Fille de l’illustre Césaire Rabenoro, Mireille Rabenoro a, initialement, fait carrière dans l’éducation avant de suivre sa vocation : la lutte pour les droits de la femme.

Il est 14 heures. Elle arrive pile à l’heure à notre rendez-vous. « La ponctualité est la politesse des rois », confie-t-elle. Déterminée, confiante, ayant de fortes convictions, … Mireille Rabenoro a toute la panoplie d’un vrai leader. Connue pour ses engagements pour la défense des droits de la femme, elle a été élue en 2017 à la tête de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH) pour porter bien haut le flambeau de la gent féminine.

Tournant

En 1972, l’ancienne enseignante intègre le parti Mpitolona ho an’ny fanjakan’ny madinika (MFM). Elle n’y reste que quelques années. « Ce n’est pas la politique en soi qui m’a intéressée, mais la promotion du genre. Celle-ci a été le cadet des soucis du parti. Cela m’a déçue, c’est ce qui a justifié mon départ ». Après cette expérience, elle se sentira plus à sa place au sein de l’association des femmes membres de l’Avant-garde pour la révolution malgache puis avant-garde pour la rénovation de Madagascar (Arema), à laquelle elle adhère en 1977. Ce qui correspond à une période décisive des droits de la femme à Madagascar. Adieu le « kitay telo an-dalana » (un tiers seulement du bien commun revient à la femme) et place au « zara-mira » (partage en deux parts égales). C’est le fruit de lobbyings intensifs menés par la première dame de l’époque, Céline Ratsiraka avec les femmes Arema auxquels Mireille Rabenoro prendra part de manière très active. Les années 70 marquent un tournant majeur dans le rôle joué par les femmes dans la vie publique, même si, jusqu’à maintenant, les inégalités prévalent. Gisèle Rabesahala est une des pionnières du mouvement d’émancipation. Elle était la première femme malgache nommée ministre, en 1977. Ce sera une source d’inspiration pour Mireille Rabenoro.

Exemple

L’irresponsabilité est à ses yeux le pire des défauts. « Le sens de la responsabilité est le gage de la réussite. Parfois, des gens réclament leurs droits sans penser à leurs devoirs qui sont plus déterminants », partage l’actuel numéro un de la CNIDH. Ce que les autres pensent d’elle : très dévouée, passionnée par le partage et les échanges et, surtout, discrète. « Si vous travaillez bien, les autres le sauront toujours et vous en féliciteront ». De nombreuses facettes de sa personnalité ont été héritées de sa mère, orpheline, mais qui n’a pas ménagé ses efforts pour réussir dans ses études. À l’époque, rares sont les femmes qui ont le diplôme du baccalauréat, mais la mère de Mireille Rabenoro sera tenace et entraînera dans son sillage ses enfants. « Elle voulait constamment montrer l’exemple aux femmes. On peut, à la fois, être mère de famille et travailler. Nous avions l’habitude de nous réunir autour d’une table après le dîner. Maman abordait nombreux thèmes spécifiques, dont les questions de droits des enfants et de droits des femmes. Ce qui a réveillé en moi cette sacerdoce ».

Organisations

Depuis, la machine ne s’est plus arrêtée. Celle qui a brillé dans ses études, aussi bien à Madagascar qu’à l’étranger, sera plus active dans la promotion de ce concept et présente dans de nombreuses organisations féminines. En 1999, elle a pris part à la naissance du Forum des éducatrices africaines (FAOE Madagascar). En 2010, le Conseil national des femmes (CNFM), organisation qui chapeaute les associations de femmes, dont elle assure la vice-présidence, a vu le jour. Parallèlement, elle mène une carrière riche, toujours en relation avec le genre, dans l’administration publique. Tour à tour elle sera Directeur de la Condition de la femme, de l’Enfant et de la famille (1991-1995), consultante nationale du Plan d’action genre et développement (2004), chargée du secteur social de la Cellule de planification et de suivi et d’évaluation à la Primature (2005-2009). La liste n’est pas exhaustive… Étant perfectionniste, l’échec la hante. Elle traine comme un boulet l’affaire Antsakabary. « Cela me dérange autant que les évènements dramatiques ne soient pas éclaircis. À l’international, ce dossier est toujours mentionné dans les rapports sur les droits de l’homme. Je me sens tellement impuissante !» Elle avoue que ce dossier est un vrai casse-tête pour elle, mais son tempérament de femme battante reprendra le dessus. Sûrement.

En 5 dates

1979 : agrégation d’anglais à l’Université de Paris

1991-1995 : passage au sein du ministère de la Population, début de sa lutte pour la libéralisation de l’avortement

1999 : création du Forum des éducatrices africaines

2005-2009 : participation à l’élaboration du Madagascar Action Plan (MAP) sur le volet genre

2017 : élection à la tête de la CNIDH

Julie Raharisoa

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