Comment expliquer les relations intimes entre la politique et la religion dans la société malgache ? 

C’est le fruit de la relation historique de la religion et le pouvoir politique à Madagascar. Et pas que la religion chrétienne, qui n’a été introduite dans le pays que vers 1820. Depuis la royauté le pouvoir temporel ne peut être dissocié du pouvoir spirituel. Et Ranavalona II a instauré le christianisme comme une religion d’État.

L’ingérence mutuelle entre la politique et la religion est-elle viable et vivable dans la société malgache ? 

La société malgache s’est construite dans l’indissociabilité du fait religieux et du fait politique ou plus précisément de l’imbrication génétique du rôle du Ray aman-dReny (razana) et de Zanahary.  Faut-il- rappeler que le Famadihana c’est le passage du statut de défunt au statut de Razana qui bénit au même titre que le Zanahary, le Créateur ? Faut-il rappeler que les Rois sont vénérés comme des dieux dans les bains royaux de l’Imerina et du Fitampoha du Menabe. Dans les Doany, on voue également un véritable culte des rois et des reines.

Dans quelle mesure est-elle viable et vivable, ou non ? 

L’imaginaire collectif de la société malgache s’est nourri de la sacralité du pouvoir et principalement du pouvoir politique. Le Fanjakana mais aussi le FFKM sont perçus comme des Ray aman-dReny. Ils jouent le rôle d’autorité morale mais aussi politique. En effet, le rôle de l’église dans les discussions politiques et même dans les évènements politiques est toujours déterminant.  Par ailleurs, les Ampanjaka sont les gardiens du temple, des us et coutumes, mais plus encore, ils ont plus d’influence et d’autorité que les représentants de l’État au niveau local. Ce n’est plus une question de viabilité ou de vivabilité, c’est un fait historique et socioculturel.

Comment Madagascar, un Etat moderne, censé être laïc, peut-il s’adapter ou changer face à cette relation historique entre la politique et la religion pour qu’il y ait harmonie et développement dans la société ? 

A partir de ce fait, quel genre d’adaptation ou de changement voulons-nous ? Et par rapport à quoi ? Peut-être par rapport aux valeurs de la République. Mais est-ce que nous avons suffisamment compris et cerné ce qu’est la République ? Mais je constate que la conception de la laïcité est variable d’un pays à l’autre. En France par la laïcité, on vise surtout à protéger l’État de l’influence et/ou de l’emprise de l’Église. Par contre, aux États-Unis la laïcité vise à protéger les églises et la religion de l’influence et/ou de l’emprise de L’État. Dans les pays occidentaux comme le Royaume-Uni et les Pays Nordiques, la réalité est toute autre sans que cela remette en cause les valeurs et les pratiques démocratiques de ces pays ni même leur développement économique. La laïcité n’est pas une donnée factuelle qui se décrète. La laïcité est le produit de la relation et du rapport constant et historique entre l’église et l’état. L’analyse de la laïcité devrait se faire en dehors de tout jugement de valeur. Mais au-delà de la laïcité, le développement de toute société se trouve handicapé et compromis si les fondements culturel et cultuel sont dissociés.

Propos recueillis par Iloniaina Alain  

 

 

AUCUN COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE