Le changement est un processus qui est difficile à mettre en route sous nos latitudes. Cette remarque peut être assimilée à un raccourci, mais elle comporte son lot de vérités. La plupart des Malgaches ne sont pas très ouverts au changement. Ils sont réticents concernant d’éventuelles mutations dans leur vie, dans leur pratique ou dans leur mode de gouvernance. Plusieurs raisons expliquent cette circonspection face à un phénomène irrémédiable.

Tout d’abord, historiquement, la Grande île est un pays qui a une forte influence de la civilisation orientale et africaine où le droit d’ainesse est toujours en vigueur. Et dans la vie – comme au niveau politique, économique ou social – la liberté d’expression n’est qu’illusoire car il n’est pas aisé pour les jeunes d’exprimer leurs idées à l’encontre des ainés. Dans la sagesse orientale, cet acte est considéré comme irrespectueux. Certains vont même jusqu’à qualifier ce geste comme un parricide. Toutefois, le processus de changement passe par le dépassement de certaines pratiques – souvent instaurées par la société et gardées jalousement par les aînés (les raiamandreny) – désuètes et qui freinent le développement. Bien entendu, tout cela doit se faire dans le respect mutuel.

Ensuite, ce repli est le résultat d’un traumatisme historique. L’ouverture vers le monde extérieur du temps de la royauté a coûté à notre Grande île son indépendance. Elle est passée d’un statut monarchique à celle d’une colonie dépendant d’une puissance extérieure : la France. L’on serait peut-être tenté d’expliquer que la peur de voir l’histoire se répéter explique le comportement hostile des Malgaches face au changement et à l’ouverture. La colonisation est un choc civilisationnel que le pays et la société n’ont pas encore tout à fait accepté et assimilé.

Mais sur le plan plus scientifique, un décryptage plus poussé des comportements des insulaires pourrait expliquer notre retard par rapport au développement. Les autres insulaires ont des comportements extravertis, ce qui a contribué à façonner leur développement, à l’instar de notre voisine mauricienne. Les Malgaches sont plutôt introvertis. L’immensité du territoire fait de la Grande île un petit continent à son échelle avec des ressources importantes et abondantes. Dans ce sens, l’excuse liée à l’exiguïté du territoire et à la taille réduite de la population ne sont pas applicables au cas de Madagascar. Les effets de discontinuité physique liée à la petite taille d’une île n’ont pas d’emprise sur la Grande île. Nous avons tous les atouts pour aller de l’avant et pour dépasser notre stade de développement actuel.

« De façon surprenante, le milieu marin joue encore un rôle de clôture vis-à-vis du reste du monde. Cependant, cette coupure s’exerce d’une autre façon. L’isolement insulaire contemporain se joue de plus en plus au niveau symbolique et métaphorique », relatait Thierry Nicolas. À nous d’enjamber cette barrière et à l’État de développer une politique pertinente qui saurait prendre en compte aussi bien nos spécificités que nos besoins. Cela passe sûrement par la priorisation de l’éducation. Notre marginalité ancestrale doit dorénavant devenir un atout et une force supplémentaires qui seraient à traduire en actions concrètes…

Claudia Rodera

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