A Madagascar, le discours de la société civile, dont les syndicats, plaide pour une étanchéité totale entre le monde « civil » et le monde « politique ».

Légalement, presque partout dans le monde démocratique, les syndicats n’ont pas le droit de faire des revendications qui dépassent leur corporatisme. Mais au sens large de l’acception, c’est tout le contraire.

CE SONT LES SYNDICATS et les syndicalistes qui ont créé le Parti Travailliste anglais. Leur lien est carrément organique. Le syndicat a des quotas dans le bureau du PTr, un quota dans les investitures, des cotisations à honorer, etc. Les liens entre la CGT (France) et le Parti Communiste sont intimes. Friedrich Ebert connu comme un président de la République n’était-il pas un syndicaliste ? Paul Bérenger, premier ministre, chef de l’opposition est (ou a été) un syndicaliste. À Madagascar, sans la CGT, il aura été beaucoup plus difficile pour les Malgaches de recouvrer leur indépendance. Parce que sur la voie de toutes revendications (sociales), il n’y a qu’un seul moyen pour le voir aboutir : la politique. Si le syndicat ou la société civile s’époumonent à revendiquer sans s’organiser de voter pour ceux qui promettent de les exécuter en politique – ou ne s’organisent pas pour avoir des candidats aux élections – alors c’est peine perdue.

ET POURQUOI LES SYNDICATS (la société civile en général) n’osent pas s’engager ? Nous proposons la réponse d’Erick Rabemananoro : « la société civile, (…) est (…) le refuge de partis politiques qui n’ont pas le courage de s’armer comme tels, et préfèrent s’enregistrer sous le régime d’association (…) 1». Aujourd’hui, force est de constater que la société civile fait de la politique sans se l’avouer. Elle est à l’origine de lois extrêmement bonnes comme l’abolition de la peine de mort, le droit des femmes malgaches à transmettre la nationalité dans tous les cas. Elle présente des candidats à des postes politiques et gagne. Elle occupe des postes politiques sans jamais avoir auparavant assumé faire de la politique. Elle est considérée par la Communauté internationale : reçue par le SG des Nations unies Ban-Ki Moon – quand Kofi Annan recevait encore l’opposition à son passage à Madagascar – et est financée par les bailleurs de fonds (UE, BAD, JICA, Banque Mondiale…).

IL Y A MÊME DES LOIS qui offrent officiellement des postes politiques à la société civile. Cela a commencé en 1991 avec le poste de Secrétaire général de la Haute autorité de l’État à la FFKM (Confédération des églises chrétiennes) et, aujourd’hui, dans plusieurs institutions comme la Commission électorale, la Haute Cour pour la démocratie… Mais pire, il y a des lois qui excluent à des postes dans les institutions citées ci-dessus (lorsqu’ils sont nommés par la Haute cour constitutionnelle, les chambres du parlement, etc.), et même dans l’administration publique, les citoyens qui ont une carte de membre de parti. Ce qui n’encourage absolument pas à l’engagement politique. Il y a même des institutions privées (associations, entreprises) qui refusent à un citoyen de l’engager s’il est politiquement partisan. Le cas des syndiqués, à qui on refuse un emploi, n’est plus à rappeler ou des entreprises qui refusent d’avoir des employés syndiqués. Bref, dans une totale aberration encouragée par tous, c’est la victoire de la société civile et la fin du combat politique.
1 dans Nota Bene, juin 2012, Banque mondiale

 

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