Nous avons la spécificité d’une mutation générationnelle, qui s’effectue au rythme de nos crises et à l’aulne du nom de nos présidents de la République. Générations Tsiranana, Ratsirakistes, Ravalomanistes, Rajoelinistes et petite exception, HVMistes. Nullement comme ailleurs, des générations mesurées par siècle de pensée comme celle des lumières ou autres chiffres et lettres des 2.0, des x et des y.

La revendication du renouvellement de la  est souvent basée sur les turpitudes sinon les travers de celles précédentes, jugées trop corrompues, loin de la réalité du peuple, de pratique « infanticide » et n’ayant concédé de place ni aux potentiels d’inconnus, encore moins aux dauphins formés en leur propre sein. Toutefois, cahin-caha, le changement de personnes s’opère. Les nouveaux se réclament d’une éthique et de valeurs, jusque-là non appliquées par leurs aînés.

Généralement, sans vouloir s’attarder sur l’aspect navrant de toute élection devenue essentiellement une opération de placement financier, ces nouvelles générations battent campagne en fustigeant sans plus aucun respect ni déférence verbale, leurs challengers. Curieusement, en n’ayant jamais pris soin une seule fois, de se renseigner, ni sur ce qui sera immanquablement leurs contextes, ni les cadres légaux de leurs prochains rôles, encore moins de la situation dont ils hériteront une fois élus. Pour eux, refaire le monde c’est s’asseoir sur « comment ça a marché » et d’affirmer que rien ne marche. L’histoire politique n’étant apparemment qu’une illustration d’incompétences successives.

Pour la plupart, faire de la politique c’est rejoindre un star-système, employer le pouvoir politique pour faire des affaires, pour le paraitre et, quelquefois, pour pouvoir enfin se venger de quelque chose ou de quelqu’un dont personne n’a encore idée. En définitive, souvent pour ce qu’il y a de plus noire dans une âme. Pour les travers des mondanités, l’envers du décor.

Aussi, une fois élu et confrontés aux faits, ils en oublieront qu’ils s’étaient portés volontaires pour résoudre les conséquences d’une crise avérée et en proposer des solutions. Pire, oublié qu’ils ont demandé, quémandé, la confiance d’autrui, du simple citoyen. Et sans vergogne, ils iront même jusqu’à se plaindre d’avoir eu la mauvaise part de l’héritage, avouant inconsciemment leur glaçante non-conscience. Ne s’étant jamais attachés à savoir de quoi il en retournait réellement. Toute honte et dignité bues, ils affirmeront que malgré toutes les manettes du pouvoir entre les mains, la tâche est encore plus compliquée par les contradicteurs et autres « jalouseurs » de leurs statuts soudains, ou encore des interpellations ou critiques incessantes de l’opposition dont, par ailleurs, c’est le rôle.

Plus que la population qu’ils administrent, ils vont se plaindre. De la mauvaise volonté, de la non sincérité, jusqu’aux ombres qu’on leur fait.  Ils mettent leur comportement sans hauteur, sans parole, sans appropriation de la responsabilité d’un destin commun, sur le compte de plombs dans les ailes que finalement tout le monde leur aurait mis. Quant au simple citoyen, il prend juste exemple. Lui aussi marche désormais, le ventre vide, le cœur désenchanté et la tête à l’envers. Oubliant ses valeurs communes, n’ayant plus la niaque pour les révolutions, redoutant le vulnerant omnes, ultima necat. Que toutes blessent mais que la dernière pourrait tuer. Vendre son âme au diable et espérer le ciel. Tels nous sommes, sans nous assumer tels quels.

Elia Ravelomanantsoa

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE