Le hasard de la vie, mais aussi et surtout les circonvolutions d’une carrière professionnelle sans autres ambitions que celles de se faire plaisir, ont amené l’auteur de ces lignes à Antsirabe, en 2007, pour diriger la filière de formation en Communication et Journalisme d’une Université catholique. Première décision, supprimer une matière qui sonne comme une intruse au milieu d’autres plus pointues : la « culture générale ».

Comment peut-on enseigner à un individu ce qui va rester quand il aura tout oublié ? Une culture générale ne s’acquièrt pas en 20 heures de cours magistraux ponctués de QCM. Ne demandez surtout pas ce que signifient ces acronymes. Cela doit déjà faire partie de votre culture générale de Francophone. Comme ce sont les individus qui forment un groupe social, de la culture générale de chacun dépend donc le niveau général de culture d’une société, d’une Nation.

Ainsi, l’on se demande si l’un des freins au développement de Madagascar ne relève pas finalement de la culture que l’Unesco (l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) désigne comme étant « l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent un groupe social ». Si l’on ne prend pas garde, avec une population où une personne sur deux est analphabète, une fuite en arrière n’est pas à écarter.

Quand des victimes d’un vol de zébus – conséquence d’une culture figée depuis des siècles –l’élevage contemplatif, crient à la vendetta collective, c’est la culture de la justice qui quitte le prétoire pour retourner à l’âge des cavernes… Quand on vandalise un poteau électrique, un panneau de signalisation ou une poubelle publique, c’est que, quelque part, des gens ne sont pas passés par la case culture citoyenne… Quand des policiers tabassent un présumé coupable et que personne ne réagit, c’est que la culture des droits de l’Homme n’est pas encore ancrée dans les mœurs. Et pas seulement. Ailleurs, on pointe de doigt les vêtements de fourrure et le foie gras au nom du droit des animaux alors que dans les aires protégées malgaches, on continue à tuer des espèces protégées.

La pauvreté n’explique pas tout. D’autant plus que le financement des Organisations non gouvernementales (ONG) s’avère être un tonneau des Danaïdes. Tout le monde cherche un emploi au lieu d’en créer par manque de culture entrepreneuriale. On vote, non pas pour une idée, mais contre quelqu’un parce que c’est ce qui reste de notre culture démocratique. Si les médias ne servent plus que comme des instruments pour régler des comptes, au niveau politique aussi bien qu’au niveau personnel, et qu’une uniformisation mettant l’accent au sensationnalisme et à la violence se banalise, c’est que, généralement, il y a un problème de cultures. Le niveau culturel d’une société, tout comme la culture générale d’un individu, ne saurait être élevée à coups de cours accélérés. Des efforts conscients et durables sont nécessaires afin qu’il puisse relever les nouveaux défis du monde moderne.

Randy Donny

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