Pour les 700 000 Malgaches au Sud de la Grande île, le climat s’était détérioré depuis des années. L’opération en faveur de ces victimes du changement climatique souffrant d’une insécurité alimentaire extrême a finalement commencé début août. Que la réaction – à ce que l’ONU n’a que très récemment qualifié de « crise humanitaire grave » – ait autant tardé a pour raison certainement que Madagascar soit un « orphelin des bailleurs » (Simon Allison). Un pays qui devrait recevoir beaucoup d’assistance mais qui n’en obtient que très peu. La Grande île figure déjà parmi les pays les plus pauvres et les plus vulnérables. Elle se situe malheureusement à l’extrême périphérie de la planète.

Ce constat pourrait surprendre certains qui se sentent comme le « centre du monde », à l’instar de la phrase imprimée sur la banderole pour le 16ème Sommet de la Francophonie… Cet éloignement ne veut pas dire que la Grande île est épargnée par les tempêtes mondiales qui grondent loin de ses côtes. Le changement climatique n’est que le phénomène le plus visible qui trouve ses origines ailleurs, mais qui impacte la population locale.

Le climat se détériore également au sens figuré. La dépendance du pays envers les bailleurs des fonds est plus dangereuse. Il est de moins en moins sûr que les milliards d’euros, nécessaires pour protéger Madagascar des effets dévastateurs du réchauffement climatique, seront jamais reçus. La condition sine qua non pour une réponse efficace aux défis globaux est la volonté de coopérer. Cette détermination se heurte actuellement à une montée dangereuse du nationalisme en Occident. Le Brexit en est juste la plus récente manifestation. Le Royaume Uni a dit « bye bye » à l’Europe, son énergie sera fort probablement absorbée, dans les années à venir, à faire face aux répercussions économiques et politiques de son désengagement. Le pays s’est éclipsé en tant que nation leader au niveau global.

La menace plane aussi sur la France. Depuis des mois, Marine Le Pen, présidente du Front national (FN), occupe le premier ou le second rang dans les sondages pour la présidentielle de 2017. Le FN, premier parti de France ? Rien n’est plus impossible. À nous d’imaginer quelle place (et quel budget) occupera la coopération internationale dans un gouvernement frontiste…

Néanmoins, le plus grand péril émerge de l’autre côté de l’Atlantique. Qualifiée par la très mesurée Washington Post de « menace singulière pour la démocratie américaine », l’élection du candidat républicain Donald Trump à la Maison-Blanche serait certainement un facteur bouleversant l’ordre mondial. Il a promis d’enterrer l’Accord de Paris sur le climat, a annoncé mener une guerre commerciale contre la Chine, il compte déporter 15 millions d’immigrés illégaux, etc.

Tout cela devrait-il nous concerner ? Certainement. Probablement, dans une logique de « America First », les budgets dédiés à la coopération internationale seraient les premiers à être ponctionnés. Il est difficilement concevable que l’AGOA, l’accord si précieux à l’industrie textile malgache, soit maintenu sous une Trump Administration favorable au protectionnisme. Un gouvernement américain qui nie le changement climatique se déresponsabiliserait complètement de ses conséquences pour Madagascar.

Indépendamment des résultats d’une élection ou d’une autre, la montée du nationalisme semble se pérenniser. Comme le climat dans le sens concret et figuratif se détériore, il serait irresponsable de trop miser sur les autres, sur la charité et sur une volonté peu assurée de coopérer. Affronter les tempêtes à l’horizon dépendra essentiellement des actions locales. Ce n’est pas la communauté internationale qui sauvera Madagascar, ce sont, d’abord, les Malgaches.

Marcus Schneider

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