Réaliser un transfert d’argent depuis son portable, en recevoir… Qu’ils aient des smartphones ou pas, les Malgaches sont devenus des habitués des services de mobile banking.

Le mobile banking – paiement par téléphone mobile – a déjà révolutionné les instruments de paiement en Afrique et à Madagascar. Selon une étude menée par la Banque centrale dans le cadre de l’élaboration du Projet de loi sur la monnaie électronique à Madagascar, le taux de bancarisation demeure assez faible (6%).

CE QUI VIENT APPUYER les résultats de l’enquête FinScope qui « met Madagascar à la quatrième place vers la fin parmi les 27 pays africains touchés par l’exclusion financière et enquêtés par le FinMark Trust ». Cette étude constitue, selon le Trésor public de Madagascar, « une étape importante du processus « Making access to financial services possible » (Map) qui est un outil de délimitation des niveaux d’accès aux services financiers d’un pays et également un système d’analyse complète de l’environnement global, de la demande, de l’offre et de la règlementation ». Cette faiblesse du taux d’inclusion financière dans les pays pauvres s’avère un handicap pour le développement. D’après Mitsuhiro Furusawa, directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), « l’inclusion financière est l’un des facteurs essentiels d’une croissance forte et régulière ». Face à cette grande faiblesse de la bancarisation et de l’inclusion financière à Madagascar et en Afrique, l’alternative mobile banking semble avoir permis d’avancer assez rapidement vers un accès plus facile aux services financiers.

DANS SON ÉTUDE sur la monnaie électronique, la Banque centrale estime que le nombre de comptes de porte-monnaie électronique atteint les 3,9 millions en 2016. De 2011 à 2016, il est passé d’un peu moins d’un million à quatre millions et 123 736 comptes sont actifs en 2011 contre 741 116 en mars 2016. Le volume de transactions financières à cette même période est passé de 314 milliards d’ariary à plus de 836 milliards d’ariary. Ce qui démontre une grande vigueur dans l’usage des services financiers par le biais du téléphone mobile. De l’inclusion financière, par extension. Gil Razafintsalama, du Groupement des opérateurs des technologies de l’information et de la communication (Goticom), estime que le « mobile banking a rendu faisable les transactions bancaires. Il est possible de transférer de l’argent de banque à banque et de compte à compte en usant du téléphone mobile comme moyen de transfert ». C’est la raison pour laquelle, les trois grands opérateurs de télécommunication à Madagascar, Orange, Airtel et Telma, travaillent en partenariat avec les banques pour promouvoir ce type de service financier. Chacun veut y tailler sa part du gâteau. De grosses sommes d’argent sont en jeu dans le cadre de ces transactions financières via la téléphonie mobile. Malgré la modestie de chaque transaction traitée, les volumes concernés sont vite devenus gigantesques. Néanmoins, cela n’est pas encore profitable aux caisses de l’État, « à défaut de règlementation » comme le regrette Andriampeno Ramiliarison, économiste membre du Cercle de réflexion des économistes de Madagascar (Crem). « Le mobile banking est encore imputé à l’activité de télécommunication, explique l’économiste. Ce qui signifie que sur ces grands volumes de transactions, l’État ne perçoit que les droits d’accise. » De ce fait, les crédits sont encore extrêmement élevés.

L’INSTAURATION D’UNE LOI sur la monnaie électronique est donc une priorité. « Si elle est adoptée, ces transactions financières seraient considérées comme une activité des opérateurs. Ce qui signifierait qu’elles seront imposables comme tout autre service financier offert par un établissement financier », glisse Andriampeno Ramiliarison. Si on avance vers cette tendance, l’opérateur de télécommunication – opérateur de mobile banking actuellement – deviendra un Établissement de monnaie électronique (EME). Ce qui consisterait à créer une activité financière au sein de l’entité. Le retard du système bancaire va en partie faire le succès du mobile banking. Ce nouvel instrument apporte à la population un accès plus facile, plus sécurisé et moins onéreux aux opérations très courantes que sont les transferts à la famille. Il permet aussi l’introduction d’autres services comme le paiement de factures et d’achats chez des commerçants puis, plus récemment, les transferts. Néanmoins, les balises doivent être renforcées. Andriampeno Ramiliarison opte pour une règlementation du système en faveur de l’État et des usagers. Car cela permettrait, selon lui,  « d’avoir une excellente traçabilité des transactions et donc une meilleure sécurisation des placements des usagers ».

Karina Zarazafy

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