Andriatina Ratovondrahona fait partie de cette nouvelle génération de jeunes entrepreneurs malgaches qui ont les dents longues. Un portrait du fondateur d’Ampalia, à savourer sans modération.

Son look est svelte. Sa démarche ressemble à celle d’un de ces dandys que l’on aperçoit dans les pubs à la télé. Pas le temps de souffler. C’est le signe de l’hyper activisme du jeune patron d’Ampalia. Quand Andriatina Ratovondrahona est à Antananarivo, ses rendez-vous sont calés à la minute près. Mais pour revenir sur son succès, il donne le temps de retracer son chemin.

Idée

Il est fier d’être un « produit » de l’École Polytechnique d’Antananarivo, où il a suivi un cursus en Génie chimique, avec le diplôme d’ingénieur obtenu en 2012. « Être ingénieur pour moi, n’équivaut pas seulement obtenir un diplôme ou avoir une bonne place dans une entreprise. C’est un défi qui mène à l’entrepreneuriat », explique-t-il avec un ton accort assorti à son accent du « vakinà », reconnaissable entre mille. Il est issu d’une fratrie de cinq enfants dans cette région productrice de Madagascar. De ses terres fertiles ont germé une idée qui ne le quittera plus : valoriser les fruits qui y abondent. D’ailleurs, son thème de mémoire s’articulera autour de la valorisation de l’ampalibe (le fruit du jacquier) en vin, en fruit confit et en pâte de fruit. Cette idée sera constamment chevillée à son corps. Néanmoins, son désir se heurte à la violence de la réalité et aux difficultés inhérentes à la création d’entreprise dans la Grande île. Il doit se rendre à l’évidence et chercher du travail car les soutiens financiers ne se bousculent pas au portillon pour concrétiser son projet. Il évoque amèrement que « les banques et les microfinances ne prêtaient pas d’argent à moins que le projet n’ait été sur route depuis deux ans. Il a fallu débuter petit à petit, avec les moyens du bord. »

Rêve

Les débuts ont été rudes pour Andriatina Ratovondrahona. « Il me fallait du matériel, des équipements de production, des appareillages pour l’élaboration du vin… » Une fois son Diplôme d’études approfondies (DEA) en poche, en décembre 2014, il décide de mettre en sourdine son rêve pour intégrer une entreprise à Fianarantsoa. Puis, il rejoint les rangs de la Socota dans sa ville natale à Antsirabe. L’année 2016 sera charnière. Tout comme le vin, son concept arrive à maturité. « Ayant effectué des recherches pendant quelques années sur la valorisation des fruits, notamment sur sa transformation en vin, c’était comme une évidence pour moi d’en faire un métier », assure-t-il. Il prend part au concours Total Startupper 2016 et fait mouche. Il obtient la deuxième place avec son projet Ampalia. La dotation financière et l’appui technique lui permettront de toucher enfin du doigt ce rêve qu’il a caressé depuis sa tendre enfance. « Mon père est un artisan ébéniste qui a consacré sa vie à l’artisanat. Il fut pour moi une source d’inspiration pour me lancer dans l’entrepreneuriat », explique-t-il. Aujourd’hui, les vins de fruits Ampalia tracent leur route, lentement mais sûrement.

Circuit

Le jeune patron fait face également aux turpitudes inhérentes au monde des affaires, mais n’en démord pas pour autant. « Entreprendre n’est pas une chose facile, les défis et les obstacles s’enchainent dès le début. C’est un combat passionnant jalonné de découvertes et de leçons. » Dans un futur immédiat, il veut accroître le circuit commercial de ses produits à travers les cafés, les hôtels, les restaurants… Andriatina Ratovondrahona ambitionne surtout d’inaugurer son propre atelier de production, une étape cruciale dans la suite des activités d’Ampalia, qui aspire à étendre son marché sur tout le territoire national. Dans ce sens, le jeune patron compte sur l’appui de l’État. « Il a un rôle majeur à jouer dans la promotion de l’entrepreneuriat à Madagascar. Les pouvoirs publics doivent avoir un regard particulier pour les jeunes créateurs d’entreprise par le biais de formation, de soutiens matériels, de financements, des facilitations en taxes et impôts… » Malgré sa relative jeunesse, Andriatina Ratovondrahona est déjà confronté aux problèmes intrinsèques au secteur du vin à Madagascar. « Plusieurs entreprises locales ont dû fermer leurs portes à cause des droits d’accises trop élevés qui sont appliqués », soupire-t-il. Le combat est encore long pour le patron d’Ampalia, malgré un cursus réussi. « N’abandonnez pas, car le début est souvent le moment le plus difficile », conclut-il.

Raoto Andriamanambe

En 5 dates

2007 : entrée à la prestigieuse École supérieure polytechnique d’Antananarivo à Vontovorona

2014 : essai concluant sur diverses variétés de fruits transformables en vin

2014 : première bouteille de vin de litchi vendue

2016 : seconde place lors du concours Total Startupper

2016 : participation au Salon de l’industrie de Madagascar organisé par le SIM

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