Accéder au pouvoir et le quitter se résument à peu de choses sous nos latitudes : l’argent. Les Crésus politiques s’enrichissent dans un océan de pauvreté.

« Les députés ne sont pas à vendre à Madagascar. Ils sont plutôt à louer. » Cette phrase, Hajo Andrianainarivelo aime bien le répéter à qui veut l’entendre. Il faut dire que le chef de file du Malagasy Miara-Miainga (MMM) est confronté aux mêmes maux que les autres leaders politiques : l’indiscipline chronique de ses élus, notamment de ses députés. Sa sentence résume bien l’environnement ambiant : argent et politique font souvent bon ménage.

Liasses

« Parfois, dans la cafétéria de l’Assemblée nationale, ils craquent. La pression sur les députés est terrible. Une fois saouls, ils déballent les affres de la politique malgache », lâche un élu. Au fil des décennies, les tenants du régime ont mis en place un système qui tend à corrompre facilement les élus devenant tributaires des « subventions », officielles ou non, de la part de l’Etat. Entre les menaces et les pressions, certains ne savent plus à quel saint se vouer. « Le budget alloué aux communes est tellement mince que pour pouvoir honorer ses promesses électorales il faut « quémander » de l’aide auprès de l’Etat », confie une maire élue dans une commune rurale. Pendant des années, elle s’est présentée en tant qu’indépendante, mais elle a dû céder devant le chantage orchestré par le parti présidentiel, lors des dernières communales l’année dernière.

« Il menaçait clairement de fermer les robinets si l’on ne se présente pas sous la bannière du HVM. » Cette situation est loin d’être isolée, députés et autres agents de l’Etat le vivent. Le stratagème a été usité de tous temps. L’« enrôlement », à coup de liasses, des meilleurs éléments locaux dans le cercle politique proche du pouvoir, a constitué un socle pour les régimes successifs afin de gonfler artificiellement les rangs du parti au pouvoir ou pour mettre en place une pseudo-stabilité au sein des institutions comme à l’Assemblée nationale. Le rôle de plus en plus important de l’argent dans le jeu politique est appelé à aller crescendo dans les années à venir, sans une prise de conscience éthique ou sans de réelles sanctions. L’argent est devenu un catalyseur de la vie politique locale.

Ecolage

Le règne de l’argent prend des proportions inquiétantes et sidérantes dans toutes les strates des institutions. Quand la presse relaye qu’un ministre aurait payé un « écolage » de quelques centaines de millions d’ariary pour pouvoir s’offrir un portefeuille ministériel, cela n’émeut plus grand monde. Ce, nonobstant la présence du Bureau indépendant anti-corruption (BIANCO) ou le Comité pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI), des épouvantails dont se moquent ouvertement bien de politiciens. Actuellement, il est devenu impossible d’envisager une carrière politique lorsqu’on ne dispose pas, au départ, d’une solide fortune personnelle. La liste de tous les chefs d’Etat ou des ministres dont le pouvoir n’a pour but que la mise à sac de la Grande île à leur profit et à celui de leur famille, est longue. Régulièrement, en marge des grandes manœuvres politiques au sein de l’hémicycle, les billets de 10 000 ariary pleuvent.

L’épisode de la motion de censure contre le gouvernement en juillet 2015 a été un théâtre de surenchères aussi bien politiques que financières déplorables. Les « mallettes », aussi bien d’un côté que de l’autre, ont craché les liquidités. Au final, la motion a été rejetée de peu. La majorité des deux tiers des députés n’a pas été atteinte lors du vote. Le gouvernement a donc réussi à renverser la tendance qui lui était défavorable, mais à quel prix ? Cette extrême vénalité des politiciens prend racine dans l’émergence même des partis politiques. Les chefs de parti sont souvent des opérateurs économiques qui se muent en « opérateurs politiques ». En 1919, Max Weber a été l’un des premiers à montrer l’impact de la professionnalisation sur l’activité politique depuis la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, comme l’a écrit Pierre Bourdieu, « on peut vivre de la politique à condition de vivre pour la politique » en partageant les valeurs, les codes et les connivences de ses pairs bien évidement.

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