Il est temps de dissocier l’art de la chanson à Madagascar. Malgré la profusion de nouveaux titres, la musique est à l’agonie. Et pourtant, la communauté des chanteurs malgaches gonfle en nombre chaque jour, alors que les artistes-chanteurs sont quasi inexistants. Nombreux sont ceux qui ont déjà tiré la sonnette d’alarme face à cette situation. Parmi eux, des artistes qui dénoncent la prolifération de la musique commerciale. Princio dans une de ses chansons a rappelé cette réalité. « Toute la ville s’est mise à chanter », a-t-il évoqué dans un morceau avec la pointe d’ironie dont il a le secret. Au moins, nous pouvons nous réjouir du fait qu’au final, les artistes sont conscients de ce fléau qui ronge leur profession. La situation est d’autant plus dramatique dans la mesure où l’apparition de ces pseudo-chanteurs détériore le secteur et ce sont les vrais artistes qui en subissent les conséquences.

Le ras-le-bol se généralise. Lors d’un entretien avec la presse, la reine du salegy, Ninie Donia a crevé l’abcès. « Actuellement, les artistes n’osent même plus faire un spectacle en solo. Ils se mettent en groupe pour un évènement car, au fond, ils savent qu’ils n’ont pas la notoriété suffisante pour assurer un show. » Cette affirmation dévoile la réalité actuelle de l’industrie musicale.

Le show business a eu raison de l’aspect artistique de la musique. À tel point que les artistes ont vendu leur âme pour la célébrité. On ne s’étonne plus de voir à télé des « tubes » vides de sens. Aucun apport en matière de paroles, aucune valeur en termes de mélodie, juste assez entrainants pour être repris et chantonnés, mais sans plus. Ces chansons qui seront vite éclipsées par des nouveautés musicales aussi creuses les unes que les autres. « Malalaka eh » par ici, « Mijoboka » par-là, « Dihan’ny Mijah » partout, nul besoin d’être prophète pour affirmer le caractère éphémère de ces œuvres musicales.

Pire, dans cette quête perpétuelle de populisme, les pseudos-chanteurs se livrent ouvertement à du plagiat. La formule est simple : trouver sur internet de la bonne musique qui ne soit pas connue dans la Grande île, en récupérer la mélodie et transposer par-dessus des paroles en malgache et le tour est joué. Cette pratique a permis la naissance de toute une génération de « faux chanteurs » qui se contentent de surfer sur les tendances musicales du moment.

Alors, ne nous étonnons pas si les véritables artistes préfèrent faire carrière à l’étranger. Trop habitués à entendre de la mauvaise musique, la plupart des Malgaches n’ont plus l’oreille pour entendre l’authenticité de l’art musical. Une situation qui va de mal en pis. Il est plus que temps de dissocier l’art de la musique malgache. Puisque nous vivons dans une ère de liberté, le moins qu’on puisse faire c’est d’encourager ces pseudo-chanteurs à faire ce qu’ils font, mais de ne pas prétendre que c’est de l’art. C’est un affront envers les véritables artistes.

Yanne Lomelle

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