Les plus jeunes d’aujourd’hui seront nos forces vives de demain. Ils étaient au nombre de 12,761 millions à être en âge scolaire en 2015, soit plus de la moitié de la population.

L’éducation doit être cet outil qui offre aux enfants et adultes la possibilité de devenir participants actifs de la transformation des sociétés dans lesquelles ils vivent. Pourtant, la scolarisation dans notre pays reste un défi majeur avec une proportion de la population vivant au-dessous de 1,9 dollars par jour dépassant les 80%.

MALGRÉ UNE CONVICTION partagée par tous les acteurs nationaux sur l’importance de l’éducation, les élèves malgaches demeurent confrontés à un système loin de satisfaire les besoins réels d’éducation et de formation. Le Rapport d’état du système éducatif malgache (Resen) publié en février 2016 analyse le secteur éducatif dans sa dynamique temporelle et dans une perspective de comparaison internationale. Plusieurs paramètres font que le système actuel peine à produire des progrès plus importants. Parmi les causes, l’on pourrait citer le contexte sociopolitique, la faible performance de l’État en matière de prélèvement des recettes ou encore la perception négative de l’école par les parents et les enfants. Même si les effectifs d’enfants scolarisés à tous les niveaux de l’enseignement ont connu une large augmentation, l’achèvement du niveau primaire demeure un défi avec un taux d’accès en CM2 de près de 69% uniquement en 2014, résultant des abandons fréquents des cours. À ce stade, notre pays reste encore loin de l’objectif d’une scolarisation primaire universelle.

QUANT AU BUDGET ALLOUÉ par le gouvernement, hormis la baisse significative des dépenses d’investissement, le paiement des salaires accapare une grande partie des dépenses courantes, laissant peu de marges de manœuvre à celles indispensables à la qualité des services en milieu scolaire. Les rémunérations des employés fonctionnaires et non fonctionnaires représentent 84,2% de l’ensemble des dépenses courantes des trois ministères en charge de l’éducation, en 2014. Il est vrai que le nombre d’enseignants non fonctionnaires (FRAM subventionnés et non subventionnés) a connu une expansion rapide afin de combler l’insuffisance des instituteurs et faire face à l’augmentation des effectifs des élèves et au départ à la retraite des fonctionnaires en poste. Mais si cette mesure pallie un manque en quantité, la qualité aura encore un long périple devant elle. Une enquête sur la qualité des prestations de services d’éducation (Service Delivery Indicators) menée à Madagascar en 2015, fait état d’une situation alarmante. En effet, nonobstant la question sur la compétence des enseignants, leur taux d’absence reste élevé dans le secteur public et se traduit par une perte journalière de 40 minutes d’enseignement pour les élèves, soit une perte de 52 jours dans l’année scolaire, représentant presque le tiers des horaires annuels. La scolarité en elle-même représente déjà une dure épreuve physique et psychologique pour les enfants qui, souvent en situation de malnutrition, avalent pour certains plus de 30 minutes de trajets par jour entre leurs domiciles et les établissements.

LES MÉNAGES contribuent de façon significative à l’effort national d’éducation, au-delà du financement étatique. On estime qu’en 2012, ils ont consacré jusqu’à 386 milliards d’ariary au financement des dépenses scolaires globales dont 54% au profit des élèves du primaire (malgré la gratuité de ce niveau d’enseignement) et 25% allouées aux collégiens. Au total, pour l’ensemble des niveaux d’enseignement, les familles supportent 40% des dépenses courantes nationales d’éducation. Comparée aux pays africains, cette proportion est légèrement inférieure à 0,97 fois de la moyenne. Quant aux études supérieures, seuls 20 étudiants sur 100 inscrits en 1ère année obtiennent le diplôme préparé. L’accès en 1ère année reste particulièrement sélectif dans les universités publiques où sur 100 étudiants, seulement 56 parviennent à la 2e année. Les abandons demeurent fréquents et sont accentués au fur et à mesure que les étudiants passent d’un niveau à l’autre. Le déficit d’orientation et le manque de diversification des filières de formation professionnelle – en totale inadéquation aux mutations économiques du pays et aux besoins réels du marché de travail – sont à déplorer. Pour l’heure, les produits de notre système éducatif ne cessent de rencontrer des difficultés croissantes d’insertion dans la vie active. Hormis l’éducation, que pourraient espérer les enfants d’aujourd’hui pour disposer des meilleurs bagages pour la vie ? En passant par une meilleure formation des professeurs, un vrai développement du « potentiel citoyen » des jeunes et une forte sensibilisation des communautés, l’éducation sera le centre névralgique de toute stratégie de construction de l’avenir.

Tantely Rakotomalala

Photo : page Facebook ministère de l’Education nationale

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