, inclusives ?

Dans des démocraties plus avancées, face à de telles questions, l’opinion publique se mesure de manière constante. L’existence de sondages scientifiques et pour la plupart fiables donne aux politiciens une perception de la volonté populaire, même par sous-groupes de la population, sur telle ou telle question. Ces résultats les guident alors dans leurs décisions comme dans leurs prises de position politique. Ainsi, le peuple exerce, même en dehors des élections, une influence réelle sur le cours de la politique. Un dirigeant qui se positionne durablement à l’encontre de la volonté populaire exprimée ne fera pas long feu. Les sondages ont aussi un autre avantage. Ils donnent une voix à ce que l’on a la tendance à appeler la « majorité silencieuse ». Ceux qui crient le plus fort ne représentent pas nécessairement la majorité. Même ceux qui réussissent à mobiliser des manifestants ne peuvent nécessairement prétendre à parler pour la grande masse.

Les sondages permettent en plus de donner aux différentes forces politiques une appréciation réelle de leur cote de popularité. À Madagascar, avec ses 180, voire plus, de partis politiques, on a souvent l’impression que chacun d’entre eux a la prétention de devoir être toujours consulté. Alors qu’il est clair que beaucoup de ces partis ne peuvent prétendre qu’à parler pour eux-mêmes dû au manque évident de soutien populaire. On a récemment vu que les sondages influent très directement sur la politique. La décision du Président français François Hollande de ne pas se présenter à sa propre succession était due entièrement à sa faible cote de popularité auprès des Français. Préférant éviter l’humiliation aux urnes, François Hollande s’était sagement retiré de la course.

À Madagascar, on a pourtant l’impression qu’il existe dans la classe politique une hostilité envers l’instrument du sondage public. C’est ainsi que la publication des sondages a même été complètement interdite pendant la période de campagne électorale. On préfère cultiver l’atmosphère du flou total en ce qui concerne l’opinion publique (qui n’est pas nécessairement égale à « l’opinion publiée » par une presse sous l’emprise de politiciens). Ceux qui se prennent pour des grand raiamandreny n’ont apparemment aucun intérêt à réellement connaître la volonté populaire. Ce flou entretenu leur donne effectivement la possibilité de faire ce qu’ils veulent, en s’imaginant une autorité quelconque à déterminer ce que pense le peuple.

Pour le renforcement de la démocratie à Madagascar, il serait néanmoins souhaitable de mettre en place la publication régulière de sondages fiables. La démocratie ne se réduit pas uniquement aux élections. Elle vit du dialogue continuel et ininterrompu entre les dirigeants et les dirigés.

Marcus Schneider

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