L’émission d’une nouvelle coupure de 20 000 ariary a été accueillie assez tièdement par l’opinion publique. Quant aux économistes, ils s’inquiètent des dérégulations qu’elle peut engendrer. Analyse de l’un d’entre eux.

Contrairement à ce que beaucoup d’analystes et de commentateurs de l’actualité économique véhiculent, l’émission d’une nouvelle coupure n’occasionne pas d’inflation, c’est plutôt l’inflation, déjà bien réelle, qui a quelque peu forcé la Banque centrale de Madagascar à le faire. Alain Rasolofondraibe, le Gouverneur, a soutenu que le nouveau billet de 20 000 ariary est nécessaire, eu égard à la situation économique actuelle. Il estime que le renouvellement des billets de banque existants et l’émission d’une nouvelle coupure n’occasionneront pas de distorsions particulières dans le paysage économique malgache.

LA QUESTION EST de savoir si ce choix est judicieux par rapport à la capacité productive du pays qui demeure faible. En Inde, la raison principale du retrait des billets de banque de 500 et 1 000 roupies (à peu près 230 000 et 460 000 ariary) en novembre 2016 reposait sur la lutte contre les fraudes fiscales et la promotion de la monnaie électronique. En mai 2016, la Banque centrale européenne (BCE) avait signé la fin du billet de 500 euros, en annonçant qu’elle allait mettre fin à son émission à l’horizon de fin 2018 face aux « craintes que cette coupure puisse faciliter les activités illicites ». Pour le cas de la Guinée, le lancement d’un nouveau billet de 20 000 francs en 2015 – ayant pour objectif de « compléter les séquences qui existent en la matière » – avait provoqué une inflation déflateur du PIB1 en pourcentage annuel de 10 578 points en 2016. L’émission de cette nouvelle coupure a eu un impact réel sur l’économie guinéenne avec la réduction de la pression de la demande de devises. En terme réel déflateur de PIB, les effets à court terme n’étaient pas palpables dans ce pays africain. Les mêmes impacts sont craints pour la Grande île. L’administration a mis en place des contre-mesures qui ne peuvent perdurer indéfiniment.

CERTES, L’ÉMISSION de la nouvelle coupure de 20 000 ariary constitue un assainissement de la circulation fiduciaire, mais elle baissera, de facto, le revenu de seigneuriage de la Banque centrale2. De plus, avec les nouveaux billets, la nouvelle coupure va ponctionner indirectement les billets de banque en circulation actuelle. Jusqu’ici, la durée de cohabitation des nouveaux et des anciens billets de mêmes valeurs faciales, n’a pas encore été communiquée, ce qui qui peut créer une certaine confusion. Pour doper la consommation, un effet-prix d’une courte durée est espéré. Même si le risque de thésaurisation n’est pas à écarter, avec le peu d’entrain que suscite l’émission de 20 000 ariary. Sur le plan national, deux scénarii sont envisageables : si le salaire réel ne bouge pas, il se peut que le taux de croissance nominale soit inférieur au taux de croissance potentielle. Dans ce cas, l’ajustement du taux directeur est nécessaire pour se rapprocher du taux de croissance réel d’équilibre et de la productivité marginale du capital. Si la croissance moyenne de la masse monétaire est supérieure à la croissance économique, l’inflation sera au rendez-vous.

DANS CE CONTEXTE, une simple augmentation de la demande de devises couplée avec une appréciation de l’une des monnaies fortes, entraîneraient une dépréciation de la monnaie nationale et une forte tension inflationniste. Le billet de 20 000 ariary risque alors de perdre sa valeur réelle par rapport à sa valeur faciale. Une baisse durable de la valeur de l’ariary, entraînant une hausse généralisée et persistante du niveau général du prix, peut survenir. Cela augure un risque fort d’illusion monétaire (on considère la valeur nominale de la monnaie plutôt que sa valeur réelle). Le billet de 20 000 ariary va alors créer une confusion entre monnaie et richesse. La manifestation de cette illusion mènera à l’inflation par l’abus de la planche à billets. A très court terme, les Malgaches vont croire à la valeur intrinsèque de la monnaie. Plus tard, ils découvriront une diminution de sa vraie valeur réelle. Cette analyse n’est ni fataliste, ni pessimiste. Elle incite les pouvoirs publics à générer plus de richesse par le biais de la promotion des investissements et à une certaine démarche de prudence car une baisse du pouvoir d’achat ne peut pas être écartée puisque que la monnaie sert de lien entre le présent et le futur.

Rado Ratobisaona

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