Quel genre de transformation économique pour l’Afrique ? La réponse semblerait bien évidente, mais la concrétiser à travers des programmes de développement est loin d’être évident. Aujourd’hui, l’économie africaine se résume essentiellement à l’agriculture, à l’exploitation des ressources naturelles – notamment minières – et à la prédominance du secteur informel. De nombreux pays du monde se « servent » en Afrique, mais sert-elle le reste de la planète ? Ce triptyque fâcheux est une réalité, du moins pour la plupart des pays africains. Le chemin est clair mais semé d’embûches : l’industrialisation.

Aujourd’hui, les gouvernements ont l’obligation de rivaliser d’ingéniosité pour explorer de nouvelles options. Et ce, afin de mobiliser les ressources intérieures et de réduire l’exposition de leurs revenus à la volatilité des cours des produits de base. L’émergence d’un tissu industriel fort permettra de réduire ces déficits et surtout, de combler les retards accumulés depuis de décennies.

Je me joins à d’autres voix qui soutiennent que l’Afrique et Madagascar peuvent cibler des secteurs à fort potentiel de croissance, comme l’agroalimentaire et les services à valeur ajoutée. Nous avons le talent nécessaire pour devenir des références dans ces volets sur le plan mondial, comme d’autres avant nous l’avaient fait. Il faut s’atteler plus efficacement à la transformation structurelle. Malgré l’afro-optimisme ambiant, les chiffres nous rappellent encore les réalités douloureuses : 54 % de la population dans

46 pays africains vit toujours dans la pauvreté. À Madagascar, plus de 90% vivent dans l’extrême pauvreté. Des faits inacceptables à l’heure où les technologies sont disponibles et abordables pour la révolution industrielle.

La question serait plutôt « Veut-on vraiment une transformation économique pour l’Afrique et pour Madagascar ? », au vu des multiples entraves comme les législations, la concurrence déloyale, le harcèlement fiscal, et bien d’autres maux, qui jalonnent le parcours de industriels. Ce qui est fort dommage car, à la tête du Syndicat des industries de Madagascar (Sim), – une organisation patronale fédérant les plus grandes industries de la Grande île –, je peux témoigner des valeurs ajoutées de premier ordre induites par l’industrie. Ce secteur répond en grande partie à la nécessité d’emplois pour nos milliers de jeunes qui grossissent les rangs du marché de travail chaque année. L’exercice de mes fonctions me réconforte dans l’idée que l’industrie promeut une transformation économique sans exclus. Chacun aura sa part de soleil.

La diversification des activités permettrait de consolider l’économie malgache et africaine qui demeure vulnérable à la volatilité des cours des matières premières. Par ailleurs, la faible capacité productive prive de nombreuses régions des effets d’entraînement associés au développement industriel comme, entre autres, la création d’emplois et d’entreprises, l’attraction des investissements étrangers, la transformation du secteur informel, la diffusion des technologies et l’augmentation des exportations. Les exemples sont légions, à l’échelle d’un pays comme Madagascar.

Les pères fondateurs de l’Afrique moderne s’étaient efforcés de libérer l’Afrique du joug colonial. Il est à présent le moment, pour nous, de la libérer des entraves de la pauvreté qui est une chaine plus contraignante. Il nous faut libérer ces sources potentielles extraordinaires de croissance, dans toute leur diversité.

Fredy Rajaonera, Président du Syndicat des Industries de Madagascar

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