La signature par Madagascar – aux côtés de 43 autres États africains – de l’accord prévoyant la mise en place d’une Zone de libre-échange continentale (ZLEC), le 21 mars dernier à Kigali, est une vraie avancée, non seulement pour l’unification de l’Afrique mais surtout pour l’industrialisation tant attendue du continent.

Il est vrai que ce magazine n’a jamais caché son scepticisme face au libre-échange. L’industrialisation et le libre-échange sont deux concepts qui, dans l’histoire économique des États, n’allaient pas ensemble. Néanmoins, dans le cas de la ZLEC, contrairement aux sceptiques parmi les observateurs et les acteurs économiques locaux et internationaux, le libre-échange au niveau africain pourrait – et le conditionnel est encore de mise dans ce contexte – être un facteur qui contribuera à propulser l’industrie africaine. Avec la ZLEC, le continent, qui économiquement reste le moins intégré parmi tous les continents, pourrait finalement peser au niveau international. Au lieu de se faire imposer dans la vieille logique de divide et impera (diviser pour mieux régner) les accords commerciaux établis par Bruxelles, Washington et Pékin, l’Afrique pourrait demander la renégociation de ces accords qui ont été conclus antérieurement avec les puissances économiques externes. Il est question de les modifier pour qu’ils soient mieux adaptés aux besoins de l’industrialisation sur le Continent noir.

Car, il est à rappeler que la concurrence étrangère, légale des fois, déloyale bien trop souvent, ne vient pour la plupart pas de l’intérieur du continent. Ce ne sont pas les produits nigérians, congolais ou mozambicains qui inondent le marché malgache. Le libre-échange fonctionne s’il est instauré entre des pays qui sont au même stade économique. Il fonctionne beaucoup moins s’il est imposé par des pays industrialisés à des pays non-industrialisés. La mise en place d’une zone continentale veut dire aussi que l’industrie malgache, qui souffre d’un marché local restreint par la faiblesse extrême du pouvoir d’achat, accède tout d’un coup à un vaste marché de plus d’un milliard de consommateurs. Un marché pourtant, où elle est concurrentielle, et où elle peut évoluer. Cependant, la libéralisation interne ne marche qu’à condition que l’Afrique se serve d’un vrai « protectionnisme intelligent » à l’extérieur. L’ouverture aux produits et aux intrants africains est acceptable. Il devrait même être une question de préférence. Il faudrait émettre plus de réserve par rapport aux importations de tout et n’importe quoi qui viennent d’au-delà des rives du continent. Parce qu’une Afrique qui ne produit pas, qui ne transforme pas pour ses propres besoins restera une Afrique pauvre.

À l’heure actuelle, cela relève encore des rêves du futur. Pour le moment, les pays africains ne commercent que très peu entre eux. Comme jadis sous l’emprise du colonialisme, ils restent dépendants du Premier monde. Si on veut que la situation change, il faut aussi une solidarité économique et politique plus accrue au niveau du continent. Les sanctions économiques, que l’Amérique de Donald Trump est en train d’imposer au Rwanda, devraient susciter l’indignation du continent entier. En effet, le dirigeant américain veut sanctionner le Rwanda de sa résolution, que nous qualifierons de raisonnable, d’interdire l’importation des friperies américaines afin de construire sa propre industrie textile.

Un pour tous, tous pour un. La rapidité de l’élaboration de l’accord ZLEC a eu de quoi surprendre les observateurs qui n’avaient connu l’Union africaine que comme étant une « usine à paroles ». Maintenant, il faudrait encore que cette rapidité soit couplée à une résolution vraiment ferme de mettre en œuvre une ZLEC qui privilégie d’abord l’industrialisation du continent !

Marcus Schneider

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